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Le Salon du Design, l’événement vintage de l’automne à Genève

Après le succès de la première édition qui a attiré près de 4’000 visiteurs en 2017, Le Salon du Design revient au Pavillon Sicli les 3 et 4 novembre 2018.

Ktdsays vous offre des invitations à gagner pour Le Salon du Design de Genève. Tentez votre chance en bas de l’article!

 

Art Broker Design

31 marchands professionnels venus de toute la Suisse, de France, de Belgique, d’Allemagne, des Pays-Bas et d’Italie rejoindront Genève pour une deuxième édition plus grande et plus internationale. Préparez-vous à y découvrir de nombreux trésors en provenance des années 1920 à 1980!

Chaque exposant a sa spécialité. Certains se concentrent sur le design français des Trentes glorieuses ou sur les représentants du Danish Modern, pendant que d’autres mettent en lumière la Gute Form helvétique, le design italien moderne ou postmoderne, le Bauhaus, les lignes industrielles hollandaises ou les classiques du mid century américain.
L’amateur aura donc de quoi chiner selon ses goûts et selon son budget, qu’il cherche des icônes, des pièces de collection pointues ou des beautés vintage abordables. Par contre il ne trouvera ni bric à brac de brocante ni copies, toujours bannis de la manifestation, car l’ADN du Salon du Design reste la qualité et l’authenticité.

 

Hans Bellman, chez Marco Toretti, Aarau

 

La deuxième édition arrive également avec quelques nouveautés de choix: Ainsi le mudac de Lausanne se joindra au Salon du Design dans le cadre de son exposition Bauhaus, Designaddict présentera sa marketplace internationale au public romand et les fashionistas pourront craquer sur des sacs vintage de Hermès ou Dior.

 

Sélection de design 100% suisse chez Buma Design, Niedergosgen

 

Bien placé dans le calendrier des événements vintage de l’automne, Le Salon du Design fait partie des premiers grands rendez-vous de la saison, cette année les plus belles pièces seront dévoilées à Genève avant Paris ou Düsseldorf. Il se murmure d’ailleurs déjà les noms de créations souvent rares signées Max Bill, Mies Van der Rohe, Marcel Breuer, Ingo Maurer, Bag Turgi, Saarinen, Arne Jacobsen, Joseph-André Motte, Paavo Tynell, Stilnovo, Kjaerholm, Pierre Chapo, Fornasetti, Alvar Aalto, Florence Knoll, Mangiarotti, Maison Jansen et Eames.

Collectionneurs! À vos marques…

 

Le Salon du Design, 3-4 novembre 2018, Pavillon Sicli, Genève
45, Route des Acacias, CH- 1227 Genève (Les Acacias)
Samedi 3 novembre de 10h à 20h
Dimanche 4 novembre de 10h à 18h
Entrée 5 CHF (gratuit pour les moins de 12 ans)

 

Le Salon du Design, Genève

 

Tentez de remporter une invitation valable pour 2 personnes à la deuxième édition du Salon du Design  en vous inscrivant à l’aide du formulaire ci-dessous. Les gagnants seront tirés au sort parmi les bonnes réponses.
Doublez vos chances en suivant Le Salon du Design sur Facebook et Instagram!


Des articles de brocanteDu design du XXe authentique et de qualitéDes créations de jeunes designers locaux

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Les 3 icônes du couple Eames à collectionner

Les collectionneurs les plus pointus délaissent parfois les créations du couple Eames, agacés par leur popularité auprès des néophytes. Pourtant, mépriser ces productions pour ce qu’elles sont devenues aujourd’hui, revient à ignorer ou à nier leur importance historique, notamment dans le développement de la production de masse. Car Charles & Ray Eames étaient précurseurs dans de nombreux domaines.

Si certaines pièces du génialissime duo américain, n’ont en effet pas de grande valeur de collection, à l’image de la chaise à coque en fibre de verre qui dans certaines couleurs, l’orange par exemple, s’achète avant tout pour la déco, d’autres bénéficient d’une belle cote et démontrent une valeur qui a su rester relativement stable ces 10 dernières années.

Ktdsays vous guide parmi les éditions des 3 icônes à collectionner.

 

LCW

Charles Eames est un pionnier du contreplaqué moulé. Inspiré par le mobilier en bois courbé d’Alvar Aalto (années 30), il se concentre sur l’amélioration de la technique du cintrage en vue d’une fabrication propre à la production de masse. Ses expérimentations, avec Eero Saarinen, vont lui permettre de lier des lamelles de bois avec les nouvelles résines, disponibles à l’époque, pour créer un matériau souple et robuste pouvant être moulé. En 1942, il est mandaté par l’armée américaine pour dessiner de l’équipement fabriqué à l’aide cette nouvelle technique. Ses recherches trouvent une application pratiques notamment dans des attelles orthopédiques.

 

Vue de l'exposition "Charles & Ray Eames. The power of design" au Vitra Design Museum. © Vitra Design Museum, Photo: Mark Niedermann
Vue de l’exposition “Charles & Ray Eames. The power of design” au Vitra Design Museum du 30.09.2017 au 25.02.2018. © Vitra Design Museum, Photo: Mark Niedermann

 

En 1944, Charles Eames fonde Evans Product Company et reprend ses recherches dans l’ameublement. Il lance la production de ses premières pièces de mobilier en contreplaqué moulé, dont la fameuse chauffeuse LCW dessinée en 1945/46.

Approché en 1946 par George Nelson, alors directeur artistique chez Herman Miller, Eames va rapidement collaborer avec la firme du Michigan. D’abord sur la base d’une collaboration fabrication (Evans) – distribution (Miller), avant d’intégrer Herman Miller.

Les éditions produites par Evans sont donc très rares, car Herman Miller a rapidement pris en charge tous les processus de production, d’où leur grande valeur de collection.

 

Chauffeuse LCW, Charles & Ray Eames, Evans. Photo © Kissthedesign
Chauffeuse LCW, Charles & Ray Eames, Evans. Photo © Kissthedesign

 

Autocollant Evans. Il existe 3 sortes d'autocollants: Evans seul, celui-ci et le label papier dit "stamp". Photo © Kissthedesign
Autocollant Evans. Il existe 3 sortes d’autocollants: Evans seul, celui-ci et le label papier dit “stamp”. Photo © Kissthedesign

 

La chauffeuse LCW fait partie des modèles les plus recherchés de la période « contreplaqué moulé » des Eames, avec la table CTW qui l’accompagne. Elle se collectionne aujourd’hui de préférence dans ses premières éditions Evans, mais également dans ses anciennes productions Herman Miller. Plus le modèle est ancien, plus sa valeur augmente.

Mais attention, il en existe de nombreuses copies ! Plus précisément, les éditions plus tardives maquillées en Evans pullulent sur internet. Il est recommandé d’acquérir ce modèle auprès de galeries spécialisées, pour éviter que la bonne affaire ne se transforme en perte sèche.

 

RAR

Le fauteuil en coque en fibre de verre muni de différentes bases représente une étape clé dans l’histoire de la production de masse.

L’après-guerre a forcé les architectes à trouver des solutions de reconstruction rapides et bon marché, de même les designers devaient pouvoir répondre aux besoins du plus grand nombre. Les nouvelles résines s’imposent comme matériau de choix pour une production à bas prix.

C’est dans ce contexte que la coque en fibre de verre a vu le jour, à l’occasion de la « International Competition for Low-Cost Furniture Design » du MoMA en 1948.

 

La plastic armchair de Eames dans le catalogue d'Herman Miller, 1952. © Herman Miller archive
Les différents modèles de la plastic armchair des Eames dans le catalogue d’Herman Miller, 1952. © Herman Miller archive

 

Le développement de la coque à travers ses différentes éditions illustre à merveille les recherches des Eames pour optimiser les processus de fabrication et accompagner l’avènement de la production de masse dans le design.

