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Le mudac en ligne de mire

Le mudac aime traiter des sujets de société. Après s’être intéressé aux objets de désir et aux miroirs, le musée lausannois propose de réfléchir sur les armes à feu. 

Une question taraudait Susanne Hilper Stupert, comment un designer conçoit-il un objet destiné à tuer: A-il des contraintes esthétiques et pratiques à respecter? Cherche-il à améliorer l’efficacité létale de sa création? Distribuer la mort plus vite? Plus largement? Abattre sa cible à tous les coups? Quel peut bien être le cahier des charges d’un tel mandat?
La question fait froid dans le dos. Malheureusement les portes sont restées closes face aux demandes de la commissaire de l’exposition, ni les designers ni les fabricants n’ont souhaité intervenir. L’industrie d’armement suisse soigne le culte du secret.

 

Vue de l'exposition 'ligne de mire', mudac, Lausanne 14.03 – 29.08.2018 Œuvres de An Sofie Kesteleyn
Vue de l’exposition ‘ligne de mire’, mudac, Lausanne Œuvres de An Sofie Kesteleyn. Photographie © Daniela & Tonatiuh

 

Il n’y a donc que 3 vraies armes exposées, au préalable mises hors service par la police. On y découvre le Liberator, le premier pistolet open source, dont les plans mis en ligne permettait son impression en 3D. Il est présenté à coté du fusil américain Crickett destiné aux enfants de 4 à 12 ans et vendu dans certains centres commerciaux.

La photographe An-Sofie Kesteleyn expose le portrait d’une fillette prenant fièrement la pose, armée du fusil rose bonbon. L’artiste hollandaise a demandé à l’enfant d’écrire et de dessiner ce qui lui faisait le plus peur, afin de comprendre contre quel ennemi elle pouvait vouloir se défendre. Ce sont donc les dinosaures qui inquiètent la petite fille…
Les craintes irrationnelles se confrontent ici à la réalité brutale du décès d’un enfant, provoqué par la mauvaise manipulation du Crickett.

 

The Propeller Group, 'AK-47 vs. M16', 2015 © The Propeller Group
The Propeller Group, ‘AK-47 vs. M16’, 2015 © The Propeller Group

 

L’exposition est le résultat d’une recherche de plus de 2 ans sur une thématique qui dessine en creux une géographie de la violence balistique. Les États-Unis y sont particulièrement représentés notamment avec leur mythique M-16, traditionnellement opposé au AK-47. Le fusil d’assaut soviétique est populaire auprès des guérilleros et des terroristes car il est bon marché, fiable et facile à entretenir au point que son utilisation est à la portée des enfants soldats.
Une amie me racontait d’ailleurs que dans les années 80 en Lituanie (le pays appartenait alors au bloc de l’URSS), des officiers venaient spécialement de Moscou pour enseigner aux élèves de l’école primaire à monter et démonter des AK47.

 

Raul Martinez, 'Manstopper', 2015 © Estrellita B. Brodsky Collection
Raul Martinez, ‘Manstopper’, 2015 © Estrellita B. Brodsky Collection

 

Les narco-traficants en Amérique du sud, la guerre des gangs, les conflits armés sur le continent africain, et au Moyen-Orient, complètent cette cartographie de la mort, à l’image du tapis « Manstopper » de Raul Martinez, composé de balles récupérées sur différents champs de bataille et localisables grâce à leur numéro de série.
Les cultures traditionnelles semblent s’approprier cette imagerie guerrière, à l’instar des tapis afghans ornés de motifs de mitraillettes, de tanks et de rockets que l’artiste français Michel Aubry collectionne. Or il s’agit uniquement de produits d’exportation, fabriqués au Pakistan, mais consommés par les européens et les américains. Les tapis sont d’ailleurs produits dans des formats standardisés pour l’expédition en container. La supposée esthétique guerrière moyen-orientale se dévoile ici comme un fantasme occidental.

 

Vue de l'exposition 'ligne de mire', mudac, Lausanne 14.03 – 29.08.2018 Œuvres de Robert Longo, Gonçalo Mabunda, Michel Aubry
Vue de l’exposition ‘ligne de mire’, mudac, Lausanne Œuvres de Robert Longo, Gonçalo Mabunda, Michel Aubry. Photographie © Daniela & Tonatiuh

 

M16, Kalashnikov, Smith & Wesson, Beretta, Uzi, etc. nombreuses sont les références à ces modèles emblématiques. Ted Noten, bénéficiaire de la carte blanche de l’exposition, offre un hommage au Uzi. Un véritable Uzi plaqué or scellé dans une mallette en acrylique transparent trône au milieu d’un dispositif évoquant la boutique de luxe. La surface extérieure est recouverte de photos de propriétaires d’armes, de bijoux et des plans du fusil d’assaut israélien.

La débauche de matériaux, or, laiton, démontre une certaine fascination pour ce symbole meurtrier et guerrier ainsi que les relations troubles entre pouvoir, argent, beauté et destruction. Ted Noten n’en est pas à son coup d’essai en effet, le designer hollandais s’est rendu célèbre avec ses « gun bag » dont la série « Uzi mon amour » (2009) devait être le grand final.
Ted Noten décrit le concept général de la série comme « Design against Crime ». Si le slogan sonne creux face à l’oeuvre, il est par contre intéressant de noter que la série ne peut pas être vendue librement en occident hors des USA.

 

Vue de l'exposition 'ligne de mire', mudac, Lausanne 14.03 – 29.08.2018 Œuvre de Ted Noten
Vue de l’exposition ‘ligne de mire’, mudac, Lausanne. Œuvre de Ted Noten. Photographie © Daniela & Tonatiuh

 

Le musée, littéralement assiégé par la scénographie oppressante de sacs de sable, de miradors et de lasers, signée du studio d’architecture lausannois T-Rex & Cute Cut, transpose habilement la dichotomie défense / agression propre au débat sur les armes à feu dans l’espace même de l’exposition.

Le parcours artistique se clot sur un volet sociologique conçu en partenariat avec Small Arms Survey, ONG basée à Genève qui se charge de recueillir des données sur la circulation des armes légères et la violence armée au niveau international. Le visiteur pourra ainsi consulter la documentation et les nombreuses statistiques mises à disposition par l’ONG pour en apprendre plus sur le marché et le trafic d’armes à feu, mais aussi sur ses conséquences concrètes.

 

À voir jusqu’au 26 août au mudac, Pl. de la Cathédrale 6, 1005 Lausanne.

 

Texte: Corine Stübi
Photo en titre: Ted Noten, ‘UziMonAmour’, 2012 © Ted Noten

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Design

Les 10 expositions à ne pas manquer à la Milan Design Week 2018

La Design Week de Milan et le Salone del Mobile à Rho se tiennent du 17 au 22 avril 2018. Comme chaque année en avril la capitale lombarde devient le centre du monde design, les professionnels et les amateurs y convergent pour s’inspirer et s’approvisionner en tendances et en nouveautés.

Découvrez les 10 expositions de l’édition 2018 à voir absolument.

 

 

1. Dimorestudio

Les ambiances de Dimorestudio où se mélangent Novecento et créations contemporaines sont un moment fort de Fuorisalone. Le duo de décorateurs reste une référence incontournable pour le visiteur à l’affut des nouvelles tendances.
En plus de ses deux adresses Via Solferino 11, Dimorestudio investit, pour la première fois, 6 vitrines au n°22 avec une collection de pièces uniques.

Via Solferino 11 & 22 

 

Dimorestudio, Milan Design Week 2017. Photo © Corine Stübi
Dimorestudio, Milan Design Week 2017. Photo © Corine Stübi

 

2. Ventura Centrale & Future

Il aura suffit d’une participation d’Ikea pour transformer durablement le design district. L’alternatif Ventura Lambrate a vécu. Il fait place à Ventura Centrale qui après une programmation remarquée l’année passée, continue d’animer les entrepôts abandonnés sous la gare, et Ventura Future une nouvelle proposition orientée vers les développements à venir du design et la jeune création.

