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Lausanne Art Fair, une foire pas comme les autres

Lausanne a depuis 2017 sa propre foire d’art, dont l’offre rappèle une version internationale de Montreux Art Gallery plutôt que Art Genève, même si ici les artistes ne s’exposent pas sans galerie.

J’avoue que c’est un marché que je connais mal et qui correspond moins à ma propre pratique ou à mes préférences. Cependant si j’observe la situation à Lausanne, notamment sous l’angle de la durée de vie des espaces d’art, je dois reconnaître que les galeries locales qui présentent de l’art « actuel » (« actuel » en opposition à « contemporain », à défaut d’une terminologie plus appropriée) ou de second marché, semblent commercialement plus à l’aise que celles, qui se consacrent à l’art contemporain. Ma réflexion exclut évidemment la galerie Alice Pauli dont l’activité se joue depuis longtemps sur le plan international et non local.
L’art que présente le Lausanne Art Fair a ses amateurs, un public différent, plus populaire, voire plus jet-set, mais surtout plus large, comme le prouve l’affluence de près de 15’000 visiteurs à la première édition.

 

Lausanne Fine Art 2017
Vue de la première édition de Lausanne Art Fair 2017. Photo © Lausanne Art Fair

 

J’ai donc accepté la proposition de partenariat avec l’édition lausannoise de la foire qui se tiendra du 19 au 22 avril à Beaulieu, malgré un univers éloigné du mien, intéressée par l’idée de deux marchés de l’art qui se développent en parallèle, avec très peu de points de contact.
Ceci dit, parmi les 80 galeries sélectionnées par Lausanne Art Fair, certaines exposent des oeuvres modernes signées de figures majeures du XXe siècle, tels que Picasso, Dubuffet, Magritte, Warhol, etc.

La foire lausannoise se voit volontiers populaire et chaleureuse. L’art qu’elle défend couvre une période de 1950 à aujourd’hui et se veut accessible à tous, entendez sans prérequis théoriques, comme à tous les budgets, même si certaines oeuvres se négocient à plusieurs dizaines de milliers d’Euros.

On y retrouve des galeries transfuges de feu le salon des antiquaires comme Galartis (Lausanne) ou Bel Air Fine Art (Genève). Le street art, souvent absent des grandes foires d’art, trouve ici une place de choix. La manifestation s’ouvre à presque tous les médias, la photographie, le dessin, la peinture, la céramique, la sculpture ou encore le graffiti, ainsi qu’à de nombreux styles, l’expressionnisme, le pop art, l’art brut, abstrait, cinétique, le minimalisme, etc. L’art vidéo, la performance ou l’installation ne sont en revanche pas représentés.

 

Lausanne Fine Art 2017
Crocodile de Richard Orlinski. Lausanne Art Fair 2017. Photo © Lausanne Art Fair

 

La présence d’oeuvres d’artistes stars est déjà annoncée, il sera ainsi possible d’admirer des toiles de Dali, Combas, Banksy ou des sculptures de Richard Orlinski. Ce dernier est un célèbre représentant de cet art hors circuit. Chouchou de la télévision française et de l’industrie du tourisme de luxe, il appartient, selon un classement Artprice, aux artistes les plus cotés de France, alors qu’aucun musée ne l’expose et que la presse spécialisée l’ignore. Très apprécié des décorateurs, il est inconnu ou méprisé des critiques d’art, et pour cause, ses animaux monumentaux, visibles notamment sur les pistes de Courchevel ou dans le jardin du Grand Hôtel Kempiski à Genève, sont très largement inspirés des sculptures de Xavier Veilhan.

Qu’importe, les organisateurs français soignent une approche libre de préjugé vis à vis de toutes formes d’art. Les galeries d’art contemporain romandes ont d’ailleurs été invitées à participer, sans succès comme l’atteste le catalogue de cette deuxième édition.
On peut également souligner la convivialité de l’événement, où les enfants s’amusent dans des ateliers créatifs et où le vernissage se fait en musique. L’idée étant de détendre l’amateur d’art qui n’ose pas pousser la porte des galeries.

Lausanne Art Fair, Palais de Beaulieu, Lausanne. Du 19 au 22 avril 2018

 

Texte: Corine Stübi
Photo en titre: Vue de la première édition de Lausanne Art Fair en 2017. Photo © Lausanne Art Fair

 

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Design

Le design nomade à la montagne

Nomad, dont la première édition s’est tenu du 8 au 11 février 2017 à St. Moritz, explore un nouveau modèle de foire. Ici pas de stand aux parois immaculées dans une halle gigantesque et impersonnelle, mais des expositions réparties dans les pièces de Chesa Planta, une imposante maison de maître du 16e siècle.

 

Massimo de Carlo
Massimo de Carlo. Photo Studio Vedet / Giulia Piermatiri

 

Le modèle traditionnel des galeries est en pleine mutation. Le white cube et la black box n’ont pas encore fait leur temps mais sont questionnés, il est alors normal que la foire d’art s’invente de nouvelles formes. Et qui mieux que des professionnels de la branche pour opérer de telles expérimentations?
Fondée par Giorgio Pace, spécialiste art & luxury brand (Rick Owens, Vuitton) et Nicolas Bellavance-Lecomte, architecte, curateur et co-fondateur de la galerie Carwan à Beirut, la foire a vu le jour en avril 2017 à Monaco. Plus précisément à La Vigie, un joyau 1900 de la Riviera française, dont Karl Lagerfeld fut propriétaire dans les années 90.

Aux parcs d’exposition sans âme, Nomad oppose les demeures historiques. Le design retourne ici dans l’intimité de la maison, dont il épouse l’échelle. Il s’agit d’expérience, le mot est lâché, au sein d’architectures rarement ouvertes au public.

 

A Mind of Winter, vue de l'installation. Photo Andrea Rossetti. Giorgio Pace Projects
A Mind of Winter, vue de l’installation. Photo Andrea Rossetti. Giorgio Pace Projects

 

Des galeries de design de haut vol, parmi lesquels Demisch Danant, Fumi, Giustini/DStagetti Galeria O., Nilufar, Priveekollektie, Etage Projects, etc, ont été séduites par le concept et ont rejoint ce premier événement hivernal accompagnées de poids lourds de l’art contemporain, dont Eva Presenhuber, Almine Rech ou Marlborough Contemporary.

 

Sarah Myerscough Gallery
Sarah Myerscough Gallery. Photo Studio Vedet / Giulia Piermatiri

 

Galleria Luisa Delle Piani
Galleria Luisa Delle Piani. Photo Studio Vedet / Giulia Piermatiri

 

À la Design Week de Milan les marques et les designers investissent d’anciens Palazzi privés. À première vue ce n’est pas si différent, sauf qu’à Nomad Il faut montrer patte blanche, seuls les VIPs et les professionnels peuvent visiter la manifestation.
Avec un tel parti-pris et des locations de prestige comme St-Moritz et Monte-Carlo, le public est ciblé à la hauteur des oeuvres exclusives.

Les galeries ayant été invitées à s’intégrer au cadre montagnard, Nomad permet aussi de s’inspirer et repenser son chalet sous l’angle moderniste ou contemporain.

 

 

Texte: Corine Stübi
Photo en titre: Carwan Gallery. Photo Studio Vedet / Giulia Piermatiri

 

Fauteuil année 50 de Joaquim Tenreiro, Nilufar. Photo Mattia Iotti
Fauteuil année 50 de Joaquim Tenreiro, Nilufar. Photo Mattia Iotti

 

Animal Mask de Christoph Hefti, Maniera
Animal Mask de Christoph Hefti, Maniera

 

Special Project, A Sense of Belonging, curatrice Giovanna Lisignoli
Special Project, A Sense of Belonging, curatrice Giovanna Lisignoli. Photo Studio Vedet / Giulia Piermatiri
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Design

PAD Genève 2018. Une première édition contrastée.

J’étais impatiente de découvrir à Artgenève, le fameux PAD dont je suivais les éditions parisiennes et londoniennes dans la presse spécialisée et sur les réseaux sociaux. Si la foire est nouvelle à Genève, elle est établie depuis 21 ans à Paris et depuis 11 ans à Londres.

Sur les 28 exposants présents à la première édition genevoise du PAD, seuls 3 viennent de Suisse, ou plutôt de Genève, Lionel Latham, Patrick Gutknecht et Phoenix Ancient Art, sinon la plupart sont parisiens, Jacques Lacoste, Alain Marcelpoil, Alexandre Guillemain, la galerie italienne, etc. Pourtant les arts décoratifs y sont pluriels et la visite oscille facilement entre admiration et répulsion.

 

Alexandre Guillemain.
Pierre Guariche, Paul MacCobb, George Nakashima, Pierre Paulin chez Alexandre Guillemain, Paris. Photo © Corine Stübi

 

Il faut parfois se forcer à chercher au-delà du clinquant pour isoler des pièces intéressantes. C’est le cas d’une très jolie table basse, années 50, au plateau recouvert d’une mosaïque en os, du designer Etienne Allemeersch que j’ai trouvé en faisant abstraction, entre autres, des tables Coco Chanel sur le stand de Maison Rapin (photo en titre de l’article).
Les miroirs concaves qui ornent le même stand, malgré un petit côté Anish Kapoor déco, ont une histoire plutôt séduisante. L’artiste Roberto Giulio Rida s’est en effet servi d’un ancien stock de verres années 50, que Fontana Arte utilisait pour ses tables loupe. Il les a serti de laiton pour en faire une série de miroirs datés de 2017.