D’abord produites par Zenith Plastics, une entreprise active dans la fabrication de fuselage d’avions, les coques en fibre de verre étaient démoulées à l’aide d’une corde. Les toutes premières éditions Zenith, de 1950 à 1953, portent encore la corde sous le pourtour, d’où la dénomination « Rope edge ». En effet, il n’était pas possible de retirer la corde sans fragiliser la coque. Les technologies évoluant rapidement, les éditions suivantes se sont rapidement passé du démoulage manuel à la corde. On reconnaît facilement les premières éditions Zenith à la corde qui épouse le contour, l’autocollant carré surnommé « checkboard » et les larges gommes de fixation (shockmounts).

 

RAR, Charles & Ray Eames, première édition Zenith. Photo © Kissthedesign
RAR (Rocking Armchair Rod) avec base originale, Charles & Ray Eames, première édition Zenith. Photo © Kissthedesign

 

Autocollant "checkboard" et "rope edge". Photo © Kissthedesign
Autocollant “checkboard” et “rope edge”. Photo © Kissthedesign

 

Dès 1956, Herman Miller, enfin formé à la fibre de verre, a pu récupérer la production en interne, amenant au passage quelques modifications afin de restreindre les coûts (plus petits shockmounts, mélange fibre de verre / résine plus économe). En Europe, Vitra qui distribuait les coques en fibre de verre sous licence Herman Miller a pu les éditer en son nom dès les années 70.

Les collectionneurs s’intéressent avant tout aux premières éditions Zenith, notamment dans sa version RAR c’est-à-dire sur base rocker, de préférence originale, bien que les bases plus récentes ne soient pas rédhibitoires tant les piètements d’époque sont rares.

Les éditions vintage de Vitra avec leurs accoudoirs arrondis sont généralement moins recherchées, ce qui leur offre l’avantage, non négligeable, d’être plus accessibles que les productions américaines.

 

Rocking Armchair Rod, Charles & Ray Eames, Vitra. Photo © Kissthedesign
RAR (Rocking Armchair Rod), Charles & Ray Eames, édition Vitra. Photo © Kissthedesign

 

Lounge chair + ottoman

Une fois n’est pas coutume, cette pièce de collection était déjà un produit de luxe à son époque! Véritable icône du design moderne, le fauteuil en cuir et coques en bois moulé a su traverser le temps en se patinant, selon le souhait de son créateur qui lui voulait un look de vieux gant de base-ball, mais sans jamais se démoder.

 

Charles Eames posant dans la Lounge Chair pour une publicité, 1956. © Eames Office
Charles Eames posant dans la Lounge Chair pour une publicité, 1956. © Eames Office LLC

 

Aujourd’hui, si le lounge chair et son ottoman restent un symbole de bon goût et de raffinement, seuls les modèles vintage en palissandre brésilien ont une réelle valeur sur le marché du design du XXe. En effet dès la fin des années 80, Vitra et Herman Miller ont dû se passer de l’essence sauvage, désormais protégée, pour sa version de culture au grain plus régulier. Quant aux exemplaires en noyer, cerisier ou laquées noir, on les trouve à petits prix car ils n’ont pas la cote, il faut reconnaître que leurs coques peu contrastées ne peuvent pas rivaliser avec le dessin parfois impressionnant du précieux palissandre exotique.

 

Lounge chair et ottoman, Charles & Ray Eames, édition Herman Miller. Photo © Kissthedesign
Lounge chair et ottoman, cuir noir et palissandre brésilien, Charles & Ray Eames, édition Herman Miller. Photo © Kissthedesign

 

Étiquette Herman Miller avec patent label. Photo © Kissthedesign
Étiquette Herman Miller avec patent label. Photo © Kissthedesign

 

Les productions des Eames étaient fabriquées aux USA par Herman Miller et en Europe par Vitra, aujourd’hui encore les deux éditeurs continuent de couvrir les mêmes territoires.

Les collectionneurs favorisent les éditions Herman Miller, en grande partie pour la silhouette plus fine des piètements du fauteuil et du repose-pied, mais aussi pour la qualité des cuirs américains. Les éditions Vitra vintage ont donc généralement une valeur légèrement inférieure sur le marché européen. Il existe également des éditions françaises par Mobilier International que tout bon professionnel vous déconseillera à cause de la piètre qualité des cuirs, il est d’ailleurs très rare d’en trouver en bon état d’origine.

 

Planche des archives Vitra, page 340 de la publication Projekt Vitra 1957 - 2007, Birkhäuser
Planche des archives Vitra, page 340 de la publication “Projekt Vitra 1957 – 2007”, publié par Cornel Windlin et Rolf Fehlbaum, Bâle. Birkhäuser Verlag AG, 2008.

 

Texte: Corine Stübi
Photo en titre: DAX (Dining Height Armchair X- Base), première édition Zenith 1950/51. © Vitra Design Museum, Photo: Jürgen Hans.

Remerciements au Vitra Design Museum pour les images d’archive et les photos de l’exposition “An Eames celebration” qui s’est tenue du 30.09.2017 au 25.02.2018

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Voyage / Lifestyle

Freitag: Suivez le city guide!

En 2017, le meilleur restaurant de Londres sur TripAdvisor était la cabane de jardin de Oobah Butler. Un restaurant soudain très coté, où pourtant jamais personne n’avait mangé, et pour cause il a été inventé de toute pièce par le journaliste, ancien rédacteur de faux avis sur TripAdvisor.

Alors à qui se fier pour s’orienter dans une ville inconnue? On peut toujours compter sur les guides papier, dont ceux de Assouline, Lonely Planet, Wallpaper ou Monocle. Il y a aussi les nombreux blogs de voyage et les magazines. Mais rien ne vaut l’expérience des autochtones.

 

« Ma vie à Paris », par exemple, signé Ivan Pericoli et Benoît Astier de Villatte, fondateurs de la maison de céramique et d’accessoires Astier de Villatte, regorge de bonnes adresses et de trouvailles secrètes dont certaines ne sont connues que des parisiens. L’ouvrage a même le bon goût de se déguiser en roman pour nous éviter de passer pour des touristes.

 

Guide Ma vie à Paris, Astier de Villatte
Guide Ma vie à Paris, Astier de Villatte. Photo @ Astier de Villatte

 

C’est désormais au tour de Freitag, créateur des légendaires sacs et accessoires en bâche de camion made in Suisse allemande, de proposer ses visites guidées par des locaux avec le City Guide Lines. Le concept du guide online est aussi simple qu’efficace, des personnalités du monde du design et de la culture, vous livrent leurs bons coins directement sur la carte. Comme on le ferait pour un ami venu en visite pour quelques jours. Sauf qu’il y a du niveau: La papesse du design Rossana Orlandi pour Milan, les designers Kevin Fries et Daniel Freitag pour Zurich, le graphiste et professeur Eike König pour Berlin, parmi d’autres.

Les personnalité dessinent leurs itinéraires face caméra tout en ponctuant le tracé d’anecdotes sur les différents lieux. La transition de l’itinéraire griffonné « à l’ancienne » sur le plan de la ville à la version numérique et interactive est fluide. Le plan se consulte sur la même page que la vidéo avec des points d’intérêt reliés en un click à google map. Il ne reste plus qu’à suivre le GPS de l’application pour rejoindre les quartiers branchés, se baigner dans une piscine Bauhaus ou déguster le meilleur Kebab du pays. Le guide indique également des zones de No Go, ou les endroits à fuir.

 

 

Pour l’instant le City Guide Lines ne couvre que les villes de Milan, Zurich, Berlin et Vienne présentées chacune par 2 à 3 intervenants, mais avec le succès que le guide online et gratuit devrait rencontrer, il y a fort à parier que d’autres villes et itinéraires viennent rapidement enrichir le catalogue. Les villes de Rotterdam, Hambourg, Tokyo et Bangkok sont d’ailleurs déjà prévues au programme.

https://cityguidelines.freitag.ch/fr/

 

 

Texte: Corine Stübi
Photo en titre: City Guide Lines, Berlin avec Eike König. Photo @ Freitag

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Art Design

Le mudac en ligne de mire

Le mudac aime traiter des sujets de société. Après s’être intéressé aux objets de désir et aux miroirs, le musée lausannois propose de réfléchir sur les armes à feu. 