Il faudra rejoindre Tortona pour retrouver certains classiques de feu Ventura Lambrate dont Norwegian Presence

Ventura Centrale, gare centrale
Ventura Future, Via Paisiello 6, Via Donatello 36 et Viale Abruzzi 42

 

Ventura Future. À gauche Tactile monoliths de Studio Stine Mikkelsen, à droite Supaform de Maxim Scherbakov
Ventura Future. À gauche Tactile Monoliths de Studio Stine Mikkelsen, à droite Supaform de Maxim Scherbakov

 

3. Swiss design exhibition, palazzo litta

Pour la première fois le design suisse s’offre une présence officielle à Milan, en dehors des écoles, ECAL et HEAD, et des marques.
Swiss Design s’installe donc au Palazzo Litta dans le district arty de 5VIE. L’exposition organisée par Pro Helvetia met en avant la jeune création helvétique avec une sélection de 6 studios dont 4 bénéficient des nouvelles mesures d’encouragement au design, initiées en 2016. Dans la « Copper Room » et le jardin du Palazzo, scénographiés pour l’occasion par le bureau genevois Sacha von der Potter, il sera ainsi possible de découvrir en première mondiale des prototypes de Diiis design studio (Liestal), Egli Studio (Renens), Florian Hauswirth (Bienne), Kollektiv vier (Bâle), Alain Schibli (Aaarau) et schoenstaub (Zurich).

Palazzo Litta, Corso Magenta 24

 

Serviette de plage Athletica, Schoenstaub. Photo © Schoenstaub
Serviette de plage Athletica, Schoenstaub. Photo © Schoenstaub

 

4. Gubi au Palazzo Serbelloni

Je n’ai jamais compris pourquoi Gubi ne participait ni à la foire de Milan ni à la Design Week, alors qu’ils sont longtemps restés fidèles à Maison & Objet. La marque danoise répare enfin son erreur et fait une entrée qui s’annonce fracassante en s’installant au Palazzo Serbelloni. Au programme 1’200m2 de classiques du design en conversation avec l’architecture néoclassique des lieux, parmi lesquelles de nombreuses nouvelles rééditions de Paavo Tynell, Pierre Paulin, Marcel Gascoin et Carlo De Carli. À retrouver chez Kissthedesign dès leur sortie en magasin!

Palazzo Serbelloni, Corso Venezia 16

 

Suspension 1965 de Paavo Tynell, une des nombreuses nouveautés de Gubi à découvrir à Milan
Suspension 1965 de Paavo Tynell, Gubi. Photo © Gubi

 

5. COS x Phillip K. Smith III

Cette année encore, COS fait rêver avec une installation immersive. La cour et le jardin du Palazzo Isimbardi, se verront en effet transformés en installation à ciel ouvert par Phillip K. Smith III. L’artiste américain, surtout connu pour ses installations lumineuses, promet une expérience physique, visuelle et sensorielle, en interaction totale avec l’environnement XVIe siècle.

Palazzo Isimbardi, Via Vivaio 1

 

 

6. Vitra à la Pelota

Visuel "Typecasting. An Assembly of Iconic, Forgotten and New Vitra Characters"
Visuel “Typecasting. An Assembly of Iconic, Forgotten and New Vitra Characters”

Après Hermès, c’est au tour de Vitra d’investir la Pelota dans le quartier de Brera. Intitulée «Typecasting. An Assembly of Iconic, Forgotten and New Vitra Characters», l’exposition met en avant 200 objets de la marque, parmi eux des prototypes archivés, des icônes, des ratés et des nouveautés.
Robert Stadler, curateur du projet, s’intéresse plus particulièrement au portrait que le mobilier dresse de son utilisateur. Le designer autrichien a pensé 9 mises en scène en lien avec 9 communautés. Les particularités des objets, adoptés par certains groupes, ainsi classifiées, décortiquent les processus d’appartenance et de représentation qui sous-tendent le design.

La Pelota, Via Palermo 10

 

 

7. Spazio Rossana Orlandi

Le concept store de Rossana Orlandi est une destination clé de la Design Week. Matteo Cibic, Nika Zupanc, Piet Hein Eek, Valerie Objects, les designers les plus branchés y présentent leurs nouveautés. On y retrouve aussi la galerie genevoise NOV  avec l’exposition « Future Artefact » et, plus surprenant, Google. Une grande première pour le géant du web qui s’allie à la trend forcaster Li Edelkoort, également curatrice de « DesignWork » à Ventura Centrale, et Kiki van Eijk. L’exposition « Softwear » s’accompagne d’un programme de conférences autour des questions de l’intégration des technologies dans les objets quotidiens.

Via Matteo Bandello 14/16

 

Olympia de Candice Blanc & Ulysse Martel pour NOV Gallery, 2018. Future Artefacts. Photo © Raphaëlle Mueller
Olympia de Candice Blanc & Ulysse Martel pour NOV Gallery, 2018. Future Artefact. Photo © Raphaëlle Mueller

 

8. Not for sale, Design Academy Eindhoven

La Design Academy d’Eindhoven est célèbre pour son approche conceptuelle du design. Pour l’édition 2018 de la Design Week, l’école hollandaise se penche sur l’économie de marché. L’expérience in-situ se déroule chez les différents commerçants, Osteria, pharmacie, kiosque, supermarché, quincaillerie, internet café, qui animent la rue Pietro Crespi. Des lieux où des transactions se font quotidiennement, où les différents objets manufacturés prennent sens, mais aussi où la vie sociale d’un quartier se construit.
Partant de l’observation que la plupart de ces enseignes occupaient des fonctions additionnelles – l’internet café offre des conseils aux requérants d’asile, le marché accueille des raves la nuit et la quincaillerie expose une collection personnelle de casquettes de baseball – les étudiants ont été invité à réfléchir aux modèles économiques de demain et à les transposer dans le contexte particulier de cette rue. 12 installations sont à découvrir le long de Via Pietro Crespi et Via Varanini.

Via Pietro Crespi et Via Varanini.

 

Fountains of knowledge and money, Theophile Blandet. © Design Academy Eindhoven. Photo: Femke Rijerman
Fountains of knowledge and money, Theophile Blandet. © Design Academy Eindhoven. Photo © Femke Rijerman

 

9. Le japon à Tortona et le brésil à Brera

Shiro Kuramata avec ses commodes Side pour Cappellini, 1970
Shiro Kuramata, 1970

Via Tortona, le SuperDesign Show met le design japonais à l’honneur: « Forms of movement » de Nendo, Kengo Kuma pour Dassault Systèmes, un hommage à Kuramata, etc. sont au programme.

Autre pays à suivre, le Brésil, dont la présence au Spazio Edit à Brera se développe des « Brazilian Modern Masters » Oscar Niemeyer, Lina Bo Bardi et Jorge Zalszupin, jusqu’au pièces en 3D des designers contemporains Gustavo Martini, Ronald Sasson et Alva Design

SuperDesign Show, Superstudio, via Tortona 27
Be Brasil, Spazio Edit, Via Maroncelli 14

 

10. Tram Corallo de Cristina Celestino

Cristina Celestino invite au voyage hors du temps dans un ancien tram des années 20. L’intérieur recrée une ambiance de cinéma d’antan et se découpe en deux espaces: La luxueuse salle d’attente aux drapés signés Rubelli et la salle de projection, où apprécier une vision cinématographique de Milan.
Horaires et billets sur tramcorallo.com

Brera, 3 arrêts: Piazza Castello, 2, Via Cusani, 4 et Cairoli M1

 

“Giardino delle Delizie” Cristina Celestino, nouvelle collection de revêtements muraux pour Fornace Brioni. À voir Via Statuto, 18. Photo © Mattia Balsamini
“Giardino delle Delizie” Cristina Celestino, nouvelle collection de revêtements muraux pour Fornace Brioni. À voir Via Statuto, 18. Photo © Mattia Balsamini

 

+ Bonus: Destinations 20ème siècle

Villa Borsani. La Triennale de Milan consacre une retrospective à Osvaldo Borsani dès le 15 mai. Du 16 au 20 avril, il est possible d’en découvrir un avant-goût à la Villa Borsani.
La villa a été dessinée et construite entre 1939 et 1945 par Osvaldo Borsani pour son frère et sa famille. Située au nord de Milan, à Varedo, la maison a vu se succéder 3 générations jusqu’en 2008, avant d’abriter les archives Borsani.
Pour visiter l’exposition « Villa Borsani: Casa Libera! » réalisée par Ambra Medda, n’oubliez pas de vous inscrire sur eventbrite
Un transport est organisé depuis la Triennale.

