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Unlimited 2018, entre les dollars d’Art Basel et l’engagement des artistes

Alors que des millions d’Euros ou de dollars changent de mains sur les stands des galeries à Art Basel, les oeuvres présentées à Unlimited questionnent les drames du monde contemporain, dont certains résultent directement de cette concentration extrême de la richesse.
Selon Martin Blessing, co-président du Global Wealth Management chez UBS, en 2017, le volume du marché de l’art global s’élevait à 63,7 milliards de dollars. Art Basel y occupe une place leader avec 46% des ventes effectuées par les galeries pendant la foire.

Cette dichotomie m’a particulièrement frappé cette année, en passant d’un Unlimited en partie très engagé à une section galeries où le marché se joue dans une effervescence palpable. Les collectionneurs se bousculent, pressés de dépenser plus que le voisin. La qualité est évidemment exceptionnelle, car les galeries réservent leur plus belles pièces à Art Basel.

 

Le commun des mortels se contente de profiter du musée géant qui se tient du 12 au 17 juin à Bâle, notamment Art Unlimited.
Sous la direction curatoriale de Gianni Jetzer pour la 7ème année consécutive, l’édition 2018 est dense. Il faut prévoir du temps pour visiter l’exposition grand format d’Art Basel, principalement en raison de la présence accrue de la vidéo. Alors parmi les 72 oeuvres, quelles sont celles à retenir?

 

 

Robert Longo, Death Star II, 2017/18
Robert Longo, Death Star II, 2017/18. Photo © Corine Stübi

 

Robert Longo, Death Star II, 2017/18

L’artiste américain connu pour ses dessins photoréalistes au fusain, dont un est actuellement accroché au mudac de Lausanne, a réalisé une sphère composée de 40’000 balles en cuivre et en bronze. Death Star II fait suite à une sculpture similaire créée en 1993. Mais la version produite pour Unlimited a plus que doublé de volume à l’image de la croissance des tueries de masse ces 20 dernières années aux États-Unis. L’artiste qui souhaitait visualiser l’ampleur de la catastrophe livre également une installation lumineuse et précieuse comme un soleil. Cette planète en lévitation, à la fois violente et attirante, révèle une ambivalence ancrée dans la société américaine.
Impliqué dans la lutte contre la violence par arme à feu, Robert Longo a annoncé qu’il reverserait 20% des gains de la vente à l’association Everytown for Gun Safety.

 

 

Sam Gilliam, Untitled, 2018
Sam Gilliam, Untitled, 2018. Photo © Corine Stübi

 

Sam Gilliam, Untitled, 2018

Comme Death Star II de Robert Longo, ou le promontoire de Buren, plusieurs oeuvres ont été produites spécialement pour Unlimited, c’est également le cas des nouveaux Drape de Sam Gilliam. À 84 ans, l’artiste américain occupe le devant de la scène à Bâle où sa production de 1967 à 1973 est exposé au Kunstmuseum sous le titre « The music of color ». En plus de 60 ans de carrière dans la peinture, c’est la première exposition personnelle dans un musée en Europe de l’expressionniste abstrait qui fut le premier afro-américain à représenter les états-Unis à la Biennale de Venise en 1972.
Sam Gilliam avait sorti la peinture de sa bidimensionalité dès les années 60, car pour lui l’art doit renouer avec l’architecture environnante et cesser de se confiner à un cadre accroché au mur. À Unlimited ses toiles aux couleurs vives occupent une salle que le visiteur peut pénétrer au contact direct des 30 peintures.

 

 

Rikrit Tirkavana, untitled 2015 (bangkok boogie woogie, no 1), 2015. Photo © Corine Stübi
Rikrit Tirkavana, untitled 2015 (bangkok boogie woogie, no 1), 2015. Photo © Corine Stübi

 

Rikrit Tirkavana, untitled 2015 (bangkok boogie woogie, no 1), 2015 

L’installation de Rikrit Tirkavana se base sur une émeute qui a eu lieu à Bangkog en 2010. Ce sont armés de pneus – cocktails molotov – que les opposants de gauche et de droite se combattaient. L’artiste transpose la guérilla urbaine dans le cadre de la galerie, plus précisément dans les anciens locaux de Gavin Brown’s enterprise avant leur destruction. Ce passage de la rue à l’espace de la galerie se fait évidemment avec une mise à jour des matériaux, du caoutchouc au bronze, mais également enrichi de références en histoire de l’art, plus précisément celle des bricoleurs expérimentaux Fischli/Weiss ou Tinguely.