 

Lalanne et Line Vautrin sur le Stand de Jean-David Botella.
Les Lalanne et Line Vautrin sur le Stand de Jean-David Botella. Photo © Corine Stübi

 

Mais ce n’est pas toujours facile de dépasser la débauche de matériaux précieux et scintillants: Laiton, chrome rutilant, bronze, cristal, pierres précieuses, laque brillante, etc. Le goût est par moment “particulier”, il semblerait que le total look Hollywood Regency soit tendance.

Certains choix sont étonnants… Comme celui du français Jean-David Botella de tapisser les murs de son stand de miroirs Line Vautrin et de le peupler d’une véritable ménagerie de moutons, de grenouilles et d’un cerf, tous signés Lalanne. Si je ne savais pas à quel point ces objets sont rares, j’en douterais presque devant une telle abondance.

À côté de cela, plusieurs exposants ont joué la carte chalet chic. Pour un premier PAD en Suisse, ça parait logique.

 

Modernity. Photo © Corine Stübi
Modernity, Stockholm. Photo © Corine Stübi

 

On apprécie d’autant plus les stands à la scénographie plus “calme” comme ceux de Jacques Lacoste ou du suédois Modernity par exemple. Ce dernier a amené quelques trésors du design scandinave dont les prix affichés, s’il faut saluer la transparence, explosent la cote de certaines pièces.

La sélection de Jacques Lacoste est, comme toujours, très réussie. Plusieurs pièces m’ont tapé dans l’oeil: Un splendide buffet Royère, des appliques Saturne et Araignée de Serge Mouille, un miroir soleil de Max Ingrand et un lot composé d’une paire de fauteuils 516 et d’un canapé de Gio Ponti pour Cassina.

 

Jacques Lacoste, Paris. Photo © Yanick Fournier
Jacques Lacoste, Paris. Photo © Yanick Fournier

 

Le design contemporain m’est apparu à première vue sous-représenté, jusqu’à ce que je comprenne que plusieurs objets que je prenais pour “vintage” étaient en réalité des créations du 21ème siècle. Heureusement, le PAD offre quelques propositions contemporaines de grande qualité, parmi lesquelles Valentin Loellmann et son mobilier raffiné à la galerie Gosserez ou encore l’impressionnante porcelaine de Studio Job pour Royal  Tichelaar Makkum chez Priveekollektie.

 

Valentin Loellmann à la galerie Gosserez, Paris
Valentin Loellmann à la galerie Gosserez, Paris. Photo © Corine Stübi

 

Le partenariat avec Artgenève est reconduit. Je me réjouis de voir à quoi ressemblera la deuxième édition en 2019: Est-ce que certains exposants opéreront des réglages? ou au contraire la mouture 2018 aura su imprimer son style éclectique à une clientèle locale, dont je pensais les goûts plus austères?

Dans tous les cas l’arrivée du PAD en Suisse romande est une très bonne chose. Le public romand se montre encore trop frileux à investir dans le design contemporain en édition limitée, alors l’exemple international pourrait réveiller une certaine émulation et donner un coup de pouce aux galeries romandes. Un rééquilibrage concernant la valeur des objets peut aussi s’avérer bénéfique sur le marché indigène.

 

PAD Genève, 1-4 février à Palexpo

 

Texte: Corine Stübi
Photo en titre: Maison Rapin, Paris. Photo © Yanick Fournier

 

Priveekollektie, Pays-Bas. porcelaine Royal Tichelaar Makkum. Photo © Corine Stübi
Priveekollektie, Pays-Bas. porcelaine Royal Tichelaar Makkum. Photo © Corine Stübi

 

Modernity. Photo © Corine Stübi
Cabinet Josef Frank, Modernity, Stockholm. Photo © Corine Stübi

 

Jacques Lacoste, Paris
Jacques Lacoste, Paris. Photo © Yanick Fournier
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Artgenève 2018, la foire premium valorise l’art suisse

Les grands noms du marché de l’art font confiance à Artgenève, qui confirme ainsi sa place dans le monde des foires d’art internationale en 2018.

Le nombre des galeries n’a pas évolué depuis l’année passée et reste à 80 (pour 16 pays), un choix judicieux qui permet à la fois d’échapper au gigantisme d’un Art Basel, et d’imprimer sa marque de fabrique par une sélection drastique des galeries participantes. S’il est important pour une foire d’affirmer une identité forte, j’avoue que le style par endroit très uniforme, voire conservateur, de cette 7ème édition m’a un peu ennuyé, tout comme la répétition de certaines propositions.

 

Galerie Nosbaum Reding, Luxembourg. à droite Stephan Balkenhol, à gauche Peter Zimmermann. Photo © Corine Stübi
Galerie Nosbaum Reding, Luxembourg. à gauche Stephan Balkenhol, à droite Peter Zimmermann. Photo © Corine Stübi

 

Il y avait néanmoins de très belles pièces, comme ce set de posters du Guggenheim Bilbao transformé en navire de guerre en quelques coups de stylo par Mike Bouchet et Paul McCarthy vu sur le stand de la galerie Parisa Kind de Francfort. Le cabinet de curiosité « Between Voltaire and Poe » de Mark Dion et une gravure sur bois de Damien Deroubaix repérés chez In Situ – Fabienne Leclerc. Le sud-africain Cameron Platter découvert sur le stand de la galerie GNYP de Berlin. Une « Montagne-eau » de Alexia Turlin chez Rosa Turetsky. Plusieurs Calder, ou encore deux grands tableaux de Peter Zimmerman, un de mes anciens professeurs à la Kunsthochschule für Medien de Cologne.

 

Mark Dion, Between Voltaire and Poe, 2016, In Situ Fabienne Leclerc, Paris. Photo © Yanick Fournier
Mark Dion, Between Voltaire and Poe, 2016, In Situ Fabienne Leclerc, Paris. Photo © Yanick Fournier

 

Mike Bouchet & Paul McCarthy, Guggenheim Bilbao Poster Set, 2006, Paris Kind, Francfort
Mike Bouchet & Paul McCarthy, Guggenheim Bilbao Poster Set, 2006, Paris Kind, Francfort. Photo © Yanick Fournier

 

Mais la vraie plus-value d’Artgenève est de réunir la scène culturelle suisse. Le parc de sculptures de Max Bill rend cette présence helvétique particulièrement visible cette année. Elle s’étend comme un fil rouge dans « Alpine Dream », également une proposition curatoriale de Samuel Gross, où un panorama de montagnes enneigées sert de fond à une sélection d’œuvres monochromes d’artistes majoritairement suisses. D’ailleurs Artgenève n’est sans doute pas étranger à l’essor de la place artistique genevoise, dont on prend ici pleinement conscience. Et quand on sait, qu’après Gagosian, la multinationale Pace Gallery va ouvrir en mars une dépendance à Genève, Quai des Bergues, il y a de quoi se réjouir.

 

Max Bill, sculpture park, curateur: Samuel Gross. Photo © Yanick Fournier
Max Bill, sculpture park, curateur: Samuel Gross. Photo © Yanick Fournier

 

Alpine Dream, curateur: Samuel Gross. Photo © Corine Stübi
Alpine Dream, curateur: Samuel Gross. Photo © Corine Stübi

 

Le programme institutionnel reste un moment fort en découvertes, notamment celle de l’artiste suisse, et enseignant à la HEAD, Helge Reumann, à qui le CACY d’Yverdon, invité pour la première fois à Artgenève, consacre une exposition personnelle. J’y ai retrouvé Anne Minazio de Hit et ses nouvelles céramiques à quatre mains avec Jessy Razamandimby, ainsi que des tableaux d’Augustin Rebetez sur le stand de l’association Art for the world. Deux artistes avec qui je collabore à la galerie Kissthedesign.

 

Helge Reumann, Analyse du risque, Centre d'art contemporain Yverdon CACY
Helge Reumann, Analyse du risque, Centre d’art contemporain Yverdon CACY. Photo @ Corine Stübi

 

Sans surprise, Julian Charrière remporte le prix mobilière 2018, doté de 15’000 CHF, avec la poétique installation « Future Fossil Spaces ». Composées de sel compressé et de lithium lumineux, les colonnes présentées à Artgenève sont extraites de l’installation monumentale que l’artiste exposait à l’Arsenale, dans le cadre de la Biennale de Venise 2017.
Le jury s’est montré unanime à reconnaître le talent du jeune artiste suisse qui « compte parmi les artistes les plus passionnants et les plus prometteurs de notre époque ».

 

Julian Charrière, Future Fossil Spaces, 2017. Prix mobilière 2018. Photo © Corine Stübi
Julian Charrière, Future Fossil Spaces, 2017. Prix mobilière 2018. Photo © Corine Stübi

 

La grande nouveauté de l’édition 2018, réside dans le partenariat avec le PAD pour le design. Cependant Artgenève conserve des exposants actifs dans le domaine, tels que le designer Philippe Cramer qui rejoint la foire pour la première fois, ou Taste Contemporary déjà présente lors des précédentes éditions. J’ai surtout retenu de cette dernière, le solo show de Virginia Leonard, une artiste peintre néo-zélandaise qui exprime dans un mélange de céramique, d’émail et de résine, les douleurs physiques qu’elle subit depuis un grave accident.