 

Villa Borsani, Varedo
Villa Borsani, Varedo. Courtoisie de Archivio Osvaldo Borsani

 

Ted showroom, Via Randaccio par Gio Ponti. Si vous êtes fan de la tendance rose et de Gio Ponti, direction Via Randaccio 5, pour l’exposition « Stranger Pinks » de la plateforme de e-commerce Artemest. 45 designers et artisans italiens présentent leurs créations dans une maison dessinée par l’architecte dans les années 30.

 

Artemest au showroom Ted Milano, Via Randaccio
Artemest au showroom Ted Milano, Via Randaccio. Photo © Mattia Iotti

 

Les amateurs de design du XXème siècle trouveront aussi de quoi se réjouir chez Nilufar (galerie Via della Spiga, 32 et dépôt Viale Vincenzo Lancetti, 34), Memphis Galerie Post Design (Largo Treves 5) et Fragile dont l’espace Via San Damiano 2 a été entièrement dessiné par Alessandro Mendini.

 

En +

Dès le 20 avril, la fondation Prada ouvre sa nouvelle tour de 60m au public. Largo Isarco 2
Caesarstone x SnarkitecturePalazzo dell’Ufficio Elettorale, Corso di Porta Romana 10
Club Unseen de Studiopepe. visite et infos sur demande auprès de info@clubunseen.com
Raw Edges. Spazio Krizia, Via Daniele Manin 21
Lindsay Adelman et Calico Wallpaper, « Beyond the deep ». Via Pietro Maroncelli
Cassina showroom. Via Durini 16
1stdibs. Piazza San Sepolcro 2
« Nine Journeys Through Time » d’Alcantara, avec entre autres Zeitguised. Palazzo Reale, Piazza Duomo 12
Alcova, une nouvelle adresse dans une ancienne fabrique de panettone (Odd Matter, Maniera, etc). Via Popoli Uniti 11-13

 

Retour en images sur l’édition 2017

 

Texte: Corine Stübi
Photo en titre: Villa Borsani. Courtoisie de Archivio Osvaldo Borsani

 

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Art

Think big, 5 œuvres monumentales à retenir en 2017

Les œuvres monumentales ont conquis le monde de l’art. Elles sont les stars des grands événements culturels des biennales au foires, en passant par les institutions muséales. Toutes revendiquent des dimensions ambitieuses pour attirer l’attention d’un public en demande d’expériences.

Retour sur 5 œuvres monumentales à retenir en 2017

 

Damien Hirst, « Treasures of the Wreck of the Unbelievable », à la Collection Pinault dans le cadre de la biennale de Venise

Probablement la plus monumentale des œuvres monumentales, « Treasures of the Wreck of the Unbelievable » a couté pas moins de 50 millions de livres à produire.

La double exposition de la Collection Pinault au Palazzo Grassi et à la Punta della Dogana, dans le cadre de la biennale de Venise, devait signer le grand retour de Damien Hirst sur le devant de la scène, alors les moyens étaient à la hauteur de la mission.

 

Demon with bowl (Vue de l'exposition). Photo Prudence Cuming. Image © Damien Hirst & Science ltd. all rights reserved, DACS/SIAE 2017
Demon with bowl (Vue de l’exposition). Photo Prudence Cuming. Image © Damien Hirst & Science ltd. all rights reserved, DACS/SIAE 2017

 

Les sculptures, dont un démon en bronze de 18m de haut, représentent la centaine de reliques découvertes dans l’épave d’un vaisseau antique ayant fait naufrage au large des côtes d’Afrique de l’Est il y a plus de 2’000 ans et que l’artiste aurait retrouvé en 2008. Le bateau transportait la riche collection d’artefacts de Cif Amotan II, grand collectionneur et esclave affranchi, en route pour un temple où les œuvres, provenant de toutes les civilisations connues alors – parmi lesquelles des commandes, copies, des achats et des pillages – devaient être exposées.

C’est ainsi que démarre le mythe créé de toutes pièces par Damien Hirst et soutenu par des documents (vidéos, photos, textes) de la découverte sous-marine des œuvres. Bien que le contexte pseudo-historique ne craigne pas les anachronismes avec des figures mythologiques aux traits de Rihanna, Pharell et Kate Moss, ou encore Mickey Mouse l’icône Disney.

 

 

Si les critiques n’ont pas été tendres, les acheteurs étaient au rendez-vous. En effet, selon Artnet news, 60 à 70% des œuvres étaient déjà vendues au début de la biennale.

Dans la débauche de moyens, les matériaux sont précieux (bronze, marbre, or, malachite, etc.) et la logistique pharaonique, on peut aussi lire une mise en abîme du marché de l’art et de ses acteurs, comme le laisse entendre le portrait de Damien Hirst en Cif Amotan II, ainsi que l’évolution d’un art qui tend vers le spectaculaire pour attirer et impressionner un public blasé. Mais l’implication de Damien Hirst dans ce même marché est telle, qu’il est permis de douter de la portée critique de sa production.

S’il fallait une preuve supplémentaire du génie marketing de Damien Hirst, Netflix diffuse depuis le 1er janvier 2018 le mockumentary « Treasures of the Wreck of the Unbelievable», produit par Science Ltd, la société de Damien Hirst, sur la découverte du trésor naufragé.

 

 

NOW I WON de Claudia Comte à Art Basel

La jeune artiste vaudoise est rapidement passé de la scène locale à internationale. Claudia Comte est aujourd’hui représenté par Barbara Gladstone à New York, aux côtés d’artistes tels que Anish Kapoor, Sarah Lucas, Ugo Rondinone, Richard Prince, Rosemarie Trockel, parmi nombreux autres grands noms de l’art contemporain, et par la König Galerie à Berlin. En juin 2017, son installation NOW I WON occupait tout le parvis d’Art Basel avec des jeux de fêtes foraines. La tendance des grands événements de l’art contemporain à se transformer en parc d’attraction pour amateurs d’art trouve ici son expression la plus directe et la plus humoristique.

 

NOW I WON, Claudia Comte, Art Basel. © Claudia Comte
NOW I WON, Claudia Comte, Art Basel. © Claudia Comte

 

Surmonté du palindrome NOW I WON écrit en tronc de bois sur gazon (on se souvient ici du HAHAHA de la triennale de Bex), se trouvent 7 stands de kermesse dédiés à différents jeux. Bar, jeux de quille, danse, minigolf, fléchettes, bras de fer, etc., repensés dans le style de l’artiste et réalisés à la tronçonneuse. L’installation, ouverte à tous, invite à la participation avec son ambiance festive. Il en coutait 3 CHF, somme reversée à Pro Natura, pour entrer dans le jeu et tenter de remporter l’une des trois sculptures en marbre de Claudia Comte.

L’artiste vaudoise regrette l’aspect élitaire de l’art, elle l’a conçu ici accessible : Le passant peut être happé par la fête tout comme le collectionneur peut s’échapper un instant du marathon et s’amuser, et l’amateur désargenté, mais habile, peut espérer repartir avec une œuvre d’une valeur de plusieurs dizaines de milliers de dollars.

 

NOW I WON, Claudia Comte, Art Basel. © Claudia Comte

NOW I WON, Claudia Comte, Art Basel. © Claudia Comte
NOW I WON, Claudia Comte, Art Basel. © Claudia Comte

 

 

« Mirage » de Doug Aitken à Desert X

Le vidéaste Doug Aitken a depuis longtemps étoffé sa production d’autres médias que la vidéo, même si son travail reste fortement imprégné de la narration cinématographique. En 2017, l’artiste américain a fait le buzz, des magazines d’art aux revues de design et d’architecture, avec « Mirage » dans le cadre de la biennale en plein air Desert X dirigée par le curateur Neville Wakefield.