 

Rikrit Tirkavana, untitled 2015 (bangkok boogie woogie, no 1), 2015. Photo © Corine Stübi
Rikrit Tirkavana, untitled 2015 (bangkok boogie woogie, no 1), 2015. Photo © Corine Stübi

 

 

Richard Mosse, Incoming, 2016. Photo © Corine Stübi
Richard Mosse, Incoming, 2016. Photo © Corine Stübi

 

Richard Mosse, Incoming, 2016

La crise des migrants trouve sa place dans les préoccupations des artistes, même dans la grande messe commerciale qu’est Art Basel. 

L’installation vidéo à 3 canaux de Richard Mosse retrace, de manière non linéaire, différents moments de la vie des migrants du Moyen-Orient et d’Afrique dans leur dangereux périple pour l’Europe. Moments de vie quotidienne, d’attente, d’ennui, mais aussi de détresse. Pompiers, militaires, police, des figures de l’autorité dans des situations de sauvetage ou de répression d’une population de migrants. Les scènes sont filmées avec une caméra thermique d’utilisation militaire, capable de reconnaitre la présence humaine à 30 km de distance, de jour comme de nuit. L’image ainsi produite, presque en négatif, complique l’identification des protagonistes et procède à une dépersonnalisation telle que l’individu se fond dans son rôle. La capture documentaire des faits se brouille dans le traitement de l’image propre à cette nouvelle technologie.

 

Richard Mosse, Incoming, 2016. Photo © Corine Stübi
Richard Mosse, Incoming, 2016. Photo © Corine Stübi

 

 

Candice Breitz, TLDR, 2017. Photo © Corine Stübi
Candice Breitz, TLDR, 2017. Photo © Corine Stübi

 

Candice Breitz, TLDR, 2017

L’installation vidéo TLDR de Candice Breitz se déploie dans deux salles, en deux actes, tout comme Love Story présenté au pavillon sud africain à la biennale de Venise l’année passée et dont elle est la suite. La première salle montre une installation vidéo à 3 canaux où le narrateur, un jeune garçon de 12 ans, au centre, raconte l’histoire récente qui a opposé les féministes entre elles, notamment un groupement d’actrices hollywoodiennes et des abolitionnistes de la prostitution à Amnesty international. Le choeur est assuré par des prostituées sud africaines, membres de l’association SWEAT (Sex Workers Education & Advocacy Taskforce), dont on découvre l’histoire individuelle dans une deuxième pièce. Il y est question de race, de genre et de privilèges, pour des femmes ou des transgenres qui doivent se battre au quotidien pour le respect de droits élémentaires, dans un pays marqué par l’Apartheid.
En pointant la croisade des actrices blanches et riches, Candice Breitz se soumet à un exercice autocritique et se demande à quel point l’artiste privilégié peut représenter des populations marginalisées.

 

 

Jon Rafman, Dream Journal 2016 - 2017, 2017
Jon Rafman, Dream Journal 2016 – 2017, 2017. Photo © Corine Stübi

 

Jon Rafman, Dream Journal 2016 – 2017, 2017

La palme de l’oeuvre la plus déjantée revient sans conteste au Dream Journal de Jon Rafman. Le jeune artiste canadien a retranscrit ses rêves à l’aide d’un programme 3D grand public. Le résultat? Un mix de jeu vidéo ultraviolent, de porno manga et de séries Netflix que l’on déguste comme un trip de LSD, ou prêt pour une séance de binge watching halluciné, allongé sur des chaises longues en polyuréthane de forme organique, un peu dégoutante, ou assis sur la moquette à poil long.

La succession d’actions décousues dans lesquelles est impliqué le personnage principal, une jeune fille ultrasexy coiffée d’une casquette Xanax, s’enchaînent dans un rythme effréné – dialogue amoureux dans les couloirs – suicide – promenade en bateau – sauvetage – attaque par des monstres – clinique privée – sexe – accès à des fichiers protégés – décapitation, etc. Bienvenu dans le cauchemar éveillé du millenial hyperconnecté.