Une question taraudait Susanne Hilper Stupert, comment un designer conçoit-il un objet destiné à tuer: A-il des contraintes esthétiques et pratiques à respecter? Cherche-il à améliorer l’efficacité létale de sa création? Distribuer la mort plus vite? Plus largement? Abattre sa cible à tous les coups? Quel peut bien être le cahier des charges d’un tel mandat?
La question fait froid dans le dos. Malheureusement les portes sont restées closes face aux demandes de la commissaire de l’exposition, ni les designers ni les fabricants n’ont souhaité intervenir. L’industrie d’armement suisse soigne le culte du secret.

 

Vue de l'exposition 'ligne de mire', mudac, Lausanne 14.03 – 29.08.2018 Œuvres de An Sofie Kesteleyn
Vue de l’exposition ‘ligne de mire’, mudac, Lausanne Œuvres de An Sofie Kesteleyn. Photographie © Daniela & Tonatiuh

 

Il n’y a donc que 3 vraies armes exposées, au préalable mises hors service par la police. On y découvre le Liberator, le premier pistolet open source, dont les plans mis en ligne permettait son impression en 3D. Il est présenté à coté du fusil américain Crickett destiné aux enfants de 4 à 12 ans et vendu dans certains centres commerciaux.

La photographe An-Sofie Kesteleyn expose le portrait d’une fillette prenant fièrement la pose, armée du fusil rose bonbon. L’artiste hollandaise a demandé à l’enfant d’écrire et de dessiner ce qui lui faisait le plus peur, afin de comprendre contre quel ennemi elle pouvait vouloir se défendre. Ce sont donc les dinosaures qui inquiètent la petite fille…
Les craintes irrationnelles se confrontent ici à la réalité brutale du décès d’un enfant, provoqué par la mauvaise manipulation du Crickett.

 

The Propeller Group, 'AK-47 vs. M16', 2015 © The Propeller Group
The Propeller Group, ‘AK-47 vs. M16’, 2015 © The Propeller Group

 

L’exposition est le résultat d’une recherche de plus de 2 ans sur une thématique qui dessine en creux une géographie de la violence balistique. Les États-Unis y sont particulièrement représentés notamment avec leur mythique M-16, traditionnellement opposé au AK-47. Le fusil d’assaut soviétique est populaire auprès des guérilleros et des terroristes car il est bon marché, fiable et facile à entretenir au point que son utilisation est à la portée des enfants soldats.
Une amie me racontait d’ailleurs que dans les années 80 en Lituanie (le pays appartenait alors au bloc de l’URSS), des officiers venaient spécialement de Moscou pour enseigner aux élèves de l’école primaire à monter et démonter des AK47.

 

Raul Martinez, 'Manstopper', 2015 © Estrellita B. Brodsky Collection
Raul Martinez, ‘Manstopper’, 2015 © Estrellita B. Brodsky Collection

 

Les narco-traficants en Amérique du sud, la guerre des gangs, les conflits armés sur le continent africain, et au Moyen-Orient, complètent cette cartographie de la mort, à l’image du tapis « Manstopper » de Raul Martinez, composé de balles récupérées sur différents champs de bataille et localisables grâce à leur numéro de série.
Les cultures traditionnelles semblent s’approprier cette imagerie guerrière, à l’instar des tapis afghans ornés de motifs de mitraillettes, de tanks et de rockets que l’artiste français Michel Aubry collectionne. Or il s’agit uniquement de produits d’exportation, fabriqués au Pakistan, mais consommés par les européens et les américains. Les tapis sont d’ailleurs produits dans des formats standardisés pour l’expédition en container. La supposée esthétique guerrière moyen-orientale se dévoile ici comme un fantasme occidental.

 

Vue de l'exposition 'ligne de mire', mudac, Lausanne 14.03 – 29.08.2018 Œuvres de Robert Longo, Gonçalo Mabunda, Michel Aubry
Vue de l’exposition ‘ligne de mire’, mudac, Lausanne Œuvres de Robert Longo, Gonçalo Mabunda, Michel Aubry. Photographie © Daniela & Tonatiuh

 

M16, Kalashnikov, Smith & Wesson, Beretta, Uzi, etc. nombreuses sont les références à ces modèles emblématiques. Ted Noten, bénéficiaire de la carte blanche de l’exposition, offre un hommage au Uzi. Un véritable Uzi plaqué or scellé dans une mallette en acrylique transparent trône au milieu d’un dispositif évoquant la boutique de luxe. La surface extérieure est recouverte de photos de propriétaires d’armes, de bijoux et des plans du fusil d’assaut israélien.

La débauche de matériaux, or, laiton, démontre une certaine fascination pour ce symbole meurtrier et guerrier ainsi que les relations troubles entre pouvoir, argent, beauté et destruction. Ted Noten n’en est pas à son coup d’essai en effet, le designer hollandais s’est rendu célèbre avec ses « gun bag » dont la série « Uzi mon amour » (2009) devait être le grand final.
Ted Noten décrit le concept général de la série comme « Design against Crime ». Si le slogan sonne creux face à l’oeuvre, il est par contre intéressant de noter que la série ne peut pas être vendue librement en occident hors des USA.

 

Vue de l'exposition 'ligne de mire', mudac, Lausanne 14.03 – 29.08.2018 Œuvre de Ted Noten
Vue de l’exposition ‘ligne de mire’, mudac, Lausanne. Œuvre de Ted Noten. Photographie © Daniela & Tonatiuh

 

Le musée, littéralement assiégé par la scénographie oppressante de sacs de sable, de miradors et de lasers, signée du studio d’architecture lausannois T-Rex & Cute Cut, transpose habilement la dichotomie défense / agression propre au débat sur les armes à feu dans l’espace même de l’exposition.

Le parcours artistique se clot sur un volet sociologique conçu en partenariat avec Small Arms Survey, ONG basée à Genève qui se charge de recueillir des données sur la circulation des armes légères et la violence armée au niveau international. Le visiteur pourra ainsi consulter la documentation et les nombreuses statistiques mises à disposition par l’ONG pour en apprendre plus sur le marché et le trafic d’armes à feu, mais aussi sur ses conséquences concrètes.

 

À voir jusqu’au 26 août au mudac, Pl. de la Cathédrale 6, 1005 Lausanne.

 

Texte: Corine Stübi
Photo en titre: Ted Noten, ‘UziMonAmour’, 2012 © Ted Noten

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Art

Unlimited 2018, entre les dollars d’Art Basel et l’engagement des artistes

Alors que des millions d’Euros ou de dollars changent de mains sur les stands des galeries à Art Basel, les oeuvres présentées à Unlimited questionnent les drames du monde contemporain, dont certains résultent directement de cette concentration extrême de la richesse.
Selon Martin Blessing, co-président du Global Wealth Management chez UBS, en 2017, le volume du marché de l’art global s’élevait à 63,7 milliards de dollars. Art Basel y occupe une place leader avec 46% des ventes effectuées par les galeries pendant la foire.

Cette dichotomie m’a particulièrement frappé cette année, en passant d’un Unlimited en partie très engagé à une section galeries où le marché se joue dans une effervescence palpable. Les collectionneurs se bousculent, pressés de dépenser plus que le voisin. La qualité est évidemment exceptionnelle, car les galeries réservent leur plus belles pièces à Art Basel.

 

Le commun des mortels se contente de profiter du musée géant qui se tient du 12 au 17 juin à Bâle, notamment Art Unlimited.
Sous la direction curatoriale de Gianni Jetzer pour la 7ème année consécutive, l’édition 2018 est dense. Il faut prévoir du temps pour visiter l’exposition grand format d’Art Basel, principalement en raison de la présence accrue de la vidéo. Alors parmi les 72 oeuvres, quelles sont celles à retenir?