L’installation site-specific, prend la forme d’une maison construite en miroirs et installée dans le désert de Palm Springs. L’architecture s’inspire du style Ranch californien traditionnel, une spécificité de l’Ouest des États-Unis dont l’inspiration remonte à Frank Lloyd Wright et a trouvé son expression dans les années 20 et 30 quand un groupe d’architectes californien a construit les premières maisons de banlieue dans ce style avant qu’il ne devienne populaire après-guerre et influence le paysage péri-urbain américain.

Doug Aitken a pensé son installation comme un concept architectural, où la maison standardisée de banlieue, vidée de ses habitants, entre en parfaite harmonie avec son environnement, qu’elle reflète autant qu’elle aspire.

 

Doug Aitken, MIRAGE. 2017. Photo Lance Gerber. Courtesy the artist and Desert X.

Doug Aitken, MIRAGE. 2017. Photo Lance Gerber. Courtesy the artist and Desert X.
Doug Aitken, MIRAGE. 2017. Photo Lance Gerber. Courtesy the artist and Desert X.

 

 

Ai Weiwei, « Sunflower Seeds » au Musée des Beaux-Arts de Lausanne jusqu’au 28 janvier

C’était sans contexte l’exposition d’art la plus courue de 2017 à Lausanne et en Suisse romande. Le coup de force est dû à Bernard Fibicher, directeur du musée des beaux-arts de Lausanne, qui en 2004, alors curateur de la Kunsthalle de Berne, avait proposé la toute première exposition personnelle d’Ai Weiwei dans un musée en Europe.

Ai Weiwei occupe ainsi l’entier du Palais de Rumine, du 22 septembre 2017 au 28 janvier 2018, avec son exposition « D’ailleurs c’est toujours les autres. », rendant un bel hommage à ce lieu aux multiples musées, avant que le mcb-a ne le quitte définitivement pour Plateforme 10.

 

With Wind (Avec du vent), 2014, bambou et soie, env. 240 x 5000 cm. © Studio Ai Weiwei
With Wind (Avec du vent), 2014, bambou et soie, env. 240 x 5000 cm. © Studio Ai Weiwei

 

L’artiste est connu du grand public pour ses démêlées avec le gouvernement chinois, mais aussi pour ses grandes installations poétiques faites de bambou et soie, comme celle du Bon Marché de Paris en 2016, et pour son activisme sur les réseaux sociaux. L’exposition au mcb-a s’articule entre installations monumentales et interventions ciblées. On y découvre un dragon, symbole impérial chinois, composé de cerfs-volants porteurs de citations d’activistes emprisonnés ou forcés à l’exil dont Snowden, Mandela et lui-même, une bouée de marbre noir plongée dans la fontaine du palais, rappel de la situation dramatique des migrants en Méditerranée. On retrouve les fameuses photographies de doigts d’honneur, déclinées sous toutes ses formes (papier peint, mobiles, etc.), ainsi que la tout aussi célèbre série d’Ai Weiwei lâchant un vase Ming, ici reproduite en lego.

La plus monumentale des œuvres se trouve dans la deuxième salle du mcb-a. « Sunflower Seeds » se compose de 13 tonnes de graines de tournesols en porcelaine peintes à la main. Seulement un petit échantillon des 150 tonnes que l’artiste a commandé à 1’500 artisans des manufactures de Jingdezhen, capitale chinoise de la porcelaine. L’œuvre datée de 2010 avait été exposée pour la première fois à la Tate de Londres, le public pouvait alors la parcourir, s’y asseoir et la toucher, jusqu’à ce que toute interaction soit interdite car il est apparu que la manipulation des pièces de porcelaine produisait de la poussière toxique.

 

Sunflower Seeds (Graines de tournesol), 2010, porcelaine peinte à la main, 12 x 8 x 0.1 cm 
et
The Animal That Looks Like a Llama but is Really an Alpaca, 2015, papier peint, dimensions variables © Studio Ai Weiwei
Sunflower Seeds (Graines de tournesol), 2010, porcelaine peinte à la main, 12 x 8 x 0.1 cm 
et
The Animal That Looks Like a Llama but is Really an Alpaca, 2015, papier peint, dimensions variables
© Studio Ai Weiwei

 

Sunflower Seeds (Graines de tournesol) (détail), 2010, porcelaine peinte à la main, 12 x 8 x 0.1 cm © Studio Ai Weiwei
Sunflower Seeds (Graines de tournesol) (détail), 2010, porcelaine peinte à la main, 12 x 8 x 0.1 cm
© Studio Ai Weiwei

 

Le guide de l’exposition nous apprend la symbolique forte de la graine de tournesol dans le contexte de la Révolution culturelle chinoise, où elle représente le peuple de la République populaire tourné, comme des tournesols, vers son soleil Mao Zedong, mais la petite graine était aussi un snack nourrissant très apprécié.

Son mode de production est partie intégrante de l’œuvre, car l’artiste prétend s’opposer à l’industrialisation de masse du Made in China, avec la fabrication entièrement à la main de ses graines, offrant des conditions de travail décentes à des artisans au savoir-faire ancestral. S’il est difficile de connaître les conditions exactes par rapport à celles que l’industrie mondialisée propose, l’œuvre a le mérite de situer la production de l’art dans un contexte de production globalisée souvent ignoré et de figurer les destins, entre espoir et endoctrinement, de la masse silencieuse des travailleurs chinois.

L’exposition « D’ailleurs c’est toujours les autres. » se visite gratuitement au mcb-a jusqu’au 28 janvier.

 

 

Le Musée Carton d’Augustin Rebetez pour Plateforme 10

Après deux ans de tournée en Suisse et en Europe, la plus éphémère des œuvres de grand format n’existe plus.

Augustin Rebetez a été mandaté par le nouveau pôle muséal Plateforme 10, en préparation à Lausanne, pour la production d’un projet symbolisant la synergie entre les 3 musées lausannois que sont le mcb-a, le mudac et le musée de l’Elysée. Le jeune artiste jurassien est rapidement apparu comme le candidat idéal car sa pratique couvre tous les médias, de la photographie, sa formation de base, au dessin, en passant par la vidéo, l’installation, l’objet, l’estampe, le théâtre et la musique.

 

Le musée carton, Augustin Rebetez. Vue de l'exposition au mcb-a de Lausanne. Photo © Yanick Fournier
Musée carton, Augustin Rebetez. Vue de l’exposition au mcb-a de Lausanne. Photo © Yanick Fournier

 

Présenté pour la première fois en 2015 à Art Genève, le musée carton reconstruit un musée bricolé à la sauce Rebetez. On y trouve une histoire de l’appareil photographique, des fauteuils Corbousier (en carton), des classiques de l’histoire de l’art, la laitière de Vermeer (une brique de lait UHT), l’origine du monde de Courbet, une fontaine Ting Li made in China, les grands noms de l’art contemporain ne manquent pas non plus. On le visite comme un musée traditionnel selon un parcours thématique, sauf qu’on y rigole beaucoup plus ! Ainsi il reprend le célèbre doigt de Ai Weiwei qu’il transpose en vidéo sur absolument tout, les hot-dog, la guerre, les dictateurs, les enfants, les icones de la Trash TV, etc avec un entêtant « fuck, fuck, fuck,.. » en bande son. « Sculpture Morning Power »  de Urs Mixer, « Swiss Araki mit Spanset », « Zombie Shaking » de Jack Ometti, la collection Kristov Plotter de petites voitures rouges signees Kirsch Korn. Le design est aussi représenté avec ses icônes telles que « The Egg Chair by a famous Danish guy ».

Bref on s’est bien amusé et il était temps que ça cesse, semblait dire l’artiste soulagé que l’installation finisse dispersée dans la vente aux enchères qui a clôturée la dernière exposition du musée carton au mcb-a, à l’occasion de la nuit des musées 2017.

 

Le musée carton, Augustin Rebetez. Vue de l'exposition au mcb-a de Lausanne. Photo © Yanick Fournier

Le musée carton, Augustin Rebetez. Vue de l'exposition au mcb-a de Lausanne. Photo © Yanick Fournier

Le musée carton, Augustin Rebetez. Vue de l'exposition au mcb-a de Lausanne. Photo © Yanick Fournier

Le musée carton, Augustin Rebetez. Vue de l'exposition au mcb-a de Lausanne. Photo © Yanick Fournier
Musée carton, Augustin Rebetez. Vues de l’exposition au mcb-a de Lausanne. Photos © Yanick Fournier
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Miroir Miroir au Mudac de Lausanne

Malgré le titre de l’exposition et l’affectation aux arts appliqués du mudac, il est ici à peine question de la typologie miroir dans le design. Il y a bien quelques miroirs « fonctionnels » mais là n’est pas le propos, loin de là.