 

Virginie Leonard, Taste Contemporary, Genève. Photo © Corine Stübi
Virginie Leonard, Taste Contemporary, Genève. Photo © Corine Stübi

 

Philippe Cramer. Photo © Corine Stübi
Philippe Cramer. Photo © Corine Stübi 

 

 

Artgenève se déroule du 1 au 4 février 2018 à Palexpo Genève. Le programme de sculptures hors les murs se poursuit quant à lui jusqu’au 31 mars 2018, Quai Wilson à Genève.

 

Texte Corine Stübi
Photo titre: Alpine Dream, curateur: Samuel Gross. Photo © Corine Stübi

 

Inflatable Felix, Mark Leckey, Collection Syz.
Inflatable Felix, Mark Leckey, Collection Syz.Photo © Yanick Fournier

 

Qui Zhijie, Kiki Smith, Galleria Continua
Qui Zhijie, Kiki Smith, Galleria Continua. Photo © Yanick Fournier

 

Bernard Frize, Jean-Michel Othoniel, Perrotin
Bernard Frize, Jean-Michel Othoniel, Perrotin. Photo © Corine Stübi

 

Alexander Calder, De Jonckheere
Alexander Calder, De Jonckheere, Genève / Monaco. Photo © Yanick Fournier

 

A droite Waseem Ahmed, Gowen Contemporary, à gauche Alexia Turlin, Montagnes-eau, Rosa Turetsky. Photo © Corine Stübi
A gauche Waseem Ahmed, Gowen Contemporary, à droite Alexia Turlin, Montagnes-eau, Rosa Turetsky. Photo © Corine Stübi

 

HIT Genève. céramiques de Anne Minazio et Jessy Razamandimby
HIT Genève. céramiques de Anne Minazio et Jessy Razamandimby. Photo © Corine Stübi

 

Augustin Rebetez, Art For The World
Augustin Rebetez, Art For The World. Photo © Corine Stübi

 

Cameron Platter, GNYP, Berlin. Photo © Yanick Fournier
Cameron Platter, GNYP, Berlin. Photo © Yanick Fournier

 

Damien Deroubaix, Nature morte au fétiche, 2015 (détail), In Situ Fabienne Leclerc, Paris
Damien Deroubaix, Nature morte au fétiche, 2015 (détail), In Situ Fabienne Leclerc, Paris. Photo © Yanick Fournier

 

Max Bill, sculpture park, curateur: Samuel Gross
Max Bill, sculpture park, curateur: Samuel Gross. Photo © Yanick Fournier
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Think big, 5 œuvres monumentales à retenir en 2017

Les œuvres monumentales ont conquis le monde de l’art. Elles sont les stars des grands événements culturels des biennales au foires, en passant par les institutions muséales. Toutes revendiquent des dimensions ambitieuses pour attirer l’attention d’un public en demande d’expériences.

Retour sur 5 œuvres monumentales à retenir en 2017

 

Damien Hirst, « Treasures of the Wreck of the Unbelievable », à la Collection Pinault dans le cadre de la biennale de Venise

Probablement la plus monumentale des œuvres monumentales, « Treasures of the Wreck of the Unbelievable » a couté pas moins de 50 millions de livres à produire.

La double exposition de la Collection Pinault au Palazzo Grassi et à la Punta della Dogana, dans le cadre de la biennale de Venise, devait signer le grand retour de Damien Hirst sur le devant de la scène, alors les moyens étaient à la hauteur de la mission.

 

Demon with bowl (Vue de l'exposition). Photo Prudence Cuming. Image © Damien Hirst & Science ltd. all rights reserved, DACS/SIAE 2017
Demon with bowl (Vue de l’exposition). Photo Prudence Cuming. Image © Damien Hirst & Science ltd. all rights reserved, DACS/SIAE 2017

 

Les sculptures, dont un démon en bronze de 18m de haut, représentent la centaine de reliques découvertes dans l’épave d’un vaisseau antique ayant fait naufrage au large des côtes d’Afrique de l’Est il y a plus de 2’000 ans et que l’artiste aurait retrouvé en 2008. Le bateau transportait la riche collection d’artefacts de Cif Amotan II, grand collectionneur et esclave affranchi, en route pour un temple où les œuvres, provenant de toutes les civilisations connues alors – parmi lesquelles des commandes, copies, des achats et des pillages – devaient être exposées.

C’est ainsi que démarre le mythe créé de toutes pièces par Damien Hirst et soutenu par des documents (vidéos, photos, textes) de la découverte sous-marine des œuvres. Bien que le contexte pseudo-historique ne craigne pas les anachronismes avec des figures mythologiques aux traits de Rihanna, Pharell et Kate Moss, ou encore Mickey Mouse l’icône Disney.

 

 

Si les critiques n’ont pas été tendres, les acheteurs étaient au rendez-vous. En effet, selon Artnet news, 60 à 70% des œuvres étaient déjà vendues au début de la biennale.

Dans la débauche de moyens, les matériaux sont précieux (bronze, marbre, or, malachite, etc.) et la logistique pharaonique, on peut aussi lire une mise en abîme du marché de l’art et de ses acteurs, comme le laisse entendre le portrait de Damien Hirst en Cif Amotan II, ainsi que l’évolution d’un art qui tend vers le spectaculaire pour attirer et impressionner un public blasé. Mais l’implication de Damien Hirst dans ce même marché est telle, qu’il est permis de douter de la portée critique de sa production.

S’il fallait une preuve supplémentaire du génie marketing de Damien Hirst, Netflix diffuse depuis le 1er janvier 2018 le mockumentary « Treasures of the Wreck of the Unbelievable», produit par Science Ltd, la société de Damien Hirst, sur la découverte du trésor naufragé.

 

 

NOW I WON de Claudia Comte à Art Basel

La jeune artiste vaudoise est rapidement passé de la scène locale à internationale. Claudia Comte est aujourd’hui représenté par Barbara Gladstone à New York, aux côtés d’artistes tels que Anish Kapoor, Sarah Lucas, Ugo Rondinone, Richard Prince, Rosemarie Trockel, parmi nombreux autres grands noms de l’art contemporain, et par la König Galerie à Berlin. En juin 2017, son installation NOW I WON occupait tout le parvis d’Art Basel avec des jeux de fêtes foraines. La tendance des grands événements de l’art contemporain à se transformer en parc d’attraction pour amateurs d’art trouve ici son expression la plus directe et la plus humoristique.

 

NOW I WON, Claudia Comte, Art Basel. © Claudia Comte
NOW I WON, Claudia Comte, Art Basel. © Claudia Comte

 

Surmonté du palindrome NOW I WON écrit en tronc de bois sur gazon (on se souvient ici du HAHAHA de la triennale de Bex), se trouvent 7 stands de kermesse dédiés à différents jeux. Bar, jeux de quille, danse, minigolf, fléchettes, bras de fer, etc., repensés dans le style de l’artiste et réalisés à la tronçonneuse. L’installation, ouverte à tous, invite à la participation avec son ambiance festive. Il en coutait 3 CHF, somme reversée à Pro Natura, pour entrer dans le jeu et tenter de remporter l’une des trois sculptures en marbre de Claudia Comte.

L’artiste vaudoise regrette l’aspect élitaire de l’art, elle l’a conçu ici accessible : Le passant peut être happé par la fête tout comme le collectionneur peut s’échapper un instant du marathon et s’amuser, et l’amateur désargenté, mais habile, peut espérer repartir avec une œuvre d’une valeur de plusieurs dizaines de milliers de dollars.

 

NOW I WON, Claudia Comte, Art Basel. © Claudia Comte

NOW I WON, Claudia Comte, Art Basel. © Claudia Comte
NOW I WON, Claudia Comte, Art Basel. © Claudia Comte

 

 

« Mirage » de Doug Aitken à Desert X

Le vidéaste Doug Aitken a depuis longtemps étoffé sa production d’autres médias que la vidéo, même si son travail reste fortement imprégné de la narration cinématographique. En 2017, l’artiste américain a fait le buzz, des magazines d’art aux revues de design et d’architecture, avec « Mirage » dans le cadre de la biennale en plein air Desert X dirigée par le curateur Neville Wakefield.

L’installation site-specific, prend la forme d’une maison construite en miroirs et installée dans le désert de Palm Springs. L’architecture s’inspire du style Ranch californien traditionnel, une spécificité de l’Ouest des États-Unis dont l’inspiration remonte à Frank Lloyd Wright et a trouvé son expression dans les années 20 et 30 quand un groupe d’architectes californien a construit les premières maisons de banlieue dans ce style avant qu’il ne devienne populaire après-guerre et influence le paysage péri-urbain américain.

Doug Aitken a pensé son installation comme un concept architectural, où la maison standardisée de banlieue, vidée de ses habitants, entre en parfaite harmonie avec son environnement, qu’elle reflète autant qu’elle aspire.

 

Doug Aitken, MIRAGE. 2017. Photo Lance Gerber. Courtesy the artist and Desert X.