 

 

Robert Longo, Death Star II, 2017/18
Robert Longo, Death Star II, 2017/18. Photo © Corine Stübi

 

Robert Longo, Death Star II, 2017/18

L’artiste américain connu pour ses dessins photoréalistes au fusain, dont un est actuellement accroché au mudac de Lausanne, a réalisé une sphère composée de 40’000 balles en cuivre et en bronze. Death Star II fait suite à une sculpture similaire créée en 1993. Mais la version produite pour Unlimited a plus que doublé de volume à l’image de la croissance des tueries de masse ces 20 dernières années aux États-Unis. L’artiste qui souhaitait visualiser l’ampleur de la catastrophe livre également une installation lumineuse et précieuse comme un soleil. Cette planète en lévitation, à la fois violente et attirante, révèle une ambivalence ancrée dans la société américaine.
Impliqué dans la lutte contre la violence par arme à feu, Robert Longo a annoncé qu’il reverserait 20% des gains de la vente à l’association Everytown for Gun Safety.

 

 

Sam Gilliam, Untitled, 2018
Sam Gilliam, Untitled, 2018. Photo © Corine Stübi

 

Sam Gilliam, Untitled, 2018

Comme Death Star II de Robert Longo, ou le promontoire de Buren, plusieurs oeuvres ont été produites spécialement pour Unlimited, c’est également le cas des nouveaux Drape de Sam Gilliam. À 84 ans, l’artiste américain occupe le devant de la scène à Bâle où sa production de 1967 à 1973 est exposé au Kunstmuseum sous le titre « The music of color ». En plus de 60 ans de carrière dans la peinture, c’est la première exposition personnelle dans un musée en Europe de l’expressionniste abstrait qui fut le premier afro-américain à représenter les états-Unis à la Biennale de Venise en 1972.
Sam Gilliam avait sorti la peinture de sa bidimensionalité dès les années 60, car pour lui l’art doit renouer avec l’architecture environnante et cesser de se confiner à un cadre accroché au mur. À Unlimited ses toiles aux couleurs vives occupent une salle que le visiteur peut pénétrer au contact direct des 30 peintures.

 

 

Rikrit Tirkavana, untitled 2015 (bangkok boogie woogie, no 1), 2015. Photo © Corine Stübi
Rikrit Tirkavana, untitled 2015 (bangkok boogie woogie, no 1), 2015. Photo © Corine Stübi

 

Rikrit Tirkavana, untitled 2015 (bangkok boogie woogie, no 1), 2015 

L’installation de Rikrit Tirkavana se base sur une émeute qui a eu lieu à Bangkog en 2010. Ce sont armés de pneus – cocktails molotov – que les opposants de gauche et de droite se combattaient. L’artiste transpose la guérilla urbaine dans le cadre de la galerie, plus précisément dans les anciens locaux de Gavin Brown’s enterprise avant leur destruction. Ce passage de la rue à l’espace de la galerie se fait évidemment avec une mise à jour des matériaux, du caoutchouc au bronze, mais également enrichi de références en histoire de l’art, plus précisément celle des bricoleurs expérimentaux Fischli/Weiss ou Tinguely.

 

Rikrit Tirkavana, untitled 2015 (bangkok boogie woogie, no 1), 2015. Photo © Corine Stübi
Rikrit Tirkavana, untitled 2015 (bangkok boogie woogie, no 1), 2015. Photo © Corine Stübi

 

 

Richard Mosse, Incoming, 2016. Photo © Corine Stübi
Richard Mosse, Incoming, 2016. Photo © Corine Stübi

 

Richard Mosse, Incoming, 2016

La crise des migrants trouve sa place dans les préoccupations des artistes, même dans la grande messe commerciale qu’est Art Basel. 

L’installation vidéo à 3 canaux de Richard Mosse retrace, de manière non linéaire, différents moments de la vie des migrants du Moyen-Orient et d’Afrique dans leur dangereux périple pour l’Europe. Moments de vie quotidienne, d’attente, d’ennui, mais aussi de détresse. Pompiers, militaires, police, des figures de l’autorité dans des situations de sauvetage ou de répression d’une population de migrants. Les scènes sont filmées avec une caméra thermique d’utilisation militaire, capable de reconnaitre la présence humaine à 30 km de distance, de jour comme de nuit. L’image ainsi produite, presque en négatif, complique l’identification des protagonistes et procède à une dépersonnalisation telle que l’individu se fond dans son rôle. La capture documentaire des faits se brouille dans le traitement de l’image propre à cette nouvelle technologie.

 

Richard Mosse, Incoming, 2016. Photo © Corine Stübi
Richard Mosse, Incoming, 2016. Photo © Corine Stübi

 

 

Candice Breitz, TLDR, 2017. Photo © Corine Stübi
Candice Breitz, TLDR, 2017. Photo © Corine Stübi

 

Candice Breitz, TLDR, 2017

L’installation vidéo TLDR de Candice Breitz se déploie dans deux salles, en deux actes, tout comme Love Story présenté au pavillon sud africain à la biennale de Venise l’année passée et dont elle est la suite. La première salle montre une installation vidéo à 3 canaux où le narrateur, un jeune garçon de 12 ans, au centre, raconte l’histoire récente qui a opposé les féministes entre elles, notamment un groupement d’actrices hollywoodiennes et des abolitionnistes de la prostitution à Amnesty international. Le choeur est assuré par des prostituées sud africaines, membres de l’association SWEAT (Sex Workers Education & Advocacy Taskforce), dont on découvre l’histoire individuelle dans une deuxième pièce. Il y est question de race, de genre et de privilèges, pour des femmes ou des transgenres qui doivent se battre au quotidien pour le respect de droits élémentaires, dans un pays marqué par l’Apartheid.
En pointant la croisade des actrices blanches et riches, Candice Breitz se soumet à un exercice autocritique et se demande à quel point l’artiste privilégié peut représenter des populations marginalisées.

 

 

Jon Rafman, Dream Journal 2016 - 2017, 2017
Jon Rafman, Dream Journal 2016 – 2017, 2017. Photo © Corine Stübi

 

Jon Rafman, Dream Journal 2016 – 2017, 2017

La palme de l’oeuvre la plus déjantée revient sans conteste au Dream Journal de Jon Rafman. Le jeune artiste canadien a retranscrit ses rêves à l’aide d’un programme 3D grand public. Le résultat? Un mix de jeu vidéo ultraviolent, de porno manga et de séries Netflix que l’on déguste comme un trip de LSD, ou prêt pour une séance de binge watching halluciné, allongé sur des chaises longues en polyuréthane de forme organique, un peu dégoutante, ou assis sur la moquette à poil long.

La succession d’actions décousues dans lesquelles est impliqué le personnage principal, une jeune fille ultrasexy coiffée d’une casquette Xanax, s’enchaînent dans un rythme effréné – dialogue amoureux dans les couloirs – suicide – promenade en bateau – sauvetage – attaque par des monstres – clinique privée – sexe – accès à des fichiers protégés – décapitation, etc. Bienvenu dans le cauchemar éveillé du millenial hyperconnecté.

 

Jon Rafman, Dream Journal 2016 - 2017, 2017. Photo © Corine Stübi
Jon Rafman, Dream Journal 2016 – 2017, 2017. Photo © Corine Stübi

 

 

L’art chinois en force

Ai Wei Wei, Tiger, Tiger, Tiger, 2015.
Ai Wei Wei est un pillier d’Unlimited, il faut dire que l’artiste chinois s’est spécialisé dans l’art monumental. L’installation Tiger, Tiger, Tiger, se compose de 3’020 vases de porcelaine cassée, dont il ne reste que le fond, là où se cache la signature peinte à la main, un tigre, de son auteur. Le matériau de base provient de précieux vases ou bols de la période Ming (1368 – 1644). Comme à son habitude l’artiste chinois joue avec la polysémie des symboles, ici le tigre, à la fois signature d’artistes aujourd’hui oubliés, signe du zodiaque et symbole de courage dans la culture chinoise. Il touche à la mémoire et à la production collective.