En effet, le moodboard qui a accompagné, pendant deux ans, les recherches de Marco Costantini, commissaire de l’exposition, montre une gravure du XIXe siècle d’Alice traversant le miroir, diverses peintures illustrant le mythe de Narcisse, le selfie pris dans l’espace par l’astronaute japonais Aki Hoshide, celui d’Obama à l’enterrement de Nelson Mandela, ou, pour la partie la plus sombre, les bourreaux de l’État Islamique posant avec leurs victimes. On l’aura compris, la thématique de l’exposition se situe au-delà du miroir, bien plus dans la question du reflet au sens large, de son pouvoir spatial ou métaphysique, mais aussi bien sûr du narcissisme, aujourd’hui exacerbé par le flot d’images générés par les réseaux sociaux. La recherche est donc plus sociologique et narrative que formelle. L’exposition est d’ailleurs articulée autour de 8 chapitres, chacun évoquant une facette du reflet.

Marco Costantini a habitué les visiteurs du mudac à des expositions où art et design s’entremêlent avec brio pour soutenir un propos souvent riche en profondeurs, comme c’était le cas, en 2015, avec « Nirvana », consacrée à la sexualité et aux objets de plaisirs. Une fois encore la liste d’artistes et de designers fait saliver: Bill Viola, Doug Aitken, Andy Warhol, Mathias Kiss, Douglas Gordon, William Wegman, Richard Prince, Pipilotti Rist, Pierre & Gilles, Arik Levy, Jeppe Hein, Carsten Höller, etc. Au royaume de Narcisse les stars sont rois, aussi les stars de l’art!

 

Vue de l'exposition Miroir Miroir, à gauche papier peint de Andy Warhol, au centre Douglas Gordon, Untitled (je suis le nombril du monde), et à droite New portraits de Richard Prince. Photo © Daniel Droz & Tonatiuh Ambrosetti
Vue de l’exposition Miroir Miroir, à gauche papier peint de Andy Warhol, au centre Douglas Gordon, Untitled (je suis le nombril du monde), et à droite New portraits de Richard Prince. Photo © Daniela Droz & Tonatiuh Ambrosetti

 

Une de mes salles favorites est justement consacrée à l’égocentrisme et à la célébrité. Le curateur y confronte Andy Warhol et Kim Kardashian, un choix audacieux qui aurait sans aucun doute enthousiasmé le pape du pop art et témoigne d’une profonde inversion de paradigme. Si le papier peint orné de portraits d’Andy Warhol, daté de 1978, participe évidemment au culte de la personnalité, il faut reconnaître que le droit de se faire portraiturer à l’époque était plus difficile à obtenir qu’en 2017! Il appartenait principalement aux personnalités ayant accompli des actes ou des œuvres notables: des écrivains, des politiques, des artistes, des acteurs de cinéma, etc.
Warhol avait prédit que chacun aurait son quart d’heure de gloire dans le futur, il aurait adoré Instagram! En effet, aujourd’hui, le quart d’heure se prolonge et des carrières se forment simplement à partir de l’image, à l’instar de Kim Kardashian devenue célèbre grâce à la télé-réalité et à ses selfies.

 

Vue de l'installation New Portraits de Richard Prince à la galerie Gagosian à New York. © Richard Prince. Courtesy Gagosian Gallery. Photo © Robert McKeever.
Vue de l’installation New Portraits de Richard Prince à la galerie Gagosian à New York. © Richard Prince. Courtoisie de Gagosian Gallery. Photo © Robert McKeever.

 

Ayant suivi avec attention la polémique, j’ai été ravie de retrouver une toile de la série « New Portaits » de Richard Prince. En effet, l’artiste américain a récupéré une quarantaine de publications Instagram qu’il a reproduit sur des toiles de grand format. Vendues 90’000$ l’unité (en 2015), les œuvres reprennent les images telles quelles entourées du cadre blanc et des outils propres au réseau social. Outre la reproduction sur toile, l’intervention de l’artiste consiste à commenter le post directement sur Instagram avant d’en faire une capture d’écran. La démarche lui a valu, par la suite, de nombreuses plaintes pour violation de copyright, car l’appropriation s’est faite sans l’autorisation des auteurs, mais aussi des réponses plutôt amusantes, comme celle des pin-ups SuicideGirls qui se sont mises à vendre des prints de leur post, « copié » par Prince, pour la modique somme de 90$.

 

 

Photo © Suicide Girls
Photo © Suicide Girls

 

Une belle métaphore du marché de l’art, et de la cote des artistes, à l’heure des réseaux sociaux!
Le résultat des affaires en cours est aussi à suivre avec attention, car, au-delà de Richard Prince, elles touchent à la question du copyright sur des réseaux, dont l’utilisation implique, à priori, l’abandon de ses propres droits à l’image…

 

Shia LaBeouf, Nastja Säde Rönkko et Luke Turner, I am sorry et All my movies. Photo © Daniela Droz & Tonatiuh Ambrosetti
Shia LaBeouf, Nastja Säde Rönkko et Luke Turner, I am sorry et All my movies. Photo © Daniela Droz & Tonatiuh Ambrosetti

 

Le mythe tragique de Narcisse, le jeune chasseur mort d’un amour impossible pour son propre reflet, se retrouve sous différentes formes. Dans une flaque d’eau pour Mat Collishaw, le déclencheur à la main pour capturer un reflet qui échappe au spectateur. Plus loin, l’acteur de blockbusters Shia La Bœuf se complait dans sa propre image de star hollywoodienne dans la vidéo « All my movies » (2015), où il est filmé en train de regarder tous les films dans lesquels il apparaît. L’intrigante vidéo « Reflecting Pool » (1977-79) de Bill Viola, que j’avais eu la chance de voir en projection à Bruxelles, manipule avec finesse l’image de sorte à avaler le reflet et son auteur.

 

 

Les selfies sont donc à l’honneur, on l’a vu avec la publication « Selfish » de Kim Kardashian exposée dans sa deuxième édition – flanquée d’un autocollant « more me » -, il est bien sûr possible de se prendre en photo dans les nombreux miroirs de l’exposition et même en une de l’édition américaine de Vogue grâce à Olaf Nicolai!
J’avoue avoir assez peu de sympathie pour les selfies et me réjouis que certaines œuvres leur résistent. C’est le cas du miroir « Ghost » (2001) du designer et professeur à l’ECAL, Olivier Sidet, où un voile brumeux poursuit celui qui cherche, en vain, à s’y contempler. Ou l’œuvre interactive « Wooden Mirror » (1999) de Daniel Rozin qui reproduit l’image du spectateur en ombres avec des pixels de bois, une image qui se précise dès que l’on s’approche de la caméra espionne, mais que seuls les visiteurs avec plus de recul peuvent voir. En somme, des dispositifs qui obligent la collaboration pour dévoiler le reflet.

 

Wooden Mirror de Daniel Rozin et, à droite, Ghost de Olivier Sidet. Photo © Daniela Droz & Tonatiuh Ambrosetti
Wooden Mirror de Daniel Rozin et, à droite, Ghost de Olivier Sidet. Photo © Daniela Droz & Tonatiuh Ambrosetti

 

Il est aussi question du rapport psychanalytique au moi, à la réalité ou l’altérité de ce qui se trouve dans le reflet. Ainsi le double YOU de Doug Aitken valide l’identité « autre » de la personne qui s’y mire, autant qu’il semble alerter les Narcisses séduits par leur alter ego. Mounir Fatmi superpose dans le triptyque « Divine Illusion » (2013-14) des extraits des 3 ouvrages religieux que sont la Bible la Thora et le Coran avec des tests psychologiques de Rorschach, interrogeant ainsi la construction du sacré. La jeune artiste belge Nel Verbeke, dont j’ai inclus le travail dans ma liste des plus beaux miroirs, propose des objets de mélancolie intimement lié au temps et à la vanité.