Doug Aitken, MIRAGE. 2017. Photo Lance Gerber. Courtesy the artist and Desert X.
Doug Aitken, MIRAGE. 2017. Photo Lance Gerber. Courtesy the artist and Desert X.

 

 

Ai Weiwei, « Sunflower Seeds » au Musée des Beaux-Arts de Lausanne jusqu’au 28 janvier

C’était sans contexte l’exposition d’art la plus courue de 2017 à Lausanne et en Suisse romande. Le coup de force est dû à Bernard Fibicher, directeur du musée des beaux-arts de Lausanne, qui en 2004, alors curateur de la Kunsthalle de Berne, avait proposé la toute première exposition personnelle d’Ai Weiwei dans un musée en Europe.

Ai Weiwei occupe ainsi l’entier du Palais de Rumine, du 22 septembre 2017 au 28 janvier 2018, avec son exposition « D’ailleurs c’est toujours les autres. », rendant un bel hommage à ce lieu aux multiples musées, avant que le mcb-a ne le quitte définitivement pour Plateforme 10.

 

With Wind (Avec du vent), 2014, bambou et soie, env. 240 x 5000 cm. © Studio Ai Weiwei
With Wind (Avec du vent), 2014, bambou et soie, env. 240 x 5000 cm. © Studio Ai Weiwei

 

L’artiste est connu du grand public pour ses démêlées avec le gouvernement chinois, mais aussi pour ses grandes installations poétiques faites de bambou et soie, comme celle du Bon Marché de Paris en 2016, et pour son activisme sur les réseaux sociaux. L’exposition au mcb-a s’articule entre installations monumentales et interventions ciblées. On y découvre un dragon, symbole impérial chinois, composé de cerfs-volants porteurs de citations d’activistes emprisonnés ou forcés à l’exil dont Snowden, Mandela et lui-même, une bouée de marbre noir plongée dans la fontaine du palais, rappel de la situation dramatique des migrants en Méditerranée. On retrouve les fameuses photographies de doigts d’honneur, déclinées sous toutes ses formes (papier peint, mobiles, etc.), ainsi que la tout aussi célèbre série d’Ai Weiwei lâchant un vase Ming, ici reproduite en lego.

La plus monumentale des œuvres se trouve dans la deuxième salle du mcb-a. « Sunflower Seeds » se compose de 13 tonnes de graines de tournesols en porcelaine peintes à la main. Seulement un petit échantillon des 150 tonnes que l’artiste a commandé à 1’500 artisans des manufactures de Jingdezhen, capitale chinoise de la porcelaine. L’œuvre datée de 2010 avait été exposée pour la première fois à la Tate de Londres, le public pouvait alors la parcourir, s’y asseoir et la toucher, jusqu’à ce que toute interaction soit interdite car il est apparu que la manipulation des pièces de porcelaine produisait de la poussière toxique.

 

Sunflower Seeds (Graines de tournesol), 2010, porcelaine peinte à la main, 12 x 8 x 0.1 cm 
et
The Animal That Looks Like a Llama but is Really an Alpaca, 2015, papier peint, dimensions variables © Studio Ai Weiwei
Sunflower Seeds (Graines de tournesol), 2010, porcelaine peinte à la main, 12 x 8 x 0.1 cm 
et
The Animal That Looks Like a Llama but is Really an Alpaca, 2015, papier peint, dimensions variables
© Studio Ai Weiwei

 

Sunflower Seeds (Graines de tournesol) (détail), 2010, porcelaine peinte à la main, 12 x 8 x 0.1 cm © Studio Ai Weiwei
Sunflower Seeds (Graines de tournesol) (détail), 2010, porcelaine peinte à la main, 12 x 8 x 0.1 cm
© Studio Ai Weiwei

 

Le guide de l’exposition nous apprend la symbolique forte de la graine de tournesol dans le contexte de la Révolution culturelle chinoise, où elle représente le peuple de la République populaire tourné, comme des tournesols, vers son soleil Mao Zedong, mais la petite graine était aussi un snack nourrissant très apprécié.

Son mode de production est partie intégrante de l’œuvre, car l’artiste prétend s’opposer à l’industrialisation de masse du Made in China, avec la fabrication entièrement à la main de ses graines, offrant des conditions de travail décentes à des artisans au savoir-faire ancestral. S’il est difficile de connaître les conditions exactes par rapport à celles que l’industrie mondialisée propose, l’œuvre a le mérite de situer la production de l’art dans un contexte de production globalisée souvent ignoré et de figurer les destins, entre espoir et endoctrinement, de la masse silencieuse des travailleurs chinois.

L’exposition « D’ailleurs c’est toujours les autres. » se visite gratuitement au mcb-a jusqu’au 28 janvier.

 

 

Le Musée Carton d’Augustin Rebetez pour Plateforme 10

Après deux ans de tournée en Suisse et en Europe, la plus éphémère des œuvres de grand format n’existe plus.

Augustin Rebetez a été mandaté par le nouveau pôle muséal Plateforme 10, en préparation à Lausanne, pour la production d’un projet symbolisant la synergie entre les 3 musées lausannois que sont le mcb-a, le mudac et le musée de l’Elysée. Le jeune artiste jurassien est rapidement apparu comme le candidat idéal car sa pratique couvre tous les médias, de la photographie, sa formation de base, au dessin, en passant par la vidéo, l’installation, l’objet, l’estampe, le théâtre et la musique.

 

Le musée carton, Augustin Rebetez. Vue de l'exposition au mcb-a de Lausanne. Photo © Yanick Fournier
Musée carton, Augustin Rebetez. Vue de l’exposition au mcb-a de Lausanne. Photo © Yanick Fournier

 

Présenté pour la première fois en 2015 à Art Genève, le musée carton reconstruit un musée bricolé à la sauce Rebetez. On y trouve une histoire de l’appareil photographique, des fauteuils Corbousier (en carton), des classiques de l’histoire de l’art, la laitière de Vermeer (une brique de lait UHT), l’origine du monde de Courbet, une fontaine Ting Li made in China, les grands noms de l’art contemporain ne manquent pas non plus. On le visite comme un musée traditionnel selon un parcours thématique, sauf qu’on y rigole beaucoup plus ! Ainsi il reprend le célèbre doigt de Ai Weiwei qu’il transpose en vidéo sur absolument tout, les hot-dog, la guerre, les dictateurs, les enfants, les icones de la Trash TV, etc avec un entêtant « fuck, fuck, fuck,.. » en bande son. « Sculpture Morning Power »  de Urs Mixer, « Swiss Araki mit Spanset », « Zombie Shaking » de Jack Ometti, la collection Kristov Plotter de petites voitures rouges signees Kirsch Korn. Le design est aussi représenté avec ses icônes telles que « The Egg Chair by a famous Danish guy ».

Bref on s’est bien amusé et il était temps que ça cesse, semblait dire l’artiste soulagé que l’installation finisse dispersée dans la vente aux enchères qui a clôturée la dernière exposition du musée carton au mcb-a, à l’occasion de la nuit des musées 2017.

 

Le musée carton, Augustin Rebetez. Vue de l'exposition au mcb-a de Lausanne. Photo © Yanick Fournier

Le musée carton, Augustin Rebetez. Vue de l'exposition au mcb-a de Lausanne. Photo © Yanick Fournier

Le musée carton, Augustin Rebetez. Vue de l'exposition au mcb-a de Lausanne. Photo © Yanick Fournier

Le musée carton, Augustin Rebetez. Vue de l'exposition au mcb-a de Lausanne. Photo © Yanick Fournier
Musée carton, Augustin Rebetez. Vues de l’exposition au mcb-a de Lausanne. Photos © Yanick Fournier
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Art Design

Artgenève et PAD 2018, le nouveau rapprochement

Artgenève prend de l’ampleur en 2018 et signe un partenariat avec le PAD (Pavillon des Arts et du Design), marchant ainsi sur les traces de Art Basel.
Pour autant, si ce rapprochement rappelle évidemment Art Basel et Design Miami, la foire genevoise se distingue de sa grande sœur par ses dimensions plus intimistes et un positionnement de soutien aux institutions culturelles genevoises, qu’elle revendique depuis ses débuts. Cela ne signifie pas non plus qu’Art Genève externalise le design, même si son incursion en grande pompe dans le marché du design en 2015 s’était malheureusement essoufflée. La foire continue d’accueillir des acteurs du design en ses murs et même en recrute de nouveaux, à l’instar de Philippe Cramer. Si l’orientation du PAD est clairement affirmée arts décoratifs, celle d’Art Genève prend plusieurs formes et reste ouverte à la multidisciplinarité. Une position intéressante pour des galeries aux pratiques protéiformes et artistiques, les autres, à l’instar de Patrick Gutknecht, ont rejoint le PAD.