 

Ai Wei Wei, Tiger, Tiger, Tiger, 2015. Photo © Corine Stübi
Ai Wei Wei, Tiger, Tiger, Tiger, 2015. Photo © Corine Stübi

 

He Xiangyu, Untitled, 2018
He Xiangyu (*1986)  se penche sur la politique de l’enfant unique mise en place en Chine depuis la fin des années 1970 jusqu’en 2015. Quelques photos de son enfance solitaire avec ses parents, placées à la hauteur de sa taille à l’époque, entourent une grande pièce murale composée de boites à oeufs en or pur de 3’500 gramme, portant un unique oeuf. L’artiste évoque l’influence de la politique sur sa propre vie et sur celle de plusieurs générations de jeunes chinois.

 

Paul Chan, Bathers on Ogygia, 2018
Paul Chan (Hong Kong, *1973), quant à lui rejoue une scène de l’Odyssée d’Homere avec des articles de fan shop gonflables. Ainsi les figures animées par des ventilateurs dépeignent le séjour d’Odyssée sur l’île d’Ogyia où la demi-déesse Calypso le retint pendant 7 ans

 

Paul Chan, Bathers of Ogygia, 2018
Paul Chan, Bathers of Ogygia, 2018. Photo © Corine Stübi

 

 

 

Barbara Bloom, The tip of the iceberg, 1991
Barbara Bloom, The tip of the iceberg, 1991. Photo © Corine Stübi

 

Barbara Bloom, The tip of the iceberg, 1991

Avec une certaine économie de moyen, Barbara Bloom relate le naufrage du Titanic.
Des piles de vaisselle de porcelaine trônent au milieu d’une pièce peinte en bleu, sur une table en verre, la porcelaine porte l’estampille RMS Titanic. L’ordre apparent se défait à l’approche du reflet qui dévoile l’image de l’épave du Titanic au fond de l’océan, imprimée sous chaque assiette. Le plafond répond au naufrage avec une frise ornée d’objets que la NASA a enregistré comme égarés dans l’espace, principalement des débris de satellites, mais également des objets perdus par des astronautes.
L’artiste américaine associé à la Picture generation des années 70 et 80, se sert ici de la narration d’accidents spatiaux et du plus célèbre des naufrages pour une méditation sur l’absence.

 

Barbara Bloom, The tip of the iceberg, 1991. Photo © Corine Stübi
Barbara Bloom, The tip of the iceberg, 1991. Photo © Corine Stübi

 

 

Edith Dekyndt, They Shoot Horses (part One), 2017. Photo © Corine Stübi
Edith Dekyndt, They Shoot Horses (part One), 2017. Photo © Corine Stübi

 

Edith Dekyndt, They Shoot Horses (part One), 2017

L’installation de l’artiste belge se compose d’un long rideau de velours crème, dont la face extérieure est percée à intervalle régulier de la pointe de milliers de clous. L’intérieur révèle la trame décorative formée par la tête des clous, ainsi qu’une vidéo d’archive d’un marathon de danse des années 30 aux États-Unis. Le titre de l’installation est tiré du roman de Horace McCoy « They Shoot Horses, Don’t They? » de 1935, qui dépeint le désespoir de la classe ouvrière pendant la Grande Dépression américaine.
La population affamée prenait part à ces concours attirée par la nourriture gratuite et par les prix à gagner. La vidéo en slow motion montre des couples de danseurs prêts à tout pour gagner jusqu’à s’effondrer d’épuisement. La tragédie absurde est soulignée par le lourd rideau qui marque la fin du spectacle.

 

+ Bonus

Michael Rakowitz, The invisible enemy should not exist (Room N, Northwest Palace of Nimrud), 2018

Si je n’avais pas entendu la guide expliquer le concept, je serais passé tout droit, tellement les bas-reliefs sont moches. Mais l’oeuvre est plus intéressante qu’il n’y parait au premier regard. Michael Rakowitz a en fait reproduit des artefact du palais de Nimrud détruit en 2015 par Daesch. À l’aide d’informations trouvées sur le site d’Interpol et des archives de l’institut oriental de l’université de Chicago, il en a réalisé des copies avec des journaux arabes et des emballages de produits iraquiens, aux couleurs fidèles à celles qui devaient décorer les panneaux au 9ème siècle avant JC.

Depuis 2007, l’artiste américain a reproduit plus de 700 artefacts détruits à la suite de l’invasion américaine de l’Irak en 2003.

 

Michael Rakowitz, The invisible enemy should not exist (Room N, Northwest Palace of Nimrud), 2018. Photo © Corine Stübi
Michael Rakowitz, The invisible enemy should not exist (Room N, Northwest Palace of Nimrud), 2018. Photo © Corine Stübi

 

 

Art Basel, Messe Bâle du 11 au 17 juin.

Texte et photos: Corine Stübi

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Design Miami / Basel 2018

« C’est très rare » pouvait-on entendre sur les nombreux stands de design du XXe siècle, lundi au vernissage de Design Miami, qui se tient jusqu’au 17 juin en parallèle de Art Basel. En effet, plusieurs pièces rares voire uniques ont fait surface pour cette édition. Trois pièces de Franco Albini dessinées en 1940 pour la villa Neuffer à la galerie Giustini /  Stagetti et aux prix relativement raisonnable pour des pièces uniques, une table Jean Prouvé chez Patrick Seguin, une autre basse chez Jacques Lacoste, un cabinet que Matégot avait dessiné en 1958 pour sa propre maison à Boutron-Marlotte chez Mathieu Richard, un lustre Mod. 2045 de BBPR en provenance du château Sforza chez Gate 5, ainsi qu’une table transformable de A.R.P chez Pascal Cuisinier. Cette dernière est paraît-il unique, mais après quelques recherches il apparait que 2 autres sont passées aux enchères ces dernières années, « des copies » nous assure-on sur le stand.

 

Cabinet de Mathieu Matégot, dessiné en 1958 pour sa propre maison à Boutron-Marlotte chez Mathieu Richard
Cabinet de Mathieu Matégot, dessiné en 1958 pour sa propre maison à Boutron-Marlotte chez Mathieu Richard. Photo © Yanick Fournier

 

BBPR Studio, lustre Mod 2045, ca 1962. Pièce unique produite par Arteluce. Photo © Gate 5
BBPR Studio, Important lustre Mod 2045, ca 1962. Pièce unique produite par Arteluce. Photo © Gate 5

 

Galerie Pascal Cuisinier. Photo © Yanick Fournier
Galerie Pascal Cuisinier. Photo © Yanick Fournier

 

Pas toujours facile d’être certain que les pièces n’existent réellement qu’en un seul exemplaire. Sur le stand Curio consacré à Ettore Sottsass, le collectionneur et expert Ivan Mietton, me confie en parlant du vase delle Tenebre fabriqué par Bitossi, qu’il pensait le vase unique jusqu’à ce qu’il s’aperçoive qu’une de ses connaissances avait le même! « Typique Ettore » me dit le curateur qui a rencontré le maestro alors qu’il travaillait à l’archivage de son oeuvre pour le centre Pomipdou. Sa proposition « Una Piccola Stanza » fait partie de mes favoris de la foire, car elle offre une vision différente, plus « bourgeoise », du chantre postmoderniste plus facilement associé au radicalisme Memphis. Elle expose également la genèse d’un langage formel devenu la marque de fabrique de Sottsass.
La petite sélection se concentre particulièrement sur les productions années 60 pour Poltronova. Des pièces aujourd’hui très rares car l’excès de matériaux nobles et de techniques couteuses a considérablement entravé le succès commercial des modèles qui sont rapidement sortis du catalogue. À l’image de la très belle enfilade aux rayures de palissandre et de laque, ornée de poignées en bronze. 