 

YOU YOU de Doug Aitken et, à droite, Divine Illusion de Mounir Fatmi. Photo © Daniela Droz & Tonatiuh Ambrosetti
YOU YOU de Doug Aitken et, à droite, Divine Illusion de Mounir Fatmi. Photo © Daniela Droz & Tonatiuh Ambrosetti

 

L’installation « Who Fears The Other » (2017) de l’artiste lausannoise Sandrine Pelletier se réfère au poème rédigé par la Bible Society of Egypt suite à l’exécution de 21 d’entre eux par Daesh en Lybie en février 2015. Le titre se lit sur des miroirs dont la surface a été traité à l’acide. Les supports ainsi dégradés évoquent la relique et la terreur exercée par un groupuscule passé maître en communication visuelle et en community management.

 

Sandrine Pelletier, Who Fears The Other 
Sandrine Pelletier, Who Fears The Other

 

Miroirs parlants, miroirs noirs, peuplant les contes de fée ou tirant sur l’occulte sont les témoins impitoyables du temps qui passe, de la vanité et de la mort. À l’image du miroir de la méchante reine dans Blanche Neige qui, après l’avoir flatté tout au long de ses belles années, finit par lui préférer une plus jeune.

L’histoire occulte des miroirs noirs trouve son expression la plus flamboyante dans « Black Mirror, Hydrus » (2014) de Mat Collishaw. Une pièce plutôt tape à l’œil qui diffuse, en vidéo, la peinture « David avec la tête de Goliath » du Caravage dans un luxueux cadre en verre de Murano.

 

Mat Collishaw, Black Mirror, Hydrus. Photo © Daniela Droz & Tonatiuh Ambrosetti
Mat Collishaw, Black Mirror, Hydrus. Photo © Daniela Droz & Tonatiuh Ambrosetti

 

Pour autant les propriétés physiques du miroir ne sont pas oubliées, une salle entière est consacrée à la perception. Les décorateurs le savent bien, les surfaces miroitantes permettent d’agrandir une pièce, mais pas seulement, elles aident à modeler leur environnement. C’est le cas des propositions de Mathias Kiss, Arik Levy, Daniela Droz et Maria Bruun qui par d’habiles constructions donnent à voir l’espace transformé qu’elles produisent. L’espace est ainsi froissé, déplié, ou ouvert sur de nouvelles illusions.
Mention spéciale pour le mystérieux totem « Untitled 15 (Guides) » (2013) de David Altmejd qui apparaît comme un ovni indéchiffrable mais fascinant.

 

David Altmejd, Untitled 15 (Guides). À droite miroir froissé de Mathias Kiss. Photo © Daniela Droz & Tonatiuh Ambrosetti
David Altmejd, Untitled 15 (Guides). À droite miroir froissé de Mathias Kiss. Photo © Daniela Droz & Tonatiuh Ambrosetti

 

L’exposition se conclut avec des dispositifs interactifs qui instaurent un dialogue entre nouvelles technologies et vision de soi. Le visiteur est ainsi invité à se mettre en scène face à des œuvres qui lui répondent, soit en enregistrant de manière éphémère sa présence, soit plus littéralement avec un mime de l’artiste, ou encore en pénétrant l’esprit du spectateur, qui devient alors acteur de la définition de l’image projetée, par sa simple pensée.

 

Pour le photographe Peter Lindbergh, cité dans le magazine Monopol, le selfie est certainement la chose la plus idiote qui soit. En effet, cette course effrénée à la reconnaissance du moi par les autres, ne ferait-elle pas que masquer un vide intérieur? se projeter hors de soi pour avoir une chance d’exister? Et finir par disparaître dans le flot des images, avalé par son propre double…
Une étape ultime parfaitement illustrée par le travail « memememe » des jeunes artistes brésiliens Radamés Ajna et Thiago Hersan, où un smartphone n’a plus besoin de personne pour prendre les plus beaux selfies et les poster sur son compte Tumblr. Une vision ma foi peu rassurante, mais qu’on peut heureusement vite refouler, à une encablure de porte, en rêvassant devant l’espace fictif ouvert par Damian Navarro, qui invite à voir ce qui se trame de l’autre côté du miroir.

 

Exposition Miroir Miroir jusqu’au 1er octobre 2017 au mudac, Place de la Cathédrale 6, Lausanne.

 

Texte: Corine Stübi
Image de titre: The Mirror | Hourglass (2014 – 2016), Nel Verbeke. Photo © Alexander Popelier, courtoisie de Roehrs & Boetsch.

 

NB: Pour ceux qui aiment le design et le mudac, le musée propose des cartes de membre à petit prix pour bénéficier de l’accès gratuit toute l’année, ainsi que de visites privées et de nombreux avantages réservés aux amis du mudac.

Catégories
Design Intérieurs

Retour en images sur la Design week de Milan 2017

 

Du 4 au 9 avril, le monde du design international se retrouve à Milan et fait le plein d’inspirations pour l’année. Retour sur 10 expositions à retenir et impressions en images de la Design Week

 

1. Formafantasma

Formafantasma, Foundation. Photo © Corine Stübi
Formafantasma, Foundation. Photo © Corine Stübi

 

« Foundation » de Formafantasma au Spazio Krizia est mon coup de cœur de l’édition 2017. Le duo de designers italiens installés à Amsterdam a réuni plusieurs collections et projets de luminaires dans cette exposition. Il est ici question de lumière, mais aussi de processus. En effet l’exposition s’articule autour de deux axes : Les produits finis, dont les lampes éditées, notamment par Flos, qui démontrent la partie disons « industrielle » de la production de Formafantasma et les expérimentations plus artistiques, où la technique est laissée brute, de sorte à dévoiler l’intention et la recherche en oeuvre. LED, film dichroïque, miroirs, polycarbonate, laiton, bronze, sont autant d’outils pour explorer la lumière, investiguer son ombre, ses reflets, sa couleur, l’espace qu’elle définit.

Une vraie réussite récompensée à deux reprises au Milano Design Award 2017 (Best Technology et Press Choice)

 

2. Dimorestudio

Dimorestudio, Milan Design Week 2017.
Dimorestudio, Milan Design Week 2017. Photo © Corine Stübi

 

Rendez-vous attendu et très couru, Dimorestudio a réussi cette année encore à séduire avec des environnements luxuriants et toujours renouvelés. Leur recette miracle: un savant mélange entre design vintage et création ultra tendance.

 

Dimorestudio, Milan Design Week 2017. Photo © Corine Stübi
Dimorestudio, Milan Design Week 2017. Suite de table et chaises Locus Solus de Gae Aulenti. Photo © Corine Stübi

 

Dimorestudio, Milan Design Week 2017. Suspension de Ingo Maurer et chaise de Charlotte Perriand
Dimorestudio, Milan Design Week 2017. Suspension de Ingo Maurer et chaise de Charlotte Perriand. Photo © Corine Stübi

 

3. Hermès

Hermès à La Pelota
Hermès à La Pelota. Photo © Corine Stübi

 

Hermès a investi, avec la classe qui caractérise la marque, La Pelota occupée l’année précédente par Hay. Changement total d’ambiance donc!
Vestiaire harnaché, vaisselle, tissus d’ameublement, mobilier ou accessoires, la large collection d’Hermès Maison, tantôt signée par l’équipe Hermès tantôt par des designers tels que Barber & Osgerby, Pierre Charpin ou Gianpaolo Pagni, est présentées dans un décor architectural blanc chaux simplement orné de jeux d’ombres. Ici tout est luxe et volupté, les matériaux sont nobles, cuir bien sûr, mais aussi osier, bronze, bois ou tissu.

 

Hermès à La Pelota
Hermès à La Pelota. Photo © Corine Stübi

 

 

4. Swarovski

Aldo Bakker, Swarovski
Aldo Bakker, Swarovski. Photo © Corine Stübi

 

Luxe toujours avec Swarovski qui exposait sa nouvelle collection Atelier Swarovski Home au Palazzo Crespi. Le cristallier collabore depuis un an avec les grands noms du design sur une série d’accessoires, vases, art de la table, qui ont en commun de magnifier la matière dans des objets de design. Parmi les nouveautés 2017, les presses papier minimalistes du Studio Brynjar & Veronika, suite logique de leur présentation en 2016 à Design Miami / Basel dans le cadre du Swarovki Designers of the Future, font impression, tout comme la série Prism de Tomas Alonso, et les nouvelles pièces d’Aldo Bakker.