 

Vue de la galerie Cramer + Cramer à Genève. Photo © Annik Wetter
Vue de la galerie Cramer + Cramer à Genève. Photo © Annik Wetter

 

Philippe Cramer, dont c’est la première participation à Art Genève, a été séduit par cette approche « J’ai parfois du mal à me définir comme un designer, car mes créations suivent des intuitions plus que des fonctions ou des usages. Tout comme j’hésite entre les termes « atelier », « galerie » ou « showroom » pour décrire mon espace à Genève. Artgenève me semblait donc correspondre mieux à la vision décloisonnée de l’art et du design que j’affectionne. ». Il a conçu sa première exposition à la foire d’art comme une petite rétrospective d’œuvres de 2004 à 2017, afin de faire connaître son travail à un nouveau public. Un public de l’art qui ne pousse pas forcement la porte des lieux de design, mais devrait apprécier la découverte, car pour le designer genevois « la perception d’un objet peut dépendre du contexte et ainsi devenir art ou design, selon le cadre dans lequel il est présenté ».
Le travail de Philippe Cramer pourra également être admiré hors les murs, en parallèle à la foire, chez Sotheby’s Genève dans l’exposition Art-à-Porter.

Philippe Cramer réserve la première présentation publique du banc Carat (2017) à Art Genève
Le banc Carat (2017) de Philippe Cramer sera présenté en première publique à Art Genève. © Philippe Cramer

 

Du côté du PAD on compte 25 participants, dont une majorité de galeries actives dans les arts décoratifs du XXe siècle, telles que les parisiens Jacques Lacoste et Alain Marcelpoil, ou Modernity (Suède) pour les plus connues, mais aussi Alexandre Guillemain, la Galerie Italienne, ou encore Jean David Botella qui présentera une sélection d’oeuvres de Line Vautrin et des Lalanne.
Parmi les espaces dédiés au design contemporain, je me réjouis de retrouver la sélection dutch design de Priveekollektie (Reinier Bosch, Catharina van de Ven, Royal Tichelaar), et espère voir les œuvres récentes de Valentin Loellmann sur le stand de la galerie Gosserez. En effet, j’avais exposé le jeune designer allemand à la galerie Kissthedesign en 2012 et suis depuis l’évolution spectaculaire de sa carrière et production.

 

Cabinet Flora, Josef Frank pour Svenskt Tenn, ca. 1930. Modernity Sweden. © Modernity
Cabinet Flora, Josef Frank pour Svenskt Tenn, ca. 1930. Modernity Sweden. © Modernity

 

Banc Dew, Reinier Bosch pour Priveekollektie, 2017. © Priveekollektie
Banc Dew, Reinier Bosch pour Priveekollektie, 2017. © Priveekollektie

 

Lionel Latham, dont la galerie au cœur de Genève est spécialisée dans les arts décoratifs du 20e et 21e siècle, participe à cette première édition du PAD genevois. Le président du Syndicat romand des antiquaires peut s’appuyer sur la longue expérience du PAD, la manifestation ayant vu le jour à Paris il y a plus de 20 ans, même s’il apparaît que la réputation de la foire reste encore à faire en Suisse.
Stimulé par cette nouveauté, il n’a pas hésité à prendre part à cette première « Je trouve très important que des exposants suisses participent. J’aurais regretté que le PAD Genève ne présente que les habituelles enseignes internationales. » D’ailleurs le galeriste genevois compte représenter dignement la création helvétique avec des objets de créateurs suisses du XXème siècle mais aussi contemporains. Parmi lesquelles des pièces de Yves Boucard ou Edouard Chapallaz. « Il y a peu de monde pour défendre la production suisse sur les salons, alors que les français savent très bien mettre en avant leurs créateurs, d’où mon choix d’un stand 100% suisse au PAD. »

 

Vase «platine» et «or» en grès partiellement émaillé, ca. 1970, Edouard Chapallaz, Galerie Latham. © Galerie Latham
Vase «platine» et «or» en grès partiellement émaillé, ca. 1970, Edouard Chapallaz, Galerie Latham. © Galerie Latham

 

À gauche Mark Leckey In atable Felix, 2014 (Collection Syz). Vue de l'exposition à Nottingham Contemporary à droite: Giueseppe Penone, "Luce e Ombra", 2016
À gauche Mark Leckey In atable Felix, 2014 (Collection Syz). Vue de l’exposition à Nottingham Contemporary. À droite: Giueseppe Penone, “Luce e Ombra”, 2016

 

L’événement s’annonce immanquable autant pour les amateurs d’art que pour les collectionneurs de design cette année.
Les highlights annoncés, en plus des galeries, sont en effet nombreux, comme l’exposition de sculptures datant de 1908 à 1994 de Max Bill pour The Estate Show. Rayon monumental toujours, on peut se réjouir de découvrir le « Inflatable Felix » de Mark Leckey et « Luce e Ombra » de Penone. La présentation des huit jeunes artistes nominés au Prix Mobilière, parmi lesquels Julian Charrière et Sonia Kacem, est également un moment fort d’Artgenève avec l’annonce du lauréat.

 

Artgenève / PAD, Palexpo, Genève, du 1er au 4 février 2018

 

En attendant ma visite en image de l’édition 2018 à paraître sur le blog, on se rappelle celle de 2017 pour le magazine Espaces contemporains sur : www.ktdsays.com/artgeneve-2017

 

 

Photo en titre: Vue de l’exposition « Spazio Tattile : Chapitre 2 – Maison d’un collectionneur », Galerie Italienne, Paris. © Galerie Italienne

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Design

Retour en images sur la première édition du Salon du Design

Le Salon du Design s’est tenu le week-end du 18-19 novembre au Pavillon Sicli à Genève. Le succès, tant public que commercial, a été au rendez-vous pour cette première édition. En effet, le nouveau salon a su attirer un public nombreux et intéressé. Les acheteurs et les passionnés ont pu apprécier la qualité des exposants et la diversité des pièces en vente, du beau mobilier vintage aux pièces exceptionnelles.

Les créations du grand architecte et designer finlandais Alvar Aalto étaient probablement les plus collectionnées de la foire, à l’instar du fauteuil 31 ou du 42, les Tank chair ou encore le canapé lit pour Embru qui ont trouvé acquéreurs dès le samedi. Mais le choix était grand, le design du XXe siècle y était représenté par ses plus grands noms, Charles & Ray Eames, Charlotte Perriand, Gino Sarfatti, Le Corbusier, Max Bill, Jacobsen, Gio Ponti, Willy van der Meeren, Frattini, Hans Wegner, Pierre Guariche, Borsani, Alain Richard, Ingo Maurer, Sottsass, Hans Bellman, et beaucoup d’autres.

Nichée sous la coupole en béton et l’architecture années 60 du Pavillon Sicli, la manifestation a trouvé le cadre idéal à la mise en valeur des plus belles productions de la modernité et, grâce à une sélection rigoureuse de marchands professionnels, a tenu toutes ses promesses.

Retour en images sur l’édition inaugurale, en attendant la deuxième, les 3 et 4 novembre 2018!

 

Hans Bellman, chez Marco Toretti, Aarau
Hans Bellman, Marco Toretti, Aarau. Photo © Corine Stübi

 

Alexandra Alge, Autriche
Alexandra Alge, Autriche. Photo © Corine Stübi

 

Cube Art & Vintage, Berne
Cube Art & Vintage, Berne. Photo © Corine Stübi

 

Nord3, Zürich
Nord3, Zürich. Photo © Yanick Fournier

 

Vue du Salon du Design. Photo © Corine Stübi
Vue du Salon du Design. (stand Demosmobilia) Photo © Corine Stübi

 

Vue du Salon du Design (Designbutik)
Vue du Salon du Design (Designbutik). Photo @ Corine Stübi

 

Espace Moderne, Lausanne. Photo © Corine Stübi
Espace Moderne, Lausanne. Photo © Corine Stübi

 

CH Design Furniture, Cheyres
Max Bill à l’honneur chez CH Design Furniture, Cheyres. Photo © Corine Stübi

 

Alvar Aalto & Charlotte Perriand, Kissthedesign, Lausanne
Alvar Aalto & Charlotte Perriand, Kissthedesign, Lausanne. Photo © Yanick Fournier

 

Sélection de design 100% suisse chez Buma Design, Niedergosgen
Sélection de design 100% suisse pour Buma Design, Niedergösgen. Photo © Corine Stübi

 

Le Salon du Design
Le Salon du Design. Photo © Yanick Fournier

 

Les Illuminés Design, Genève
Les Illuminés Design, Genève. Photo © Corine Stübi

 

Le Salon du Design
Le Salon du Design. Photo @ Yanick Fournier

 

Uniquement Vôtre, Lausanne, Photo © Yanick Fournier
Warren Plattner et Charles & Ray Eames, Uniquement Vôtre, Lausanne, Photo © Yanick Fournier

 

Le Salon du Design, Pavillon Sicli, Genève
Le Salon du Design, Pavillon Sicli, Genève. Photo © Corine Stübi

 

Etoz, Berne
Etoz, Berne. Photo © Corine Stübi

 

Fauteuil de Gio Ponti, Demosmobilia, Chiasso
Fauteuil de Gio Ponti, Demosmobilia, Chiasso. Photo © Yanick Fournier

 

Collection of Design, Lyon
Collection of Design, Lyon. Photo © Corine Stübi

 

Chaises Hans Coray, Buma Design
Arc en ciel de chaises Hans Coray, Buma Design. Photo © Corine Stübi

 

Neoantic, Paris
Neoantic, Paris. Photo © Corine Stübi

 

Galerie du Port Franc, Lausanne et Odile, Vevey
Galerie du Port Franc, Lausanne et Odile, Vevey. Photo © Yanick Fournier

 