 

Curio Ivan Mietton présente Ettore Sottsass: Una piccola stanza. Photo © James Harris
Curio Ivan Mietton présente Ettore Sottsass: Una piccola stanza. Photo © James Harris

 

Cabinets de curiosités

Le programme Curio, sur le papier, s’inspire des cabinets de curiosités en vogue à la Renaissance,. Mais si l’approche plus expérimentale donne lieu à quelques résultats originaux comme « Una Piccola Stanza » ou l’écrin décalé de Sylvie Fleury pour les bijoux d’artistes de Syz Art Jewels, elle ennuie le plus souvent.
Les curiosités sont ailleurs. Par exemple chez Heritage Gallery de Moscou, qui présente des reliques de la période communiste. Parmi lesquels un bureau offert à Lénine par un artisan anonyme, dont la base est entièrement fabriquée de fusils, ou encore des vases décorés de figures, notamment celle du célèbre cosmonaute Gagarin, commémorant la conquête de l’espace par l’URSS.
La galerie américaine Magen H présente quant à elle, à côté de Pierre Chapo, The Gold Grotto un élément mural dessinée en 1999 par le décorateur Pierre Sabatier pour la discothèque Jimmy’z à Monaco. 

 

Curio Sylvie Fleury pour Syz Art Jewels
Curio Sylvie Fleury pour Syz Art Jewels. Photo © Yanick Fournier

 

Pierre Chapo et The Gold Grotto par Pierre Sabatier. Magen H. Photo © Yanick Fournier
Pierre Chapo et The Gold Grotto par Pierre Sabatier. Magen H. Photo © Yanick Fournier

 

 

Des pièces d’exceptions

Design Miami / Basel est un événement majeur dans l’agenda des collectionneurs internationaux, pourtant l’ennui peut guetter le visiteur assidu qui retrouvera inlassablement les mêmes pièces sur certains stands. Heureusement tous ne s’endorment pas sur leur lauriers. Ils sont en effet nombreux à sortir de véritables trésors dignes d’épater même les plus blasés. Par exemple ces fauteuils de Joe Colombo daté de 1968, une production Bonacina composées d’une coque renforcée en osier recevant des coussins crème, découverts chez Jousse entreprise et vendus pendant le preview. Rossella Colombari met en avant le rationalisme italien, parmi lesquels Angelo Mangiarotti, dont on peut admirer l’ingénieux système modulaire en bois, sans vis, précurseur de ses célèbres tables en marbre.

 

Paire de fauteuils de Joe Colombo, table et lampes de Pierre Paulin. Jousse entreprise
Paire de fauteuils de Joe Colombo, table et lampes de Pierre Paulin. Jousse entreprise. Photo © Yanick Fournier

 

Suite de chambre à coucher, Aneglo Mangiarotti avec Bruno Morassuti, 1955 pour Frigeria. Galleria Rossella Colombari
Suite de chambre à coucher, Aneglo Mangiarotti avec Bruno Morassuti, 1955 pour Frigeria. Galleria Rossella Colombari. Photo © Yanick Fournier

 

Charlotte Perriand et le Japon. Laffanour - Galerie Downtown
Charlotte Perriand et le Japon. Laffanour – Galerie Downtown. Photo © Yanick Fournier

 

Lalanne chez la galerie Mitterrand. Photo © James Harris
Lalanne à la galerie Mitterrand. Photo © James Harris

 

La galerie Mitterrand présente une collection exceptionnelle de Lalanne, dont un lit dessiné en 1999 par Claude Lalanne dévoilé pour la première fois au public, ainsi que « canard de Sêvres » une oeuvre unique dessinée par François-Xavier Lalanne en 1978.

Jacques Lacoste sort des sentiers battus avec un stand à valeur historique consacré à l’UAM, l’Union des Artistes Modernes fondé en 1929 sous l’impulsion de Robert Mallet-Stevens. Le rassemblement avant-gardiste, parmi lesquels Pierre Chareau, René Herbst, Louis Sognot et Jean Prouvé, défendait une éthique du produit anti-ornementale et l’utilisation de matériaux modernes. 

 

Jacques Lacoste. Photo © James Harris
Galerie Jacques Lacoste. Photo © James Harris

 

La scénographie la plus réussie cette année est pour moi celle de R & Company, que la galerie new-yorkaise a confié au décorateur Pierre Yovanovitch. Le français signe par ailleurs une collection de mobilier haut de gamme produit en exclusivité par la galerie.
Au milieu des chaises de Yovanovitch, au petit air de Royère, trône une des plus belle pièce de la foire, une table unique du brésilien José Zanine datée des années 70. Les murs sont ornés de tapis de Dana Barnes, fabriqué à partir de tapis d’orient vintage que l’artiste décore d’aplats de couleur en feutre de laine.

 

R&Company. Table de Zanine et chaises de Pierre Yovanovitch
R & Company. Table de Zanine et chaises de Pierre Yovanovitch. Photo © Yanick Fournier

 

R&Company. Photos James Harris
R & Company. Photos © James Harris

 

Le design contemporain et la tendance tapisserie

La tapisserie, le travail du tissu et le tissage est une tendance forte dans le design contemporain. Ce retour à des techniques traditionnelles et séculaires s’observe comme un fil rouge tout au long de la foire.

La collaboration Raf Simons et Gaetano Pesce / Cassina pour Calvin Klein, Christoph Hefti chez Maniera, Louise Hederström chez Hostler Burrows, le mobilier tissé de Betil Dagdelen pour Cristina Grajales, Hella Jongerius pour Kreo, les animaux de l’artiste sud africaine Porky Hefer pour la fondation Leonardo Di Caprio. On redécouvre cet art longtemps méprisé, aussi chez les créateurs du XXe siècle comme Sheila Hicks chez Demisch Danant, Matégot chez Pascal Cuisiner, Nanda Vigo chez Erastudio Apartment et Jean Lurçat chez Jacques Lacoste.

 

Paravent Sunrise de Nanda Vigo, années 80. Erastudio Apartment. Photo © Yanick Fournier
Paravent Sunrise de Nanda Vigo (1988/1992). Erastudio Apartment. Photo © Yanick Fournier

 

Demisch Danant. Photo © Yanick Fournier
Demisch Danant. Photo © Yanick Fournier

 

Betil Dagdelen pour Cristina Grajales
Betil Dagdelen pour Cristina Grajales. Photo © Yanick Fournier

 

Et le design contemporain justement? Il manque quelques acteurs clé et leur absence se fait ressentir. À part chez Maniera, Kreo, ou Giustini / Stagetti qui présente Formafantasma, j’ai du mal à me passionner pour les créations actuelles exposées à Design Miami. Il y a bien Friedman Benda qui présente la Watercolor Collection de Nendo, mais si la collection est très esthétique, j’avoue que le minimalisme du studio nippon me touche rarement.

 

Formafantasma chez Giustini / Stagetti. Photo © Yanick Fournier
Formafantasma chez Giustini / Stagetti. Photo © Yanick Fournier

 

Nendo et sa Watercolor Collection pour Friedman Benda
Oki Sato, Nendo et sa Watercolor Collection pour Friedman Benda. Photo © Yanick Fournier

 

La galerie The Future Perfect de Los Angeles fait par contre un début remarqué avec une sélection rafraîchissante de designers américains, pour ma part des découvertes. J’ai eu un gros coup de coeur pour les vases en céramique de Eric Roinestad, qui d’après la multiplication des points rouges semblent avoir également conquis les collectionneurs.

 

Céramiques de Eric Roinestad. The future perfect.
Céramiques de Eric Roinestad. The future perfect. Photo © Corine Stübi

 

Design at large

Design at large sous la direction artistique du photographe François Halard m’a séduit pour sa générosité. Les 9 propositions grand format ouvrent un dialogue non chronologique entre les différentes périodes de l’histoire du design. L’idée étant d’observer comment le passé influence le présent, et comment le présent peut définir le futur.

Ceux qui cette année ont raté la Design Week de Milan se voient offrir une petite séance de rattrapage de l’édition 2018 avec Disco Gufram et l’exposition que Nilufar consacre à la designer brésilienne Lina Bo Bardi.

À noter également: Les éléments architecturaux et mobilier que Gateano Pesce a dessiné en 1994 pour le magasin de jouet Dujardin de Knokke en Belgique et le Dining Room Pavillon de RDAI Architecture.