 

Prism, Tomas Alonso, Swarovski. Photo © Corine Stübi
Prism, Tomas Alonso, Swarovski. Photo © Corine Stübi

 

5. Memphis Milano

Less is less, Sottsass, Memphis Milano
Less is less, Sottsass, Memphis Milano.

J’espérais plus d’exubérance pour l’exposition Less is less que Memphis Milano consacre à Ettore Sottsass, surtout que l’entreprise nous avait habitué à plus. Qu’importe, l’opportunité de voir la production de Sottsass pour Memphis réunie dans un seul et même endroit est toujours bonne à prendre.

 

 

 

 

 

6. ECAL, More Rules for Modern Life

Ecal, More Rules for Modern Life.
Ecal, More Rules for Modern Life. Photo © Corine Stübi

 

Si je n’ai pas pu m’empêcher de mentionner l’exposition de Sottsass, c’est aussi que l’esprit Memphis est loin d’appartenir au passé! Preuve en est l’exposition « More Rules for Modern Life » de l’ECAL! Les propositions des étudiants en Bachelor Art Visuel et Bachelor Design Industriel sous la direction de Christophe Gubéran et Stéphane Kropf sont joyeuses, colorées et enthousiasmantes, il y a beaucoup de jeunes talents à suivre de près.

Le dialogue entre art et design fonctionne si bien que la distinction n’est pas toujours facile et le propos est bien là, l’éternelle question du statut de l’œuvre entre high et low culture. Le commissariat a été confié à John Armleder, qui imprime sa marque, notamment celle explorée depuis 1979 avec ses « furniture sculpture », dont l’exemplaire 254, daté de 1991, trône dans la pièce principale.

 

Ecal, More Rules for Modern Life. Photo © Corine Stübi
Ecal, More Rules for Modern Life. Photo © Corine Stübi

 

7. Danish Arts Foundation, Mindcraft17

Mindcraft17
Mindcraft17. Photo © Corine Stübi

 

Mindcraft à la basilique San Simpliciano offre un bel aperçu des savoir-faire danois, de la céramique au tissu. Le curateur Henrik Vibskov a placé l’exposition sous la thématique du temps, passé – présent – future, un temps comme suspendu, sans être solennel, dans ce cadre religieux. Des cloches en tissu Kvadrat (Réf. Moraine, Ronan & Erwan Bouroullec) rythment la cour de la basilique, ponctuées des pièces des 18 designers et artistes invités.

Les céramiques de Pernille Pontoppidan Pedersen et les sculptures en papier de l’artiste Marianne Eriksen Scott-Hansen (M.E.S.H) font partie des plus belles découvertes.

 

Mindcraft17. Marianne Eriksen Scott-Hansen (M.E.S.H), Starting all over again.
Mindcraft17. Marianne Eriksen Scott-Hansen (M.E.S.H), Starting all over again. Photo © Corine Stübi

 

8. Cassina

Cassina
Cassina. This will be the place. Photo © Cassina

 

Cassina célèbre son 90ème anniversaire en 2017, à cette occasion la marque s’est installée à la Fondazione Giangiacomo Feltrinelli dont le bâtiment, signé Herzog & De Meuron, a été inauguré en 2016.

Le projet conçu par Patricia Urquiola, directrice artistique de Cassina, décode l’ADN de l’éditeur, entre archive et innovation. Le concept de l’exposition prend racine dans la monographie « This will be the place » qui se penche sur l’impact social et culturel de l’architecture et du mobilier sur les modes de vie et vice versa. Édité par Felix Burrichter la publication fait suite à « Il Libro dell’Arredamento » commandé en 1977 à Mario Bellini.

Les espaces se succèdent comme des chapitres avec plusieurs interventions dont celle de Konstantin Grcic sur le phénomène de disruption et son potentiel créateur. A noter aussi la reproduction du « Refuge Tonneau » de Charlotte Perriand et Pierre Jeanneret (1938) installée au sommet de l’édifice.

 

9. Fritz Hansen

Fritz Hotel, Jaime Hayon pour Fritz Hansen
Fritz Hotel, Jaime Hayon pour Fritz Hansen. Photo © Corine Stübi

 

Le Fritz Hotel est l’hôtel rêvé de Fritz Hansen. On se balade ainsi de la réception au lobby, en passant par le bar, dans un hôtel fictif entièrement aménagé par Jaime Hayon avec le mobilier de l’éditeur danois.

Le plus : La sélection d’icônes de la marque en édition vintage, Chaise Fourmi, Egg Chair et Drop Chair de Arne Jacobsen ou PK22 de Poul Kjaerholm.

 

Fritz Hotel, Jaime Hayon pour Fritz Hansen. Photo © Corine Stübi
Fritz Hotel, Jaime Hayon pour Fritz Hansen. Photo © Corine Stübi

 

10. Nilufar

Nilufar, Fontana Amorosa de Michael Anastassiades. Photo © Corine Stübi
Nilufar, Fontana Amorosa de Michael Anastassiades. Photo © Corine Stübi
Nilufar
Nilufar. Photo © Corine Stübi

Il y a de quoi patienter en attendant Design Miami / Basel chez Nilufar! La galerie milanaise consacre une exposition à Joaquim Tenreiro, l’un des grands maitres du design brésilien du XXe siècle. Mais pas seulement, j’y ai vu de belles pièces vintage de designers italiens et brésiliens, dont une splendide desserte « carrinho de chá »’ de Jorge Zalszupin.

Ici design du XXe et contemporain font bon ménage, comme l’atteste la très inspirée nouvelle installation lumineuse « Fontana Amorosa » de Michael Anastassiades.

 

 

 

 

Texte: Corine Stübi
Photos: © Corine Stübi

 

Impressions en images

 

The visit Studiopepe.
The visit Studiopepe. Photo © Corine Stübi

 

The visit Studiopepe. Suspension VV Cinquanta, Vittoriano Viganò, Astep et vase Rocchetto de Ettore Sottsass pour Bitossi
The visit Studiopepe. Suspension VV Cinquanta, Vittoriano Viganò, Astep et vase Rocchetto de Ettore Sottsass pour Bitossi (disponibles chez Kissthedesign en Suisse romande). Photo © Corine Stübi

 

Toiletpaper Bar
Toiletpaper Bar. Photo © Corine Stübi

 

Amanda Lilholt
Amanda Lilholt à Ventura Lambrate. Photo © Corine Stübi

 

Everything is Connected - Norwegian Crafts.
Everything is Connected – Norwegian Crafts. Photo © Lasse Fløde

 

La collection Sé chez Rossana Orlandi
La collection chez Rossana Orlandi. Photo © Sé

 

Vitra au salon du meuble
Vitra au salon du meuble. Photo © Vitra

 

Masques de GamFratesi pour Kvadrat. Photo © Matteo Girola
MASK de GamFratesi pour Kvadrat. Photo © Matteo Girola
Catégories
Design

Les 15 expositions à ne pas manquer à la design week de Milan 2017

 

Du 4 au 9 avril, Milan se transforme en capitale mondiale du design. À Rho, au salon du meuble, les marques présentent leurs collections ainsi que leurs nouveautés pendant qu’en ville les expositions essaiment dans les différents quartiers; Ventura Lambrate, Brera, Via Tortona, 5VIE, chez Rossana Orlandi, etc.

Petit aperçu du top 15 des expositions sur ma liste d’envies!

 

Dimore Studio. Via Solferino 11

Pas question de manquer Dimore Studio! Le duo de décorateurs stars sort chaque année le grand jeu avec des ambiances incroyables, où vintage, baroque, luxe et narration se marient pour le meilleur effet.

Dimorestudio en 2016. Photo © Paola Pansini
Dimorestudio en 2016. Photo © Paola Pansini

 

Carlton, Ettore Sottsass, Memphis Milano
Carlton, Ettore Sottsass, Memphis Milano

« Less is less. Sottsass e Memphis – 1981- 1987 ». Galleria Post Design, Via della Moscova 27

Memphis Milano fête les 100 ans d’Ettore Sottsass avec l’exposition « Less is less ». Pas besoin d’en dire plus pour comprendre que la fête sera folle.