 

Jon Rafman, Dream Journal 2016 - 2017, 2017. Photo © Corine Stübi
Jon Rafman, Dream Journal 2016 – 2017, 2017. Photo © Corine Stübi

 

 

L’art chinois en force

Ai Wei Wei, Tiger, Tiger, Tiger, 2015.
Ai Wei Wei est un pillier d’Unlimited, il faut dire que l’artiste chinois s’est spécialisé dans l’art monumental. L’installation Tiger, Tiger, Tiger, se compose de 3’020 vases de porcelaine cassée, dont il ne reste que le fond, là où se cache la signature peinte à la main, un tigre, de son auteur. Le matériau de base provient de précieux vases ou bols de la période Ming (1368 – 1644). Comme à son habitude l’artiste chinois joue avec la polysémie des symboles, ici le tigre, à la fois signature d’artistes aujourd’hui oubliés, signe du zodiaque et symbole de courage dans la culture chinoise. Il touche à la mémoire et à la production collective.

 

Ai Wei Wei, Tiger, Tiger, Tiger, 2015. Photo © Corine Stübi
Ai Wei Wei, Tiger, Tiger, Tiger, 2015. Photo © Corine Stübi

 

He Xiangyu, Untitled, 2018
He Xiangyu (*1986)  se penche sur la politique de l’enfant unique mise en place en Chine depuis la fin des années 1970 jusqu’en 2015. Quelques photos de son enfance solitaire avec ses parents, placées à la hauteur de sa taille à l’époque, entourent une grande pièce murale composée de boites à oeufs en or pur de 3’500 gramme, portant un unique oeuf. L’artiste évoque l’influence de la politique sur sa propre vie et sur celle de plusieurs générations de jeunes chinois.

 

Paul Chan, Bathers on Ogygia, 2018
Paul Chan (Hong Kong, *1973), quant à lui rejoue une scène de l’Odyssée d’Homere avec des articles de fan shop gonflables. Ainsi les figures animées par des ventilateurs dépeignent le séjour d’Odyssée sur l’île d’Ogyia où la demi-déesse Calypso le retint pendant 7 ans

 

Paul Chan, Bathers of Ogygia, 2018
Paul Chan, Bathers of Ogygia, 2018. Photo © Corine Stübi

 

 

 

Barbara Bloom, The tip of the iceberg, 1991
Barbara Bloom, The tip of the iceberg, 1991. Photo © Corine Stübi

 

Barbara Bloom, The tip of the iceberg, 1991

Avec une certaine économie de moyen, Barbara Bloom relate le naufrage du Titanic.
Des piles de vaisselle de porcelaine trônent au milieu d’une pièce peinte en bleu, sur une table en verre, la porcelaine porte l’estampille RMS Titanic. L’ordre apparent se défait à l’approche du reflet qui dévoile l’image de l’épave du Titanic au fond de l’océan, imprimée sous chaque assiette. Le plafond répond au naufrage avec une frise ornée d’objets que la NASA a enregistré comme égarés dans l’espace, principalement des débris de satellites, mais également des objets perdus par des astronautes.
L’artiste américaine associé à la Picture generation des années 70 et 80, se sert ici de la narration d’accidents spatiaux et du plus célèbre des naufrages pour une méditation sur l’absence.

 

Barbara Bloom, The tip of the iceberg, 1991. Photo © Corine Stübi
Barbara Bloom, The tip of the iceberg, 1991. Photo © Corine Stübi

 

 

Edith Dekyndt, They Shoot Horses (part One), 2017. Photo © Corine Stübi
Edith Dekyndt, They Shoot Horses (part One), 2017. Photo © Corine Stübi

 

Edith Dekyndt, They Shoot Horses (part One), 2017

L’installation de l’artiste belge se compose d’un long rideau de velours crème, dont la face extérieure est percée à intervalle régulier de la pointe de milliers de clous. L’intérieur révèle la trame décorative formée par la tête des clous, ainsi qu’une vidéo d’archive d’un marathon de danse des années 30 aux États-Unis. Le titre de l’installation est tiré du roman de Horace McCoy « They Shoot Horses, Don’t They? » de 1935, qui dépeint le désespoir de la classe ouvrière pendant la Grande Dépression américaine.
La population affamée prenait part à ces concours attirée par la nourriture gratuite et par les prix à gagner. La vidéo en slow motion montre des couples de danseurs prêts à tout pour gagner jusqu’à s’effondrer d’épuisement. La tragédie absurde est soulignée par le lourd rideau qui marque la fin du spectacle.

