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Art Basel 2017

Même si je ne fais pas partie de ceux qui s’attendent à voir à Art Basel de l’art forcément plus engagé culturellement que commercialement, j’avoue que l’édition 2017 d’Art Unlimited n’est pas aussi excitante que la précédente. Auparavant, Art Unlimited était pour moi LA destination première d’Art Basel, bien avant les galeries que j’ai même carrément zappées en 2016, pourtant cette année, un peu ennuyée par les nombreuses œuvres monumentales dignes d’intérêt uniquement pour leurs dimensions, c’est dans la section des galeries que j’ai eu le plus de plaisir. Mes nombreux coups de cœurs, en fait il faudrait être difficile pour ne pas en avoir, vont de « press++01.64 » de Thomas Ruff, à une grande peinture sur papier de Neo Rausch, en passant par les toiles de Sue Williams, les reconstructions de Thomas Demand, une petite toile intitulée « S.S. Norway » de Gary Simmons, une autre de Julie Mehretu, les petits bancs en quartz de Jenny Holzer dont « Selection from Truisms : Money creates taste » (1977 – 2015), entre beaucoup d’autres.
J’ai été séduite par la violence qui se dégage de l’installation « The Kiss » de Urs Fischer sur le stand de Sadie Coles, où le visiteur peut se servir de la pâte à modeler dont est faite sa réplique du baiser de Rodin pour écrire des tags sur les murs (image en titre de l’article © Art Basel). C’est si rare de pouvoir toucher une œuvre dans ces lieux que les gens s’agglutinent autour des amants pour les déchiqueter

 

Philippe Parreno, « Fraught Times: For Eleven Months of the Year it’s an Artwork and in December it’s Christmas » (2017). Photo © Art Basel
Philippe Parreno, « Fraught Times: For Eleven Months of the Year it’s an Artwork and in December it’s Christmas » (2017). Photo © Art Basel

 

Pour autant, il faut être juste, il y a bien quelques chefs d’œuvres à Art Unlimited. Notamment le sapin de Noël en acier inoxydable plus vrai que nature de Philippe Parreno. Intitulé « Fraught Times: For Eleven Months of the Year it’s an Artwork and in December it’s Christmas » (2017), l’objet interroge le statut de l’œuvre d’art qui chez Parreno devient saisonnier! En effet, son sapin est une œuvre d’art tous les mois de l’années, sauf en décembre où il redevient un sapin de Noël. Serait-ce à dire que l’art cesse d’être de l’art s’il retourne dans son contexte fonctionnel ou à son inspiration originelle? Est-ce l’art qui sublime l’objet ou s’agit-il d’esbroufe pour riches? Une réflexion passionnante qui n’enlève rien à la beauté presque irréelle de l’installation.

 

Inlassablement montée et démontée par le staff de la galerie, spécialement formé à cela, l’installation « Sutter’s Mill » (2000) de Jason Rhoades, s’inspire de la scierie de John Sutter, un pionnier de la ruée vers l’or, toute proche de sa maison d’enfance. Toujours en progrès et jamais terminée, l’installation performative partage un processus artistique qui chez Rhoades était volontiers chaotique et inachevé. Jusqu’à sa mort en 2006, l’artiste américain n’a eu de cesse d’explorer les conditions de production d’un art qu’il cherchait à extraire des conventions. « Sutter’s mill » par exemple récupère des pièces de son installation « Perfect World » daté de 1999.

 

Jason Rhoades, « Sutter’s Mill » (2000). Photo © Art Basel
Jason Rhoades, « Sutter’s Mill » (2000). Photo © Art Basel

 

Proche de l’entrée principale, Chris Burden consacre une ode aux machines volantes de Santos Dumont au XXe siècle. Son dirigeable s’inspire directement de la forme d’une des créations de Santos Dumont et évoque les tours de Tour Eiffel que l’aviateur exécuta en 1901. Emprisonné par des fils invisibles, l’objet volant de Chris Burden tourne inlassablement sur un cercle de 1800 mètres, jusqu’à ce qu’il doive être ravitaillé en hélium. Un spectacle qui ramène le spectateur plus d’un siècle en arrière pour éprouver la même fascination.

 

Chris Burden, Ode to Santos Dumont (2015). Photo © Art Basel
Chris Burden, Ode to Santos Dumont (2015). Photo © Art Basel

 

La proposition « Rob Pruitt’s Official Art World Celebrity Look-Alikes », démarrée en 2016 sur Instagram, est probablement la plus drôle. Inspiré par les publications onlines de magazines ou de blogs, où les célébrités sont comparées, Rob Pruitt s’est amusé au jeu des ressemblances entre des personnalités du monde de l’art, artistes, curateurs ou collectionneurs, et des figures du showbiz ou des personnages de télévision. Ainsi Picasso est associé à un personnage de Bob l’éponge, la pauvre Marina Abramovic à un mur de briques rouges (?!), John Baldessari au grand schtroumpf, le curateur de Art Unlimited Gianni Jetzer à Colin Farell, etc. Des associations parfois influencées par les commentaires sur les réseaux sociaux.
Si le débat entre high et low culture n’est évidemment pas nouveau, le traitement du sujet par Rob Pruitt est plutôt jubilatoire car la multitude de toiles démontre de frappantes similitudes entre le star-system du monde de l’art et celui du spectacle, ainsi que le grotesque potache typique des contenus diffusés sur les réseaux sociaux.