Vases Gaetano Pesce, Nord3, Zürich
Vases Gaetano Pesce et mobilier Hans J. Wegner, Nord3, Zürich. Photo © Yanick Fournier

 

Designbutik, Bâle
Designbutik, Bâle. Photo © Corine Stübi

 

Marco Toretti
Marco Toretti, Aarau. Photo © Yanick Fournier

 

Alvar Aalto, Tank Chair, Buma Design
Alvar Aalto, Tank Chair, Buma Design. Photo © Yanick Fournier

 

Patinamöbel, Berne
Patinamöbel, Berne. Photo © Corine Stübi

 

Ch Design Furniture, Cheyres
Jouets de Renate Müller, CH Design Furniture, Cheyres. Photo © Yanick Fournier

 

Chic Cham, Lausanne
Chic Cham, Lausanne. Photo © Corine Stübi

 

Marco Toretti, Aarau
Marco Toretti, Aarau. Photo © Corine Stübi

 

Reactuel, France
Reactuel, France. Photo © Yanick Fournier

 

Le Salon du Design (Alexandra Alge & Les Illuminés)
Le Salon du Design (Alexandra Alge & Les Illuminés). Photo © Corine Stübi

 

Collection of Design, Lyon
Max Sauze et André Sornay, Collection of Design, Lyon. Photo © Corine Stübi

 

Marc Delbrassine
Marc Delbrassine de Mobilier XXe, Lausanne. Photo © Yanick Fournier

 

Pouchain et Sornay, Pierre Patène
Pouchain et Sornay, Pierre Patène. Photo © Yanick Fournier

 

Lady Chair de Marco Zanuso, Alexandra Alge
Lady Chair de Marco Zanuso, Alexandra Alge. Photo © Yanick Fournier

 

Artichoke, Genève
Artichoke, Genève. Photo © Corine Stübi

 

LOVintage, France
LOVintage, France. Photo © Yanick Fournier

 

Pavillon Sicli, Genève
Le Salon du Design, Pavillon Sicli, Genève. Photo © Yanick Fournier

 

Fauteuil Moser, Designbutik, Bâle
Fauteuil Moser, Designbutik, Bâle. Photo © Yanick Fournier

 

Le Gabinetto, Genève
Le Gabinetto, Genève. Photo @ Yanick Fournier
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Design

Le Salon du Design – La nouvelle foire de design du XXe à Genève

Ça faisait longtemps que je rêvais d’une foire de design du XXe siècle où je pourrais participer avec Kissthedesign, accompagnée uniquement de mes pairs, marchands professionnels et propriétaires de boutique, sans être noyée dans le fatras de brocanteurs souvent amateurs. Comme dit l’adage on est jamais mieux servi par soi-même, alors je me suis lancée et Le Salon du Design verra le jour les 18-19 novembre 2017 au Pavillon Sicli à Genève!

Le Salon du Design est une nouvelle manifestation en Suisse romande entièrement consacrée au design du XXe siècle de qualité, authentique et d’époque. Sa particularité? Le Salon favorise en premier lieu les galeries et les boutiques physiques. Je les ai sélectionnées moi-même parmi mes confrères et mes consoeurs pour leur sérieux et leur expérience.

 

Le Salon du Design, Pavillon Sicli, Genève

Le Salon du Design, Genève

 

26 marchands triés sur le volet, parmi les meilleurs de Suisse et d’Europe

La plupart sont installés depuis de nombreuses années, témoignent d’une véritable expertise et sont des références en Suisse. Les collectionneurs y viennent d’ailleurs du monde entier.
Le Salon offre une belle vitrine aux spécialistes d’une période ou d’une région que ce soit le design suisse, scandinave, la période du Bauhaus ou les années 80 et le postmodernisme. Des galeries viennent de France, de Belgique et d’Autriche pour présenter leurs plus belles pièces signées de grands designers tels que Gio Ponti, Charlotte Perriand, Eero Saarinen, Ettore Sottsass, parmi tant d’autres.
J’ai également invité mes amis passionnés pour que les visiteurs puissent partager leur amour du design du siècle passé. Une petite sélection de shops en ligne, actifs depuis plusieurs années et reconnus pour la qualité de leur marchandise complète enfin le programme attractif du Salon.

Le site du Salon du Design est un vrai guide des bonnes adresses, à parcourir pour découvrir les 26 exposants et en apprendre plus.

 

Une nouvelle manifestation pour les amateurs de beau mobilier vintage et pour les collectionneurs exigeants de design du XXe siècle. 

L’expérience shopping s’annonce donc exceptionnelle! Certains marchands m’ont déjà annoncé des pièces de collection de grande valeur, de celles qu’on croise parfois à Design Miami / Basel. Cependant, le Salon souhaite aussi démontrer que le design authentique d’époque n’est pas toujours forcément élitaire, ou cher, et que souvent acheter vintage, en plus de consommer éthique, c’est faire des affaires.
Un savant mélange obtenu grâce à la diversité des exposants, des plus pointus aux plus accessibles, toujours en évitant soigneusement les copies et les pièces de brocante.

 

Lampe Capodanno, Ettore Sottsass, Studio Alchimia, 1979. Photo © ETOZ
Lampe Capodanno, Ettore Sottsass, Studio Alchimia, 1979. Photo © ETOZ

 

Le Pavillon Sicli est un haut lieu de design et d’architecture à Genève: Une année sur deux il héberge les Design Days, la maison de l’architecture y organise des expositions et des conférences toute l’année, et le marché sans puces y a vu le jour. C’est la toute première fois que le Pavillon accueillera une manifestation entièrement consacrée au design de l’époque moderne et postmoderne. Le Dôme sera l’écrin rêvé des plus belles créations du 20ème siècle, abritées le temps d’un week-end sous les courbes architecturales dessinées dans les années 60 par Heinz Isler.

Loin des modes et des tendances éphémères, la visite à travers des décennies d’histoire du design, des années 20 aux années 80 plus précisément, s’annonce passionnante. Ne manquez pas l’occasion unique de chiner auprès des meilleures boutiques et galeries de Suisse et d’Europe. C’est le moment de changer de déco avant les fêtes, ou de craquer pour une pièce de collection rarissime.

 

Le Salon du Design, 18-19 novembre 2017, Pavillon Sicli, Genève
45, Route des Acacias, CH- 1227 Genève (Les Acacias)
Samedi 18 novembre de 10h à 20h
Dimanche 19 novembre de 10h à 18h

 

Texte: Corine Stübi
Photo titre: © Demosmobilia
Photos exposants de gauche à droite: © Buma Design, © Kissthedesign, © Alexandra Alge

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Design

Envie de bleu

Selon la vénérable institution qu’est Pantone, Greenery est censé être LA couleur 2017. Pourtant si le vert est effectivement omniprésent dans la palette 2017, il est profond et luxueux, loin de la touche « brico-jardin » du Greenery.
Mais cet été une autre couleur nous obsède: le bleu! Du bleu marine au turquoise, on s’inspire de Gio Ponti, des décorateurs Sarah Lavoine, Dimorestudio et Dorothée Meilichzon ou des artistes Majorelle et Yves Klein pour les décors estivaux.

Sélection en 10 nuances de bleu pour prolonger l’été jusqu’au mois d’octobre.

 

Palazzo Fendi, Rome, Dimorestudio, photo © Andrea Ferrari
Palazzo Fendi, Rome, Dimorestudio, photo © Andrea Ferrari

 

Viceroy Hotel Miami par Kelly Wearstler
Viceroy Hotel Miami décoré par Kelly Wearstler. Photo © Viceroy Hotel

 

Gio Ponti, Hôtel Parco dei Principi, Sorrento. Photo © Hôtel Parco dei Principi, Sorrento
Gio Ponti, Hôtel Parco dei Principi, Sorrento. Photo © Hôtel Parco dei Principi

 

1. Pour les amateurs de design du XXe siècle, le nom de Gio Ponti est le premier associé au bleu.
Il est désormais possible d’emporter un peu du chic balnéaire de l’hôtel Parco dei Principi de Sorrento à la maison! En effet le carrelage majolique que Gio Ponti avait dessiné exclusivement pour l’hôtel dans les années 50 est aujourd’hui réédité par Ceramica Francesco De Maio. L’éditeur italien reproduit à l’identique les 27 motifs de carreaux en céramique du Parco dei Principi, mais aussi 5 motifs qui avaient été écartés et n’existaient que sur papier.

 

Blu Ponti, Gio Ponti, Ceramica Francesco De Maio, décor type 27
Blu Ponti, Gio Ponti, Ceramica Francesco De Maio, décor type 27. Photo © Ceramica Francesco De Maio
Dessin de Gio Ponti, Ceramica Francesco De Maio, décor type 13
Dessin de Gio Ponti, Ceramica Francesco De Maio, décor type 13

 

2. Gubi fait partie des références à suivre lorsqu’il s’agit de tendances et de couleurs. Preuve en est la chaise Beetle de Gam Fratesi, aujourd’hui signe de bon goût, qui intègre régulièrement les projets des plus grands décorateurs.