 

+ Bonus

Michael Rakowitz, The invisible enemy should not exist (Room N, Northwest Palace of Nimrud), 2018

Si je n’avais pas entendu la guide expliquer le concept, je serais passé tout droit, tellement les bas-reliefs sont moches. Mais l’oeuvre est plus intéressante qu’il n’y parait au premier regard. Michael Rakowitz a en fait reproduit des artefact du palais de Nimrud détruit en 2015 par Daesch. À l’aide d’informations trouvées sur le site d’Interpol et des archives de l’institut oriental de l’université de Chicago, il en a réalisé des copies avec des journaux arabes et des emballages de produits iraquiens, aux couleurs fidèles à celles qui devaient décorer les panneaux au 9ème siècle avant JC.

Depuis 2007, l’artiste américain a reproduit plus de 700 artefacts détruits à la suite de l’invasion américaine de l’Irak en 2003.

 

Michael Rakowitz, The invisible enemy should not exist (Room N, Northwest Palace of Nimrud), 2018. Photo © Corine Stübi
Michael Rakowitz, The invisible enemy should not exist (Room N, Northwest Palace of Nimrud), 2018. Photo © Corine Stübi

 

 

Art Basel, Messe Bâle du 11 au 17 juin.

Texte et photos: Corine Stübi

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Design

Design Miami / Basel 2018

« C’est très rare » pouvait-on entendre sur les nombreux stands de design du XXe siècle, lundi au vernissage de Design Miami, qui se tient jusqu’au 17 juin en parallèle de Art Basel. En effet, plusieurs pièces rares voire uniques ont fait surface pour cette édition. Trois pièces de Franco Albini dessinées en 1940 pour la villa Neuffer à la galerie Giustini /  Stagetti et aux prix relativement raisonnable pour des pièces uniques, une table Jean Prouvé chez Patrick Seguin, une autre basse chez Jacques Lacoste, un cabinet que Matégot avait dessiné en 1958 pour sa propre maison à Boutron-Marlotte chez Mathieu Richard, un lustre Mod. 2045 de BBPR en provenance du château Sforza chez Gate 5, ainsi qu’une table transformable de A.R.P chez Pascal Cuisinier. Cette dernière est paraît-il unique, mais après quelques recherches il apparait que 2 autres sont passées aux enchères ces dernières années, « des copies » nous assure-on sur le stand.

 

Cabinet de Mathieu Matégot, dessiné en 1958 pour sa propre maison à Boutron-Marlotte chez Mathieu Richard
Cabinet de Mathieu Matégot, dessiné en 1958 pour sa propre maison à Boutron-Marlotte chez Mathieu Richard. Photo © Yanick Fournier

 

BBPR Studio, lustre Mod 2045, ca 1962. Pièce unique produite par Arteluce. Photo © Gate 5
BBPR Studio, Important lustre Mod 2045, ca 1962. Pièce unique produite par Arteluce. Photo © Gate 5

 

Galerie Pascal Cuisinier. Photo © Yanick Fournier
Galerie Pascal Cuisinier. Photo © Yanick Fournier

 

Pas toujours facile d’être certain que les pièces n’existent réellement qu’en un seul exemplaire. Sur le stand Curio consacré à Ettore Sottsass, le collectionneur et expert Ivan Mietton, me confie en parlant du vase delle Tenebre fabriqué par Bitossi, qu’il pensait le vase unique jusqu’à ce qu’il s’aperçoive qu’une de ses connaissances avait le même! « Typique Ettore » me dit le curateur qui a rencontré le maestro alors qu’il travaillait à l’archivage de son oeuvre pour le centre Pomipdou. Sa proposition « Una Piccola Stanza » fait partie de mes favoris de la foire, car elle offre une vision différente, plus « bourgeoise », du chantre postmoderniste plus facilement associé au radicalisme Memphis. Elle expose également la genèse d’un langage formel devenu la marque de fabrique de Sottsass.
La petite sélection se concentre particulièrement sur les productions années 60 pour Poltronova. Des pièces aujourd’hui très rares car l’excès de matériaux nobles et de techniques couteuses a considérablement entravé le succès commercial des modèles qui sont rapidement sortis du catalogue. À l’image de la très belle enfilade aux rayures de palissandre et de laque, ornée de poignées en bronze. 

