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Les 3 icônes du couple Eames à collectionner

Les collectionneurs les plus pointus délaissent parfois les créations du couple Eames, agacés par leur popularité auprès des néophytes. Pourtant, mépriser ces productions pour ce qu’elles sont devenues aujourd’hui, revient à ignorer ou à nier leur importance historique, notamment dans le développement de la production de masse. Car Charles & Ray Eames étaient précurseurs dans de nombreux domaines.

Si certaines pièces du génialissime duo américain, n’ont en effet pas de grande valeur de collection, à l’image de la chaise à coque en fibre de verre qui dans certaines couleurs, l’orange par exemple, s’achète avant tout pour la déco, d’autres bénéficient d’une belle cote et démontrent une valeur qui a su rester relativement stable ces 10 dernières années.

Ktdsays vous guide parmi les éditions des 3 icônes à collectionner.

 

LCW

Charles Eames est un pionnier du contreplaqué moulé. Inspiré par le mobilier en bois courbé d’Alvar Aalto (années 30), il se concentre sur l’amélioration de la technique du cintrage en vue d’une fabrication propre à la production de masse. Ses expérimentations, avec Eero Saarinen, vont lui permettre de lier des lamelles de bois avec les nouvelles résines, disponibles à l’époque, pour créer un matériau souple et robuste pouvant être moulé. En 1942, il est mandaté par l’armée américaine pour dessiner de l’équipement fabriqué à l’aide cette nouvelle technique. Ses recherches trouvent une application pratiques notamment dans des attelles orthopédiques.

 

Vue de l'exposition "Charles & Ray Eames. The power of design" au Vitra Design Museum. © Vitra Design Museum, Photo: Mark Niedermann
Vue de l’exposition “Charles & Ray Eames. The power of design” au Vitra Design Museum du 30.09.2017 au 25.02.2018. © Vitra Design Museum, Photo: Mark Niedermann

 

En 1944, Charles Eames fonde Evans Product Company et reprend ses recherches dans l’ameublement. Il lance la production de ses premières pièces de mobilier en contreplaqué moulé, dont la fameuse chauffeuse LCW dessinée en 1945/46.

Approché en 1946 par George Nelson, alors directeur artistique chez Herman Miller, Eames va rapidement collaborer avec la firme du Michigan. D’abord sur la base d’une collaboration fabrication (Evans) – distribution (Miller), avant d’intégrer Herman Miller.

Les éditions produites par Evans sont donc très rares, car Herman Miller a rapidement pris en charge tous les processus de production, d’où leur grande valeur de collection.

 

Chauffeuse LCW, Charles & Ray Eames, Evans. Photo © Kissthedesign
Chauffeuse LCW, Charles & Ray Eames, Evans. Photo © Kissthedesign

 

Autocollant Evans. Il existe 3 sortes d'autocollants: Evans seul, celui-ci et le label papier dit "stamp". Photo © Kissthedesign
Autocollant Evans. Il existe 3 sortes d’autocollants: Evans seul, celui-ci et le label papier dit “stamp”. Photo © Kissthedesign

 

La chauffeuse LCW fait partie des modèles les plus recherchés de la période « contreplaqué moulé » des Eames, avec la table CTW qui l’accompagne. Elle se collectionne aujourd’hui de préférence dans ses premières éditions Evans, mais également dans ses anciennes productions Herman Miller. Plus le modèle est ancien, plus sa valeur augmente.

Mais attention, il en existe de nombreuses copies ! Plus précisément, les éditions plus tardives maquillées en Evans pullulent sur internet. Il est recommandé d’acquérir ce modèle auprès de galeries spécialisées, pour éviter que la bonne affaire ne se transforme en perte sèche.

 

RAR

Le fauteuil en coque en fibre de verre muni de différentes bases représente une étape clé dans l’histoire de la production de masse.

L’après-guerre a forcé les architectes à trouver des solutions de reconstruction rapides et bon marché, de même les designers devaient pouvoir répondre aux besoins du plus grand nombre. Les nouvelles résines s’imposent comme matériau de choix pour une production à bas prix.

C’est dans ce contexte que la coque en fibre de verre a vu le jour, à l’occasion de la « International Competition for Low-Cost Furniture Design » du MoMA en 1948.

 

La plastic armchair de Eames dans le catalogue d'Herman Miller, 1952. © Herman Miller archive
Les différents modèles de la plastic armchair des Eames dans le catalogue d’Herman Miller, 1952. © Herman Miller archive

 

Le développement de la coque à travers ses différentes éditions illustre à merveille les recherches des Eames pour optimiser les processus de fabrication et accompagner l’avènement de la production de masse dans le design.