 

Hôtel Le Roch Paris, décoré par Sarah Lavoine. Chaises Beetle de GamFratesi pour Gubi
Hôtel Le Roch Paris, décoré par Sarah Lavoine. Chaises Beetle de GamFratesi pour Gubi. Photo © Francis Amiand

 

3. Bethan Laura Wood réinterprète la célèbre collection Rimini Blu de Aldo Londi pour Bitossi dans sa nouvelle série de vases Guadalupe, présentée pour la première fois à Milan en avril. La jeune designer britannique, actuellement professeure à l’ECAL, revisite la technique de céramique intarsia utilisée par Aldo Londi. La surface ainsi gravée dans la matière est l’élément primaire auquel s’ajoute la couleur. Le motif graphique s’inspire à la fois des vitraux de la basilique Notre-Dame de Guadalupe à Mexico, dont la collection porte le nom, et des archives de Bitossi.

Guadalupe, Bethan Laura Wood, Bitossi
Guadalupe, Bethan Laura Wood, Bitossi. Photos © Bitossi

 

4. En 2017, le fabriquant de textile danois Kvadrat s’associe à Adidas pour 3 nouveaux modèles de baskets Stan Smith, inspiré par l’esprit cosmopolite et moderne de Copenhague. Le mythique modèle se drape ainsi du tissu Kvadrat Squaresby de Vibeke Rohland.
139 CHF sur le site d’Adidas.

 

Kvadrat x Adidas, Stan Smith, Navy
Kvadrat x Adidas, Stan Smith, Navy. Photo © Adidas

 

5. Bien sûr le bleu évoque la mer et le ciel, mais aussi la tradition, Ming en Chine ou Delft en Hollande. L’artiste canadien Martin Hyde a beaucoup utilisé cette tradition dans sa collection “True Blue”.
Sous l’apparence de porcelaines classiques chinoises se cache un melting pot culturel où High et Low se mélangent sans complexe, où les dragons mythiques côtoient les biscuits Oreo, Mickey Mouse et des gravures de la Renaissance italienne. Sa toute nouvelle série de porcelaines récupère ces motifs récurrents, pendant que le bleu se fait plus pictural. Produit à la main par l’artiste dans son atelier, chaque vase est unique.
La galerie Kissthedesign représente Martin Hyde à Lausanne.

 

Vases, Martin Hyde. Photo © Kissthedesign
Vases, Martin Hyde. Photo © Kissthedesign

 

6. J’ai craqué pour les foutas 100% coton de la série Dar de SCMP Design Office pour Marlo & Isaure et me réjouis de les inaugurer à la plage!
Le duo de designers français, diplômés de l’ECAL, s’est inspiré de la culture orientale de la jeune marque, installée en Tunisie, et de l’architecture de la Medina de Tunis pour les motifs géométriques de Dar.
Sortis à la fin du mois de juin 2017, les foutas existent en 3 modèles, disponibles en bleu marine, vert et orange. Ils peuvent être commandé chez Kissthedesign.

 

Dar, SCMP Designoffice, Marlo & Isaure
Dar, SCMP Designoffice, Marlo & Isaure. Photo © Marlo & Isaure

 

7. Si le projet n’est pas des plus récents, les Celeb Bowls de Damian Fopp ont conservé leur mordant. Le designer suisse a reproduit en céramique les piscines de 5 méga-stars: Céline Dion, Brangelina (avant leur divorce), John Travolta, Frank Sinatra et Charlie Chaplin. Les coordonnées exactes du modèle original est gravée sous chaque coupe en référence à Google Map, source de l’information.
Les Celeb Bowls ont été nominé en 2013 au Swiss Design Award, avant d’intégrer la collection du Museum für Gestaltung de Zürich en 2014. La série a valu une belle reconnaissance au jeune designer, aujourd’hui installé à Londres.
En Suisse romande, on peut les acheter à la boutique du Mudac à Lausanne.

 

Celeb bowls, Damian Fopp
Celeb bowls, Damian Fopp. Photo © Damian Fopp

 

8. Le fauteuil à bascule dessiné en 1950 par Charles et Ray Eames est le parfait compagnon de l’amateur de design vintage et un classique indémodable. L’exemplaire actuellement disponible à la galerie Kissthedesign est une ancienne édition Vitra en fibre de verre crème avec son coussin d’origine bleu. La combinaison de couleur idéale pour apporter une touche estivale dans son intérieur.

 

Rocking Armchair Rod, Charles & Ray Eames, Vitra. Photo © Kissthedesign
Rocking Armchair Rod, Charles & Ray Eames, Vitra. Photo © Kissthedesign

 

9. Les sculptures « Second Spade » de l’artiste Saskia Noor van Imhoff et du designer Arnout Meijer interrogent le processus de constitution d’une chose et ses étapes. Les casiers transparents fonctionnent comme une collection de données non hiérarchisées. Les concepts de conservation, recherche et classification sont récurrents dans l’œuvre de l’artiste installée à Amsterdam. Pendant que le designer hollandais développe des objets où la perception de la lumière se comprend comme métaphore de notre rapport au monde. Les deux approches se rencontrent et se renforcent dans de mystérieuses installations à l’allure d’archives futuristes.

 

Second Spade, Saskia Noor van Imhoff et Arnout Meijer
Second Spade, Saskia Noor van Imhoff et Arnout Meijer. Photo © GJ Van Rooij

 

10. Moins connue que sa grande sœur la célèbre Landi Stuhl, aujourd’hui produite par Vitra, la Alu-Stuhl de Hans Coray, rééditée par Seledue, est pourtant un classique du design suisse. Dessinée en 1953, la chaise Alu est aussi compacte que pratique, elle s’utilise indifféremment au bureau, à la maison ou à l’extérieur. Le modèle se décline en plusieurs couleurs pour sa version en acier inox, dont en bleu et en jaune, ainsi qu’en bois laqué noir.
À commander chez Kissthedesign.

 

Chaises Alu, Hans Coray, Seledue
Chaises Alu, Hans Coray, Seledue
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Miroir Miroir au Mudac de Lausanne

Malgré le titre de l’exposition et l’affectation aux arts appliqués du mudac, il est ici à peine question de la typologie miroir dans le design. Il y a bien quelques miroirs « fonctionnels » mais là n’est pas le propos, loin de là.

En effet, le moodboard qui a accompagné, pendant deux ans, les recherches de Marco Costantini, commissaire de l’exposition, montre une gravure du XIXe siècle d’Alice traversant le miroir, diverses peintures illustrant le mythe de Narcisse, le selfie pris dans l’espace par l’astronaute japonais Aki Hoshide, celui d’Obama à l’enterrement de Nelson Mandela, ou, pour la partie la plus sombre, les bourreaux de l’État Islamique posant avec leurs victimes. On l’aura compris, la thématique de l’exposition se situe au-delà du miroir, bien plus dans la question du reflet au sens large, de son pouvoir spatial ou métaphysique, mais aussi bien sûr du narcissisme, aujourd’hui exacerbé par le flot d’images générés par les réseaux sociaux. La recherche est donc plus sociologique et narrative que formelle. L’exposition est d’ailleurs articulée autour de 8 chapitres, chacun évoquant une facette du reflet.

Marco Costantini a habitué les visiteurs du mudac à des expositions où art et design s’entremêlent avec brio pour soutenir un propos souvent riche en profondeurs, comme c’était le cas, en 2015, avec « Nirvana », consacrée à la sexualité et aux objets de plaisirs. Une fois encore la liste d’artistes et de designers fait saliver: Bill Viola, Doug Aitken, Andy Warhol, Mathias Kiss, Douglas Gordon, William Wegman, Richard Prince, Pipilotti Rist, Pierre & Gilles, Arik Levy, Jeppe Hein, Carsten Höller, etc. Au royaume de Narcisse les stars sont rois, aussi les stars de l’art!

 

Vue de l'exposition Miroir Miroir, à gauche papier peint de Andy Warhol, au centre Douglas Gordon, Untitled (je suis le nombril du monde), et à droite New portraits de Richard Prince. Photo © Daniel Droz & Tonatiuh Ambrosetti
Vue de l’exposition Miroir Miroir, à gauche papier peint de Andy Warhol, au centre Douglas Gordon, Untitled (je suis le nombril du monde), et à droite New portraits de Richard Prince. Photo © Daniela Droz & Tonatiuh Ambrosetti

 

Une de mes salles favorites est justement consacrée à l’égocentrisme et à la célébrité. Le curateur y confronte Andy Warhol et Kim Kardashian, un choix audacieux qui aurait sans aucun doute enthousiasmé le pape du pop art et témoigne d’une profonde inversion de paradigme. Si le papier peint orné de portraits d’Andy Warhol, daté de 1978, participe évidemment au culte de la personnalité, il faut reconnaître que le droit de se faire portraiturer à l’époque était plus difficile à obtenir qu’en 2017! Il appartenait principalement aux personnalités ayant accompli des actes ou des œuvres notables: des écrivains, des politiques, des artistes, des acteurs de cinéma, etc.
Warhol avait prédit que chacun aurait son quart d’heure de gloire dans le futur, il aurait adoré Instagram! En effet, aujourd’hui, le quart d’heure se prolonge et des carrières se forment simplement à partir de l’image, à l’instar de Kim Kardashian devenue célèbre grâce à la télé-réalité et à ses selfies.

 

Vue de l'installation New Portraits de Richard Prince à la galerie Gagosian à New York. © Richard Prince. Courtesy Gagosian Gallery. Photo © Robert McKeever.
Vue de l’installation New Portraits de Richard Prince à la galerie Gagosian à New York. © Richard Prince. Courtoisie de Gagosian Gallery. Photo © Robert McKeever.