 

Dujardin par Gaetano Pesce, présenté par Laffanour. Photo © James Harris
Dujardin par Gaetano Pesce, présenté par Laffanour. Photo © James Harris

 

Dining Room Pavillon de RDAI Architecture, présenté par la galerie Philippe Gravier
Dining Room Pavillon de RDAI Architecture, présenté par la galerie Philippe Gravier. Photo © Corine Stübi

 

Lina Bo Bardi présentée par Nilufar. Photo © James Harris
Lina Bo Bardi présentée par Nilufar. Photo © James Harris

 

Design Miami Basel, 12-17 juin 2018, Halle 1, Messe, Bâle

Texte Corine Stübi
Photo en titre: Galerie Patrick Seguin. Photo © Yanick Fournier

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Design

Milan Design Week 2018, retour en images

Il y en avait pour tous les goûts à la Design Week de Milan en 2018, en particulier les amateurs de couleurs et du 20ème siècle pouvaient se réjouir, car telle était l’inspiration cette année. Retour en images sur les installations les plus réussies.

 

Illusions chromatiques d’Hermès à La Permanente

Après une exposition blanc chaux à la Pelota en 2017, l’installation d’Hermès cette année était haute en couleurs. La nouvelle collection d’objets 2018-2019 était mise en valeur dans un écrin architectural de carreaux de zellige marocains: 7 impressionnantes structures monochromes, signées Charlotte Macaux Perelman, co-directrice artistique de la collection maison, et Alexis Fabry.

 

Hermès, La Permanente. Photo © Hermès
Hermès, La Permanente. Photo © Hermès

 

Club Unseen de Studiopepe, Chez Nina de India Mahdavi à Nilufar et Tram Corallo de Cristina Celestino

En 2018, les femmes designers et les décoratrices sont sur le devant de la scène avec des environnements complets et un art de l’assemblage unique. India Mahdavi et Studiopepe invitaient toutes les trois à profiter de l’intimité du club privé: Salon de thé boudoir pour la française et club select arty pour le duo italien. Ce dernier se cachait dans une rue à l’écart, dont l’adresse était révélée uniquement sur inscription.

 

Chez Nina, India Mahdavi, Nilufar. Photo © Corine Stübi
Chez Nina, India Mahdavi, Nilufar. Photo © Corine Stübi

 

Club Unseen, Studiopepe
Club Unseen, Studiopepe. Photo © Corine Stübi. Plus d’images sur instagram @kissthedesign

 

Il fallait grimper dans le Tram Corallo pour profiter du voyage dans le temps imaginé par Cristina Celestino. La visite de Brera à bord du tram vintage, habillé pour l’occasion de tissus fleuris de Rubelli, ouvrait une belle parenthèse retro dans le marathon milanais.

 

Tram Corallo, Cristina Celestina
Tram Corallo, Cristina Celestina. Photo © Corine Stübi

 

 

Suspension 1965 de Paavo Tynell, Gubi, Palazzo Serbelloni. Photo © Corine Stübi
Suspension 1965 de Paavo Tynell, Gubi, Palazzo Serbelloni. Photo © Corine Stübi

 

Gubi

Les 3 propositions féminines ont en commun une certaine nostalgie du siècle passé. Il faut reconnaitre que le 20ème siècle a la cote. Pour s’en assurer, il suffit d’observer les nouveautés des grandes marques de design, de nombreuses pièces dessinées dans les années 50 et 60 reviennent en catalogue et certaines créations contemporaines revendiquent ouvertement une inspiration 50’s ou 80’s.
À cet égard, Gubi se distingue par une importante collection de rééditions signées de figures majeures du 20ème siècle, dont Pierre Paulin et les pointus Paavo Tynell, Carlo De Carli et Marcel Gascoin. L’éditeur danois, dont c’était la première participation à la Design Week de Milan, n’a pas fait les choses à moitié et s’est offert la splendeur 18ème du Palazzo Serbelloni pour présenter ses nouveautés.

 

Nouveau fauteuil de Pierre Paulin et nouvelle table basse de Adnet, Gubi, Palazzo Serbelloni. Photo © Corine Stübi
Fauteuil de Pierre Paulin et table basse de Adnet, Gubi, Palazzo Serbelloni. Photo © Corine Stübi

 

Lampe B4, Greta Grossman, Gubi
Lampes B4, Greta Grossman, Gubi. Photo © Corine Stübi. À droite: vase de Dimorestudio pour Bitossi.

 

Swiss ❤ Design de Pro Helvetia

Les premières étaient décidément réussies dans cette édition! Comme Gubi, Pro Helvetia participait pour la première fois à l’événement.
L’exposition au Palazzo Litta a montré un autre visage du design suisse, plus fun et arty, que l’image austère qu’on peut s’en faire parfois. La scénographie colorée du bureau Sacha von der Potter a beaucoup contribué à la fraîcheur de la proposition in et outdoor de l’institution helvétique.
Pour ma part, en plus de la scénographie en sagex de style années 80, j’ai eu un gros coup de coeur pour le design textile des suisses allemands Schoenstaub et Kollektiv Vier.

 

Swiss love Design, Pro Helvetia, Palazzo Litta. Photo © Robert Shami
Swiss love Design, Pro Helvetia, Palazzo Litta. Photo © Robert Shami

 

Swiss love Design, Pro Helvetia, Palazzo Litta. Photo © Corine Stübi
Swiss love Design, Pro Helvetia, Palazzo Litta. Photo © Corine Stübi

 

 

 

Dimorestudio, Perfettamente Imperfetto
Dimorestudio, Perfettamente Imperfetto. Photo © Corine Stübi

 

Dimorestudio

Avec trois propositions bien distinctes l’unes de l’autres, Dimorestudio a fait le pari de la thématique. “Limited Edition” et “Perfettamente Imperfetto” étaient axés design (Dimorestudio) pendant que “Transfer” était plus en lien avec leur activité de décorateurs (Dimoregallery).
Même si tous les produits ne se valaient pas, j’ai trouvé l’univers plus novateur que l’ambiance cabinet de curiosité bohème en cours dans “Transfer”. Côté Studio, la scénographie minimaliste un peu SF – Arte Povera, d’où se détachaient les objets du duo, avait une magie que ne partageaient pas les tentes décorées d’un fourre-tout rococo, vintage et antique.

 

Dimorestudio, Perfettamente Imperfetto
Dimorestudio, Perfettamente Imperfetto. Photo © Corine Stübi

 

Dimorestudio, Limited edition
Dimorestudio, Limited edition. Photo © Corine Stübi

 

Dimorestudio, Transfer, Dimoregallery
Dimorestudio, Transfer, Dimoregallery. Photo © Corine Stübi

 

Disco Gufram

J’avoue avoir un faible pour le kitsch, le disco glam et le retro wave. Cabinets ou tables basses ornés d’une boule à facette molle, canapés stretch dorée ou sinueux en velours ultraviolet, tapis graphiques, les productions hyper référencées de la Disco Gufram séduisent les amateurs les plus aventureux de design postmoderne.

 

Disco Gufram. Photo © Corine Stübi
Disco Gufram. Photo © Corine Stübi

 

Texte: Corine Stübi
Photo en titre: Hermès, La Permanente. Photo © Hermès

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10 ans de puces du design en 2018

Du 4 au 6 mai 2018, les puces du design fêtent leur dixième édition au Palais de Beaulieu à Lausanne. L’anniversaire se célébrera sous les feux des luminaires vintage, thématique de la mouture 2018.

Chaque année les chineurs attendent impatiemment le rendez-vous devenu incontournable. Il faut dire qu’on y trouve de tout: Des meubles, des lampes et des objets des années 50 à 70, des pièces de valeur de design du XXe siècle, mais aussi du contemporain, avec les créations de jeunes designers locaux, de la mode, de la fripe branchée aux robes de grands couturiers, des montres anciennes, des gadgets ou encore des affiches et des tableaux.
Le choix est éclectique avec la présence de 80 exposants, parmi lesquelles des galeristes et des brocanteurs venus de toute la Suisse et d’Europe.