 

Rob Pruitt, « Rob Pruitt’s Official Art World Celebrity Look-Alikes », 2016-2017. Photo © Art Basel
Rob Pruitt, « Rob Pruitt’s Official Art World Celebrity Look-Alikes », (2016-2017). Photo © Art Basel

 

La « Frankfurter Küche » de Tobias Rehberger reproduit la toute première cuisine équipée, dessinée en 1926 par l’architecte viennoise Margarete Schütte-Lihotzky. Bien qu’elle soit entièrement en porcelaine, l’œuvre est fonctionnelle et peut être intégrée dans la cuisine du collectionneur qui pourra l’acquérir pour moins de 200’000 Euro. En effet, l’artiste allemand aime amener les dimensions de la vie dans le monde de l’art. Anachronisme ou interprétation contemporaine, sa cuisine est décorée d’une lampe faites de bols IKEA.

 

Tobias Rehberger, « Frankfurter Küche ». Photo © Art Basel
Tobias Rehberger, « Frankfurter Küche ». Photo © Art Basel

 

Les Maschine (2016/2017) de Markus Schinwald présentent d’anciens mécanismes horlogers, programmés à réagir aux visiteurs et actionner la rotation de fragments de meubles. L’apparence organique des pièces de bois mises en mouvement par un dispositif visible et bruyant a de quoi inquiéter. Cela rappelle les automates de forme humaine, mais ici complétement dépouillés et évidés comme s’ils n’en restaient que des morceaux de carcasse. L’artiste autrichien, représenté par la galerie Thaddeus Ropac, dessine des parallèles entre objet et corps pour un résultat aussi mystérieux que captivant.

 

Markus Schinwald, Maschine (2016/2017). Photo © Art Basel
Markus Schinwald, Maschine (2016/2017). Photo © Art Basel

 

On y découvre aussi des interventions plus ancrées politiquement, comme celle de Mike Kelley entre disco, gospel et missile, du duo FORT avec les restes, vidés de marchandise et d’employé, d’un magasin Schlecker, une entreprise allemande qui a fait faillite en 2012, « Untitled (Our people are better than your people) » (1994) de Barbara Kruger, ou encore l’installation « Messages from the Atlantic Passage » (2017) de Sue Williamson qui rapporte l’histoire de siècles d’esclavage.

 

Sue Williamson , « Messages from the Atlantic Passage » (2017). Photo © Art Basel
Sue Williamson, « Messages from the Atlantic Passage » (2017). Photo © Art Basel

 

Barbara Kruger, « Untitled (Our people are better than your people) » (1994). Photo © Art Basel
Barbara Kruger, « Untitled (Our people are better than your people) » (1994). Photo © Art Basel

 

À côté de cela, il y beaucoup de kitsch comme l’installation de Cildo Meireles où le visiteur peut marcher sur des œufs sous un plafond de balles (un hit sur instagram!), ou la sculpture à boutons miroitants du musicien Nick Cave.

 

Nick Cave, Speak Louder 2011. Photo © Art Basel
Nick Cave, Speak Louder (2011). Photo © Art Basel

 

Malheureusement, je ne peux pas juger des vidéos, que je n’ai pas eu le temps de voir plus d’une minute. Certaines ne sont pas forcément pensée pour être vue en entier, à l’instar de l’installation « World Light – The Life and Death of an Artist » (2015) de Ragnar Kjartansson qui affiche une durée record de 20 heures et 45 minutes, mais il faut reconnaitre que le dispositif est un peu ingrat pour la vidéo, dans une manifestation où tous courent pour en voir le plus possible.

 

En introduction ou en conclusion, Caudia Comte investit la Messeplatz avec une importante installation surmontée d’un gigantesque NOW I WON écrit en troncs d’arbre. Le palindrome invite à participer aux nombreux jeux de fête foraine, relookés aux motifs et couleurs de l’artiste vaudoise, proposés pour tenter de remporter une de ses œuvres. Car oui Art Basel est aussi une foire où les plus chanceux repartent avec une toile sous le bras!

 

Claudia Comte, NOW I WON (2017). Photo © Art Basel
Claudia Comte, NOW I WON (2017). Photo © Art Basel 

Texte: Corine Stübi
Photos: © Art Basel

À lire aussi le reportage sur Design Miami / Basel 2017

2 réponses sur « Art Basel 2017 »

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