 

Ayant suivi avec attention la polémique, j’ai été ravie de retrouver une toile de la série « New Portaits » de Richard Prince. En effet, l’artiste américain a récupéré une quarantaine de publications Instagram qu’il a reproduit sur des toiles de grand format. Vendues 90’000$ l’unité (en 2015), les œuvres reprennent les images telles quelles entourées du cadre blanc et des outils propres au réseau social. Outre la reproduction sur toile, l’intervention de l’artiste consiste à commenter le post directement sur Instagram avant d’en faire une capture d’écran. La démarche lui a valu, par la suite, de nombreuses plaintes pour violation de copyright, car l’appropriation s’est faite sans l’autorisation des auteurs, mais aussi des réponses plutôt amusantes, comme celle des pin-ups SuicideGirls qui se sont mises à vendre des prints de leur post, « copié » par Prince, pour la modique somme de 90$.

 

 

Photo © Suicide Girls
Photo © Suicide Girls

 

Une belle métaphore du marché de l’art, et de la cote des artistes, à l’heure des réseaux sociaux!
Le résultat des affaires en cours est aussi à suivre avec attention, car, au-delà de Richard Prince, elles touchent à la question du copyright sur des réseaux, dont l’utilisation implique, à priori, l’abandon de ses propres droits à l’image…

 

Shia LaBeouf, Nastja Säde Rönkko et Luke Turner, I am sorry et All my movies. Photo © Daniela Droz & Tonatiuh Ambrosetti
Shia LaBeouf, Nastja Säde Rönkko et Luke Turner, I am sorry et All my movies. Photo © Daniela Droz & Tonatiuh Ambrosetti

 

Le mythe tragique de Narcisse, le jeune chasseur mort d’un amour impossible pour son propre reflet, se retrouve sous différentes formes. Dans une flaque d’eau pour Mat Collishaw, le déclencheur à la main pour capturer un reflet qui échappe au spectateur. Plus loin, l’acteur de blockbusters Shia La Bœuf se complait dans sa propre image de star hollywoodienne dans la vidéo « All my movies » (2015), où il est filmé en train de regarder tous les films dans lesquels il apparaît. L’intrigante vidéo « Reflecting Pool » (1977-79) de Bill Viola, que j’avais eu la chance de voir en projection à Bruxelles, manipule avec finesse l’image de sorte à avaler le reflet et son auteur.

 

 

Les selfies sont donc à l’honneur, on l’a vu avec la publication « Selfish » de Kim Kardashian exposée dans sa deuxième édition – flanquée d’un autocollant « more me » -, il est bien sûr possible de se prendre en photo dans les nombreux miroirs de l’exposition et même en une de l’édition américaine de Vogue grâce à Olaf Nicolai!
J’avoue avoir assez peu de sympathie pour les selfies et me réjouis que certaines œuvres leur résistent. C’est le cas du miroir « Ghost » (2001) du designer et professeur à l’ECAL, Olivier Sidet, où un voile brumeux poursuit celui qui cherche, en vain, à s’y contempler. Ou l’œuvre interactive « Wooden Mirror » (1999) de Daniel Rozin qui reproduit l’image du spectateur en ombres avec des pixels de bois, une image qui se précise dès que l’on s’approche de la caméra espionne, mais que seuls les visiteurs avec plus de recul peuvent voir. En somme, des dispositifs qui obligent la collaboration pour dévoiler le reflet.

 

Wooden Mirror de Daniel Rozin et, à droite, Ghost de Olivier Sidet. Photo © Daniela Droz & Tonatiuh Ambrosetti
Wooden Mirror de Daniel Rozin et, à droite, Ghost de Olivier Sidet. Photo © Daniela Droz & Tonatiuh Ambrosetti

 

Il est aussi question du rapport psychanalytique au moi, à la réalité ou l’altérité de ce qui se trouve dans le reflet. Ainsi le double YOU de Doug Aitken valide l’identité « autre » de la personne qui s’y mire, autant qu’il semble alerter les Narcisses séduits par leur alter ego. Mounir Fatmi superpose dans le triptyque « Divine Illusion » (2013-14) des extraits des 3 ouvrages religieux que sont la Bible la Thora et le Coran avec des tests psychologiques de Rorschach, interrogeant ainsi la construction du sacré. La jeune artiste belge Nel Verbeke, dont j’ai inclus le travail dans ma liste des plus beaux miroirs, propose des objets de mélancolie intimement lié au temps et à la vanité.

 

YOU YOU de Doug Aitken et, à droite, Divine Illusion de Mounir Fatmi. Photo © Daniela Droz & Tonatiuh Ambrosetti
YOU YOU de Doug Aitken et, à droite, Divine Illusion de Mounir Fatmi. Photo © Daniela Droz & Tonatiuh Ambrosetti

 

L’installation « Who Fears The Other » (2017) de l’artiste lausannoise Sandrine Pelletier se réfère au poème rédigé par la Bible Society of Egypt suite à l’exécution de 21 d’entre eux par Daesh en Lybie en février 2015. Le titre se lit sur des miroirs dont la surface a été traité à l’acide. Les supports ainsi dégradés évoquent la relique et la terreur exercée par un groupuscule passé maître en communication visuelle et en community management.

 

Sandrine Pelletier, Who Fears The Other 
Sandrine Pelletier, Who Fears The Other

 

Miroirs parlants, miroirs noirs, peuplant les contes de fée ou tirant sur l’occulte sont les témoins impitoyables du temps qui passe, de la vanité et de la mort. À l’image du miroir de la méchante reine dans Blanche Neige qui, après l’avoir flatté tout au long de ses belles années, finit par lui préférer une plus jeune.

L’histoire occulte des miroirs noirs trouve son expression la plus flamboyante dans « Black Mirror, Hydrus » (2014) de Mat Collishaw. Une pièce plutôt tape à l’œil qui diffuse, en vidéo, la peinture « David avec la tête de Goliath » du Caravage dans un luxueux cadre en verre de Murano.

 

Mat Collishaw, Black Mirror, Hydrus. Photo © Daniela Droz & Tonatiuh Ambrosetti
Mat Collishaw, Black Mirror, Hydrus. Photo © Daniela Droz & Tonatiuh Ambrosetti

 

Pour autant les propriétés physiques du miroir ne sont pas oubliées, une salle entière est consacrée à la perception. Les décorateurs le savent bien, les surfaces miroitantes permettent d’agrandir une pièce, mais pas seulement, elles aident à modeler leur environnement. C’est le cas des propositions de Mathias Kiss, Arik Levy, Daniela Droz et Maria Bruun qui par d’habiles constructions donnent à voir l’espace transformé qu’elles produisent. L’espace est ainsi froissé, déplié, ou ouvert sur de nouvelles illusions.
Mention spéciale pour le mystérieux totem « Untitled 15 (Guides) » (2013) de David Altmejd qui apparaît comme un ovni indéchiffrable mais fascinant.

 

David Altmejd, Untitled 15 (Guides). À droite miroir froissé de Mathias Kiss. Photo © Daniela Droz & Tonatiuh Ambrosetti
David Altmejd, Untitled 15 (Guides). À droite miroir froissé de Mathias Kiss. Photo © Daniela Droz & Tonatiuh Ambrosetti

 

L’exposition se conclut avec des dispositifs interactifs qui instaurent un dialogue entre nouvelles technologies et vision de soi. Le visiteur est ainsi invité à se mettre en scène face à des œuvres qui lui répondent, soit en enregistrant de manière éphémère sa présence, soit plus littéralement avec un mime de l’artiste, ou encore en pénétrant l’esprit du spectateur, qui devient alors acteur de la définition de l’image projetée, par sa simple pensée.

 

Pour le photographe Peter Lindbergh, cité dans le magazine Monopol, le selfie est certainement la chose la plus idiote qui soit. En effet, cette course effrénée à la reconnaissance du moi par les autres, ne ferait-elle pas que masquer un vide intérieur? se projeter hors de soi pour avoir une chance d’exister? Et finir par disparaître dans le flot des images, avalé par son propre double…
Une étape ultime parfaitement illustrée par le travail « memememe » des jeunes artistes brésiliens Radamés Ajna et Thiago Hersan, où un smartphone n’a plus besoin de personne pour prendre les plus beaux selfies et les poster sur son compte Tumblr. Une vision ma foi peu rassurante, mais qu’on peut heureusement vite refouler, à une encablure de porte, en rêvassant devant l’espace fictif ouvert par Damian Navarro, qui invite à voir ce qui se trame de l’autre côté du miroir.

 

Exposition Miroir Miroir jusqu’au 1er octobre 2017 au mudac, Place de la Cathédrale 6, Lausanne.

 

Texte: Corine Stübi
Image de titre: The Mirror | Hourglass (2014 – 2016), Nel Verbeke. Photo © Alexander Popelier, courtoisie de Roehrs & Boetsch.

 

NB: Pour ceux qui aiment le design et le mudac, le musée propose des cartes de membre à petit prix pour bénéficier de l’accès gratuit toute l’année, ainsi que de visites privées et de nombreux avantages réservés aux amis du mudac.