Dans le même esprit, direction le Baglioni de l’Hôtel Carlton, Via Senato 5 / Via della Spiga 8, pour découvrir le travail du céramiste Alessio Sarri pour les designers du groupe Memphis, dont Sottsass bien sûr, mais aussi Nathalie du Pasquier, Matteo Thun, Martine Bedin, etc.
Puis Via Varese 15, pour l’exposition « Discovering Dimensions. Objects Big and Small » de Michele De Lucchi.

 

 

 

Seletti x Studio Job. Corso Garibaldi 117

Studio Job ajoute sa pierre à l’édifice de mauvais goût assumé et ludique de Seletti avec deux nouvelles collections, la première intitulée « BLOW » Job & Seletti (oui le jeu de mot est volontaire) et la seconde « UN_LIMITED EDITION ». Du mobilier, des luminaires, des accessoire pop et fast food, pensés dans un esprit art-design complétement décalé « comme si Andy Warhol rencontrait Tim Burton dans un diner en Italie ».

BLOW, Seletti & Studio Job
Collection BLOW, Seletti & Studio Job

 

COS x Studio Swine. Cinema arti, Via Pietro Mascagni

Comme les années précédentes, COS mise sur une installation immersive et sensorielle.
« New spring » de Studio Swine évoque le festival de Sakura au Japon. Il est donc question de floraison, un processus illustré de manière poétique par des bulles de fumée qui éclatent au contact de la peau mais restent intactes à la rencontre de tissus texturés.

 

Caesarstone x Jaime Hayon. Palazzo Serbelloni, Corso Venezia 16
Fritz Hotel. Via San Carpoforo 9

Patricia Urquiola était la personnalité de l’édition 2016, cette année ce sera sans conteste Jaime Hayon. Jaime Hayon multiplie les collaborations, ici un nouveau fauteuil pour Arflex, là de luxueux tapis pour Nanimarquina. L’éditeur danois Fritz Hansen lui confie aussi la création et la décoration de son Fritz Hotel à Brera.
Intitulée « Stone age folk », l’installation du designer espagnol pour Caesarstone promet une immersion totale dans un univers symbolique inspiré de la nature. Jaime Hayon s’approprie ici une imagerie liée à la pierre avec son propre langage visuel.

Caesarstone x Jaime Hayon
Caesarstone x Jaime Hayon
Fritz Hotel, esquisse de Jaime Hayon pour Fritz Hansen
Esquisse de Jaime Hayon pour le Fritz Hotel de Fritz Hansen

 

The Visit par studiopepe. Via Palermo 1

La Design week de Milan permet aussi de découvrir des lieux pas toujours ouverts au public. Studiopepe nous invite à la maison, plus précisément dans une visite intime et chaleureuse. Pour Arianna Lelli Mami et Chiara Di Pinto, fondatrices du studio, la maison est la projection physique du moi intérieur, un lieu où la beauté nous enveloppe et nous accompagne au quotidien.
L’exposition The Visit se structure autour de plusieurs concepts : la fresque, les grands maîtres, le foyer, les éléments décoratifs, les matériaux, et se déploie dans un appartement de 100 m2 niché dans un immeuble de 1800. Parmi les marques invitées, on note Astep et Bitossi (toutes les deux disponibles chez Kissthedesign en Suisse romande), Vitra, Bang & Olufsen, Bulthaup, Molteni et CC-tapis.

The visit, Studiopepe
Masters, The visit, Studiopepe

 

Nilufar. Via della Spiga 32

Nilufar consacre une exposition rétrospective au designer brésilien Joaquim Tenreiro et ouvre le dialogue avec une installation inédite de Michael Anastassiades.

Fauteuil de Joaquim Tenreiro, Brésil, 1954. Photo © Nilufar
Fauteuil de Joaquim Tenreiro, Brésil, 1954. Photo © Nilufar

 

Formafantasma. Spazio Krizia, Via Manin 21

Je suis avec beaucoup d’intérêt le travail de Formafantasma, qui après avoir principalement collaboré avec des galeries sur des éditions limitées, se lance dans la production en série avec les lampes WireRing et Blush pour Flos, à découvrir à Euroluce.
Au Spazio Krizia, le duo italien basé à Amsterdam, présente une sélection de lampes de la collection Delta pour Galleria Giustini/Stagetti, Galleria O. Roma, présentée à Design Miami Basel en 2016, mais aussi de récentes expérimentations lumineuses pour le centre d’art Peep-Hole de Milan, ainsi qu’un avant-gout d’un nouveau projet avec le Textiel Museum de Tilburg. Une exposition work in progress donc, qui offre un aperçu intéressant sur le processus créatif et la démarche des designers.
Formafantasma est aussi au Spazio CEDIT (Fuoro Buonaparte 14) avec Martino Gamper.

Foundation, Formafantasma. Photo © Formafantasma
Foundation, Formafantasma. Photo © Formafantasma

 

Fornasetti. Corso Venezia 21 A

Fornasetti a récemment ouvert un nouveau flagship store de 3 étages à Corso Venezia. L’occasion de découvrir les nouvelles pièces dans un environnement au total look Fornasetti.

Le nouveau flagship store de Fornasetti à Corso Venezia. Photo © Arianna Sanesi
Le nouveau flagship store de Fornasetti à Corso Venezia. Photo © Arianna Sanesi

 

New Rules, ECAL

ECAL “More Rules for Modern Life”. Spazio Orso 16, Via dell’Orso 16

Les adresses de l’ECAL sont multiples cette année encore. Je retiens celle du Spazio Orso pour son parti pris de synergies entre l’art et le design. L’exposition “More Rules for Modern Life” est en effet montée sous la direction de de Christophe Guberan et Stéphane Kropf, et le commissariat de l’artiste John Armleder.

 

 

 

Cassina 9.0 2017-1927. Fondazione Giangiacomo Feltrinelli, Viale Pasubio et Showroom Via Durini 16

L’éditeur mythique Cassina a quitté Rho pour fêter ses 90 ans à la Fondazione Giangiacomo Feltrinelli et présenter sa nouvelle collection dans son showroom milanais. Un rendez-vous immanquable pour qui aime les classiques du design et les grands noms d’hier et d’aujourd’hui

 

Tom Dixon, Multiplex. Teatro Manzoni, Via Manzoni 42

Depuis qu’il a fait de sa propre marque un mastodonte de l’accessoire, Tom Dixon n’est plus trop ma tasse de thé. Malgré tout on ne peut pas nier l’attrait de ses concepts, et celui d’investir entièrement un vieux cinéma milanais avec ses créations fait plutôt envie.

© Tom Dixon
© Tom Dixon

 

Texte: Corine Stübi
Légende de l’image titre: Jorge Penadés, lampe de table N°3. Photo © Jorge Penadés

 

Et aussi :
Andrea Branzi à la Galleria Clio Calvi Rudy Volpi, Via Pontaccio 17
Arflex, Dome, Via San Marco 1. 10 ans de collaboration avec Claesson Koivisto Rune
À 5VIE : Sabine Marcelis et Matteo Cibic, Piazza Gorani et Passeggiata (Airbnb), Corso Magenta 65
Kvadrat à Project B Gallery, Via P. Maroncelli 7 avec Max Lamb et à Corso Monforte 15 avec Wieki Somers et GamFratesi
Nemo, Corso Monforte 19/A
Capitalism is over, Via Cuccagna 2/4
Wonderglass, Istituto dei Ciechi, Via Vivaio 7
Ikea Festival à Ventura Lambrate
Rossana Orlandi: NOV GalerieJorge Penadés. Via Matteo Bandello 14/16
Lee Broom et Marteen Bass à Ventura Centrale, Aporti 9-21
Moooi, Via Savona 56
Nendo au showroom Jil Sander, Via Luca Beltrami 5
Wingsdesign, la nouvelle association fondée par la céramiste vaudoise Patricia Glave. Via Privata Oslavia 1
Palazzo Clerici, Via Clerici 5: Design Academy Eindhoven.
Etc…