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PAD Genève 2018. Une première édition contrastée.

J’étais impatiente de découvrir à Artgenève, le fameux PAD dont je suivais les éditions parisiennes et londoniennes dans la presse spécialisée et sur les réseaux sociaux. Si la foire est nouvelle à Genève, elle est établie depuis 21 ans à Paris et depuis 11 ans à Londres.

Sur les 28 exposants présents à la première édition genevoise du PAD, seuls 3 viennent de Suisse, ou plutôt de Genève, Lionel Latham, Patrick Gutknecht et Phoenix Ancient Art, sinon la plupart sont parisiens, Jacques Lacoste, Alain Marcelpoil, Alexandre Guillemain, la galerie italienne, etc. Pourtant les arts décoratifs y sont pluriels et la visite oscille facilement entre admiration et répulsion.

 

Alexandre Guillemain.
Pierre Guariche, Paul MacCobb, George Nakashima, Pierre Paulin chez Alexandre Guillemain, Paris. Photo © Corine Stübi

 

Il faut parfois se forcer à chercher au-delà du clinquant pour isoler des pièces intéressantes. C’est le cas d’une très jolie table basse, années 50, au plateau recouvert d’une mosaïque en os, du designer Etienne Allemeersch que j’ai trouvé en faisant abstraction, entre autres, des tables Coco Chanel sur le stand de Maison Rapin (photo en titre de l’article).
Les miroirs concaves qui ornent le même stand, malgré un petit côté Anish Kapoor déco, ont une histoire plutôt séduisante. L’artiste Roberto Giulio Rida s’est en effet servi d’un ancien stock de verres années 50, que Fontana Arte utilisait pour ses tables loupe. Il les a serti de laiton pour en faire une série de miroirs datés de 2017.

 

Lalanne et Line Vautrin sur le Stand de Jean-David Botella.
Les Lalanne et Line Vautrin sur le Stand de Jean-David Botella. Photo © Corine Stübi

 

Mais ce n’est pas toujours facile de dépasser la débauche de matériaux précieux et scintillants: Laiton, chrome rutilant, bronze, cristal, pierres précieuses, laque brillante, etc. Le goût est par moment “particulier”, il semblerait que le total look Hollywood Regency soit tendance.

Certains choix sont étonnants… Comme celui du français Jean-David Botella de tapisser les murs de son stand de miroirs Line Vautrin et de le peupler d’une véritable ménagerie de moutons, de grenouilles et d’un cerf, tous signés Lalanne. Si je ne savais pas à quel point ces objets sont rares, j’en douterais presque devant une telle abondance.

À côté de cela, plusieurs exposants ont joué la carte chalet chic. Pour un premier PAD en Suisse, ça parait logique.

 

Modernity. Photo © Corine Stübi
Modernity, Stockholm. Photo © Corine Stübi

 

On apprécie d’autant plus les stands à la scénographie plus “calme” comme ceux de Jacques Lacoste ou du suédois Modernity par exemple. Ce dernier a amené quelques trésors du design scandinave dont les prix affichés, s’il faut saluer la transparence, explosent la cote de certaines pièces.

La sélection de Jacques Lacoste est, comme toujours, très réussie. Plusieurs pièces m’ont tapé dans l’oeil: Un splendide buffet Royère, des appliques Saturne et Araignée de Serge Mouille, un miroir soleil de Max Ingrand et un lot composé d’une paire de fauteuils 516 et d’un canapé de Gio Ponti pour Cassina.

 

Jacques Lacoste, Paris. Photo © Yanick Fournier
Jacques Lacoste, Paris. Photo © Yanick Fournier

 

Le design contemporain m’est apparu à première vue sous-représenté, jusqu’à ce que je comprenne que plusieurs objets que je prenais pour “vintage” étaient en réalité des créations du 21ème siècle. Heureusement, le PAD offre quelques propositions contemporaines de grande qualité, parmi lesquelles Valentin Loellmann et son mobilier raffiné à la galerie Gosserez ou encore l’impressionnante porcelaine de Studio Job pour Royal  Tichelaar Makkum chez Priveekollektie.

 

Valentin Loellmann à la galerie Gosserez, Paris
Valentin Loellmann à la galerie Gosserez, Paris. Photo © Corine Stübi

 

Le partenariat avec Artgenève est reconduit. Je me réjouis de voir à quoi ressemblera la deuxième édition en 2019: Est-ce que certains exposants opéreront des réglages? ou au contraire la mouture 2018 aura su imprimer son style éclectique à une clientèle locale, dont je pensais les goûts plus austères?

Dans tous les cas l’arrivée du PAD en Suisse romande est une très bonne chose. Le public romand se montre encore trop frileux à investir dans le design contemporain en édition limitée, alors l’exemple international pourrait réveiller une certaine émulation et donner un coup de pouce aux galeries romandes. Un rééquilibrage concernant la valeur des objets peut aussi s’avérer bénéfique sur le marché indigène.

 

PAD Genève, 1-4 février à Palexpo

 

Texte: Corine Stübi
Photo en titre: Maison Rapin, Paris. Photo © Yanick Fournier

 

Priveekollektie, Pays-Bas. porcelaine Royal Tichelaar Makkum. Photo © Corine Stübi
Priveekollektie, Pays-Bas. porcelaine Royal Tichelaar Makkum. Photo © Corine Stübi

 

Modernity. Photo © Corine Stübi
Cabinet Josef Frank, Modernity, Stockholm. Photo © Corine Stübi

 

Jacques Lacoste, Paris
Jacques Lacoste, Paris. Photo © Yanick Fournier

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