 

Curio Ivan Mietton présente Ettore Sottsass: Una piccola stanza. Photo © James Harris
Curio Ivan Mietton présente Ettore Sottsass: Una piccola stanza. Photo © James Harris

 

Cabinets de curiosités

Le programme Curio, sur le papier, s’inspire des cabinets de curiosités en vogue à la Renaissance,. Mais si l’approche plus expérimentale donne lieu à quelques résultats originaux comme « Una Piccola Stanza » ou l’écrin décalé de Sylvie Fleury pour les bijoux d’artistes de Syz Art Jewels, elle ennuie le plus souvent.
Les curiosités sont ailleurs. Par exemple chez Heritage Gallery de Moscou, qui présente des reliques de la période communiste. Parmi lesquels un bureau offert à Lénine par un artisan anonyme, dont la base est entièrement fabriquée de fusils, ou encore des vases décorés de figures, notamment celle du célèbre cosmonaute Gagarin, commémorant la conquête de l’espace par l’URSS.
La galerie américaine Magen H présente quant à elle, à côté de Pierre Chapo, The Gold Grotto un élément mural dessinée en 1999 par le décorateur Pierre Sabatier pour la discothèque Jimmy’z à Monaco. 

 

Curio Sylvie Fleury pour Syz Art Jewels
Curio Sylvie Fleury pour Syz Art Jewels. Photo © Yanick Fournier

 

Pierre Chapo et The Gold Grotto par Pierre Sabatier. Magen H. Photo © Yanick Fournier
Pierre Chapo et The Gold Grotto par Pierre Sabatier. Magen H. Photo © Yanick Fournier

 

 

Des pièces d’exceptions

Design Miami / Basel est un événement majeur dans l’agenda des collectionneurs internationaux, pourtant l’ennui peut guetter le visiteur assidu qui retrouvera inlassablement les mêmes pièces sur certains stands. Heureusement tous ne s’endorment pas sur leur lauriers. Ils sont en effet nombreux à sortir de véritables trésors dignes d’épater même les plus blasés. Par exemple ces fauteuils de Joe Colombo daté de 1968, une production Bonacina composées d’une coque renforcée en osier recevant des coussins crème, découverts chez Jousse entreprise et vendus pendant le preview. Rossella Colombari met en avant le rationalisme italien, parmi lesquels Angelo Mangiarotti, dont on peut admirer l’ingénieux système modulaire en bois, sans vis, précurseur de ses célèbres tables en marbre.

 

Paire de fauteuils de Joe Colombo, table et lampes de Pierre Paulin. Jousse entreprise
Paire de fauteuils de Joe Colombo, table et lampes de Pierre Paulin. Jousse entreprise. Photo © Yanick Fournier

 

Suite de chambre à coucher, Aneglo Mangiarotti avec Bruno Morassuti, 1955 pour Frigeria. Galleria Rossella Colombari
Suite de chambre à coucher, Aneglo Mangiarotti avec Bruno Morassuti, 1955 pour Frigeria. Galleria Rossella Colombari. Photo © Yanick Fournier

 

Charlotte Perriand et le Japon. Laffanour - Galerie Downtown
Charlotte Perriand et le Japon. Laffanour – Galerie Downtown. Photo © Yanick Fournier

 

Lalanne chez la galerie Mitterrand. Photo © James Harris
Lalanne à la galerie Mitterrand. Photo © James Harris

 

La galerie Mitterrand présente une collection exceptionnelle de Lalanne, dont un lit dessiné en 1999 par Claude Lalanne dévoilé pour la première fois au public, ainsi que « canard de Sêvres » une oeuvre unique dessinée par François-Xavier Lalanne en 1978.

Jacques Lacoste sort des sentiers battus avec un stand à valeur historique consacré à l’UAM, l’Union des Artistes Modernes fondé en 1929 sous l’impulsion de Robert Mallet-Stevens. Le rassemblement avant-gardiste, parmi lesquels Pierre Chareau, René Herbst, Louis Sognot et Jean Prouvé, défendait une éthique du produit anti-ornementale et l’utilisation de matériaux modernes. 

 

Jacques Lacoste. Photo © James Harris
Galerie Jacques Lacoste. Photo © James Harris

 

La scénographie la plus réussie cette année est pour moi celle de R & Company, que la galerie new-yorkaise a confié au décorateur Pierre Yovanovitch. Le français signe par ailleurs une collection de mobilier haut de gamme produit en exclusivité par la galerie.
Au milieu des chaises de Yovanovitch, au petit air de Royère, trône une des plus belle pièce de la foire, une table unique du brésilien José Zanine datée des années 70. Les murs sont ornés de tapis de Dana Barnes, fabriqué à partir de tapis d’orient vintage que l’artiste décore d’aplats de couleur en feutre de laine.