D’abord produites par Zenith Plastics, une entreprise active dans la fabrication de fuselage d’avions, les coques en fibre de verre étaient démoulées à l’aide d’une corde. Les toutes premières éditions Zenith, de 1950 à 1953, portent encore la corde sous le pourtour, d’où la dénomination « Rope edge ». En effet, il n’était pas possible de retirer la corde sans fragiliser la coque. Les technologies évoluant rapidement, les éditions suivantes se sont rapidement passé du démoulage manuel à la corde. On reconnaît facilement les premières éditions Zenith à la corde qui épouse le contour, l’autocollant carré surnommé « checkboard » et les larges gommes de fixation (shockmounts).

 

RAR, Charles & Ray Eames, première édition Zenith. Photo © Kissthedesign
RAR (Rocking Armchair Rod) avec base originale, Charles & Ray Eames, première édition Zenith. Photo © Kissthedesign

 

Autocollant "checkboard" et "rope edge". Photo © Kissthedesign
Autocollant “checkboard” et “rope edge”. Photo © Kissthedesign

 

Dès 1956, Herman Miller, enfin formé à la fibre de verre, a pu récupérer la production en interne, amenant au passage quelques modifications afin de restreindre les coûts (plus petits shockmounts, mélange fibre de verre / résine plus économe). En Europe, Vitra qui distribuait les coques en fibre de verre sous licence Herman Miller a pu les éditer en son nom dès les années 70.

Les collectionneurs s’intéressent avant tout aux premières éditions Zenith, notamment dans sa version RAR c’est-à-dire sur base rocker, de préférence originale, bien que les bases plus récentes ne soient pas rédhibitoires tant les piètements d’époque sont rares.

Les éditions vintage de Vitra avec leurs accoudoirs arrondis sont généralement moins recherchées, ce qui leur offre l’avantage, non négligeable, d’être plus accessibles que les productions américaines.

 

Rocking Armchair Rod, Charles & Ray Eames, Vitra. Photo © Kissthedesign
RAR (Rocking Armchair Rod), Charles & Ray Eames, édition Vitra. Photo © Kissthedesign

 

Lounge chair + ottoman

Une fois n’est pas coutume, cette pièce de collection était déjà un produit de luxe à son époque! Véritable icône du design moderne, le fauteuil en cuir et coques en bois moulé a su traverser le temps en se patinant, selon le souhait de son créateur qui lui voulait un look de vieux gant de base-ball, mais sans jamais se démoder.

 

Charles Eames posant dans la Lounge Chair pour une publicité, 1956. © Eames Office
Charles Eames posant dans la Lounge Chair pour une publicité, 1956. © Eames Office LLC

 

Aujourd’hui, si le lounge chair et son ottoman restent un symbole de bon goût et de raffinement, seuls les modèles vintage en palissandre brésilien ont une réelle valeur sur le marché du design du XXe. En effet dès la fin des années 80, Vitra et Herman Miller ont dû se passer de l’essence sauvage, désormais protégée, pour sa version de culture au grain plus régulier. Quant aux exemplaires en noyer, cerisier ou laquées noir, on les trouve à petits prix car ils n’ont pas la cote, il faut reconnaître que leurs coques peu contrastées ne peuvent pas rivaliser avec le dessin parfois impressionnant du précieux palissandre exotique.

 

Lounge chair et ottoman, Charles & Ray Eames, édition Herman Miller. Photo © Kissthedesign
Lounge chair et ottoman, cuir noir et palissandre brésilien, Charles & Ray Eames, édition Herman Miller. Photo © Kissthedesign

 

Étiquette Herman Miller avec patent label. Photo © Kissthedesign
Étiquette Herman Miller avec patent label. Photo © Kissthedesign

 

Les productions des Eames étaient fabriquées aux USA par Herman Miller et en Europe par Vitra, aujourd’hui encore les deux éditeurs continuent de couvrir les mêmes territoires.

Les collectionneurs favorisent les éditions Herman Miller, en grande partie pour la silhouette plus fine des piètements du fauteuil et du repose-pied, mais aussi pour la qualité des cuirs américains. Les éditions Vitra vintage ont donc généralement une valeur légèrement inférieure sur le marché européen. Il existe également des éditions françaises par Mobilier International que tout bon professionnel vous déconseillera à cause de la piètre qualité des cuirs, il est d’ailleurs très rare d’en trouver en bon état d’origine.

 

Planche des archives Vitra, page 340 de la publication Projekt Vitra 1957 - 2007, Birkhäuser
Planche des archives Vitra, page 340 de la publication “Projekt Vitra 1957 – 2007”, publié par Cornel Windlin et Rolf Fehlbaum, Bâle. Birkhäuser Verlag AG, 2008.

 

Texte: Corine Stübi
Photo en titre: DAX (Dining Height Armchair X- Base), première édition Zenith 1950/51. © Vitra Design Museum, Photo: Jürgen Hans.

Remerciements au Vitra Design Museum pour les images d’archive et les photos de l’exposition “An Eames celebration” qui s’est tenue du 30.09.2017 au 25.02.2018