 

R&Company. Table de Zanine et chaises de Pierre Yovanovitch
R & Company. Table de Zanine et chaises de Pierre Yovanovitch. Photo © Yanick Fournier

 

R&Company. Photos James Harris
R & Company. Photos © James Harris

 

Le design contemporain et la tendance tapisserie

La tapisserie, le travail du tissu et le tissage est une tendance forte dans le design contemporain. Ce retour à des techniques traditionnelles et séculaires s’observe comme un fil rouge tout au long de la foire.

La collaboration Raf Simons et Gaetano Pesce / Cassina pour Calvin Klein, Christoph Hefti chez Maniera, Louise Hederström chez Hostler Burrows, le mobilier tissé de Betil Dagdelen pour Cristina Grajales, Hella Jongerius pour Kreo, les animaux de l’artiste sud africaine Porky Hefer pour la fondation Leonardo Di Caprio. On redécouvre cet art longtemps méprisé, aussi chez les créateurs du XXe siècle comme Sheila Hicks chez Demisch Danant, Matégot chez Pascal Cuisiner, Nanda Vigo chez Erastudio Apartment et Jean Lurçat chez Jacques Lacoste.

 

Paravent Sunrise de Nanda Vigo, années 80. Erastudio Apartment. Photo © Yanick Fournier
Paravent Sunrise de Nanda Vigo (1988/1992). Erastudio Apartment. Photo © Yanick Fournier

 

Demisch Danant. Photo © Yanick Fournier
Demisch Danant. Photo © Yanick Fournier

 

Betil Dagdelen pour Cristina Grajales
Betil Dagdelen pour Cristina Grajales. Photo © Yanick Fournier

 

Et le design contemporain justement? Il manque quelques acteurs clé et leur absence se fait ressentir. À part chez Maniera, Kreo, ou Giustini / Stagetti qui présente Formafantasma, j’ai du mal à me passionner pour les créations actuelles exposées à Design Miami. Il y a bien Friedman Benda qui présente la Watercolor Collection de Nendo, mais si la collection est très esthétique, j’avoue que le minimalisme du studio nippon me touche rarement.

 

Formafantasma chez Giustini / Stagetti. Photo © Yanick Fournier
Formafantasma chez Giustini / Stagetti. Photo © Yanick Fournier

 

Nendo et sa Watercolor Collection pour Friedman Benda
Oki Sato, Nendo et sa Watercolor Collection pour Friedman Benda. Photo © Yanick Fournier

 

La galerie The Future Perfect de Los Angeles fait par contre un début remarqué avec une sélection rafraîchissante de designers américains, pour ma part des découvertes. J’ai eu un gros coup de coeur pour les vases en céramique de Eric Roinestad, qui d’après la multiplication des points rouges semblent avoir également conquis les collectionneurs.

 

Céramiques de Eric Roinestad. The future perfect.
Céramiques de Eric Roinestad. The future perfect. Photo © Corine Stübi

 

Design at large

Design at large sous la direction artistique du photographe François Halard m’a séduit pour sa générosité. Les 9 propositions grand format ouvrent un dialogue non chronologique entre les différentes périodes de l’histoire du design. L’idée étant d’observer comment le passé influence le présent, et comment le présent peut définir le futur.

Ceux qui cette année ont raté la Design Week de Milan se voient offrir une petite séance de rattrapage de l’édition 2018 avec Disco Gufram et l’exposition que Nilufar consacre à la designer brésilienne Lina Bo Bardi.

À noter également: Les éléments architecturaux et mobilier que Gateano Pesce a dessiné en 1994 pour le magasin de jouet Dujardin de Knokke en Belgique et le Dining Room Pavillon de RDAI Architecture.

 

Dujardin par Gaetano Pesce, présenté par Laffanour. Photo © James Harris
Dujardin par Gaetano Pesce, présenté par Laffanour. Photo © James Harris

 

Dining Room Pavillon de RDAI Architecture, présenté par la galerie Philippe Gravier
Dining Room Pavillon de RDAI Architecture, présenté par la galerie Philippe Gravier. Photo © Corine Stübi

 

Lina Bo Bardi présentée par Nilufar. Photo © James Harris
Lina Bo Bardi présentée par Nilufar. Photo © James Harris

 

Design Miami Basel, 12-17 juin 2018, Halle 1, Messe, Bâle

Texte Corine Stübi
Photo en titre: Galerie Patrick Seguin. Photo © Yanick Fournier