 

Puces du design, Beaulieu, Lausanne, 2017
Vue des puces du design, Beaulieu, Lausanne, 2017 © Puces du design

 

Une fois n’est pas coutume la manifestation n’est pas placée sous l’étendard d’une nation du design, mais sous celle d’une typologie, celle de la lampe. On peut donc s’attendre à trouver de beaux exemplaires, lampes sur pied, de table, suspensions, appliques, de toutes origines, signés des scandinaves Verner Panton ou Hans-Agne Jakobsson au français Serge Mouille.
Que vous soyez collectionneurs, amateurs ou simplement à la recherche d’un modèle original pour illuminer votre déco, vous devriez trouver votre bonheur parmi les nombreuses lampes vintage ou industrielles!

Les dix ans des puces s’annoncent donc lumineux! À noter que l’événement est ouvert à toute les bourses, même celles des étudiants, qui seront accueillis gratuitement l’après-midi du vendredi 4 mai (sur présentation de la carte d’étudiant).

 

Puces du design, du 4 au 6 mai 2017. Beaulieu, Avenue des Bergières 10, 1004 Lausanne
Entrée : 10 CHF, gratuit pour les enfants jusqu’à 12 ans.

Horaires
Vendredi 4 mai 10h – 19h
Samedi 5 mai 10h – 19h
Dimanche 6 mai 10h – 17h

 

Texte: Corine Stübi
Photo en titre: Vue des puces du design 2017 à Beaulieu, Lausanne. © Puces du design

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Les 10 expositions à ne pas manquer à la Milan Design Week 2018

La Design Week de Milan et le Salone del Mobile à Rho se tiennent du 17 au 22 avril 2018. Comme chaque année en avril la capitale lombarde devient le centre du monde design, les professionnels et les amateurs y convergent pour s’inspirer et s’approvisionner en tendances et en nouveautés.

Découvrez les 10 expositions de l’édition 2018 à voir absolument.

 

 

1. Dimorestudio

Les ambiances de Dimorestudio où se mélangent Novecento et créations contemporaines sont un moment fort de Fuorisalone. Le duo de décorateurs reste une référence incontournable pour le visiteur à l’affut des nouvelles tendances.
En plus de ses deux adresses Via Solferino 11, Dimorestudio investit, pour la première fois, 6 vitrines au n°22 avec une collection de pièces uniques.

Via Solferino 11 & 22 

 

Dimorestudio, Milan Design Week 2017. Photo © Corine Stübi
Dimorestudio, Milan Design Week 2017. Photo © Corine Stübi

 

2. Ventura Centrale & Future

Il aura suffit d’une participation d’Ikea pour transformer durablement le design district. L’alternatif Ventura Lambrate a vécu. Il fait place à Ventura Centrale qui après une programmation remarquée l’année passée, continue d’animer les entrepôts abandonnés sous la gare, et Ventura Future une nouvelle proposition orientée vers les développements à venir du design et la jeune création.

Il faudra rejoindre Tortona pour retrouver certains classiques de feu Ventura Lambrate dont Norwegian Presence

Ventura Centrale, gare centrale
Ventura Future, Via Paisiello 6, Via Donatello 36 et Viale Abruzzi 42

 

Ventura Future. À gauche Tactile monoliths de Studio Stine Mikkelsen, à droite Supaform de Maxim Scherbakov
Ventura Future. À gauche Tactile Monoliths de Studio Stine Mikkelsen, à droite Supaform de Maxim Scherbakov

 

3. Swiss design exhibition, palazzo litta

Pour la première fois le design suisse s’offre une présence officielle à Milan, en dehors des écoles, ECAL et HEAD, et des marques.
Swiss Design s’installe donc au Palazzo Litta dans le district arty de 5VIE. L’exposition organisée par Pro Helvetia met en avant la jeune création helvétique avec une sélection de 6 studios dont 4 bénéficient des nouvelles mesures d’encouragement au design, initiées en 2016. Dans la « Copper Room » et le jardin du Palazzo, scénographiés pour l’occasion par le bureau genevois Sacha von der Potter, il sera ainsi possible de découvrir en première mondiale des prototypes de Diiis design studio (Liestal), Egli Studio (Renens), Florian Hauswirth (Bienne), Kollektiv vier (Bâle), Alain Schibli (Aaarau) et schoenstaub (Zurich).

Palazzo Litta, Corso Magenta 24

 

Serviette de plage Athletica, Schoenstaub. Photo © Schoenstaub
Serviette de plage Athletica, Schoenstaub. Photo © Schoenstaub

 

4. Gubi au Palazzo Serbelloni

Je n’ai jamais compris pourquoi Gubi ne participait ni à la foire de Milan ni à la Design Week, alors qu’ils sont longtemps restés fidèles à Maison & Objet. La marque danoise répare enfin son erreur et fait une entrée qui s’annonce fracassante en s’installant au Palazzo Serbelloni. Au programme 1’200m2 de classiques du design en conversation avec l’architecture néoclassique des lieux, parmi lesquelles de nombreuses nouvelles rééditions de Paavo Tynell, Pierre Paulin, Marcel Gascoin et Carlo De Carli. À retrouver chez Kissthedesign dès leur sortie en magasin!

Palazzo Serbelloni, Corso Venezia 16

 

Suspension 1965 de Paavo Tynell, une des nombreuses nouveautés de Gubi à découvrir à Milan
Suspension 1965 de Paavo Tynell, Gubi. Photo © Gubi

 

5. COS x Phillip K. Smith III

Cette année encore, COS fait rêver avec une installation immersive. La cour et le jardin du Palazzo Isimbardi, se verront en effet transformés en installation à ciel ouvert par Phillip K. Smith III. L’artiste américain, surtout connu pour ses installations lumineuses, promet une expérience physique, visuelle et sensorielle, en interaction totale avec l’environnement XVIe siècle.

Palazzo Isimbardi, Via Vivaio 1

 

 

6. Vitra à la Pelota

Visuel "Typecasting. An Assembly of Iconic, Forgotten and New Vitra Characters"
Visuel “Typecasting. An Assembly of Iconic, Forgotten and New Vitra Characters”

Après Hermès, c’est au tour de Vitra d’investir la Pelota dans le quartier de Brera. Intitulée «Typecasting. An Assembly of Iconic, Forgotten and New Vitra Characters», l’exposition met en avant 200 objets de la marque, parmi eux des prototypes archivés, des icônes, des ratés et des nouveautés.
Robert Stadler, curateur du projet, s’intéresse plus particulièrement au portrait que le mobilier dresse de son utilisateur. Le designer autrichien a pensé 9 mises en scène en lien avec 9 communautés. Les particularités des objets, adoptés par certains groupes, ainsi classifiées, décortiquent les processus d’appartenance et de représentation qui sous-tendent le design.

La Pelota, Via Palermo 10

 

 

7. Spazio Rossana Orlandi

Le concept store de Rossana Orlandi est une destination clé de la Design Week. Matteo Cibic, Nika Zupanc, Piet Hein Eek, Valerie Objects, les designers les plus branchés y présentent leurs nouveautés. On y retrouve aussi la galerie genevoise NOV  avec l’exposition « Future Artefact » et, plus surprenant, Google. Une grande première pour le géant du web qui s’allie à la trend forcaster Li Edelkoort, également curatrice de « DesignWork » à Ventura Centrale, et Kiki van Eijk. L’exposition « Softwear » s’accompagne d’un programme de conférences autour des questions de l’intégration des technologies dans les objets quotidiens.

Via Matteo Bandello 14/16

 

Olympia de Candice Blanc & Ulysse Martel pour NOV Gallery, 2018. Future Artefacts. Photo © Raphaëlle Mueller
Olympia de Candice Blanc & Ulysse Martel pour NOV Gallery, 2018. Future Artefact. Photo © Raphaëlle Mueller

 

8. Not for sale, Design Academy Eindhoven

La Design Academy d’Eindhoven est célèbre pour son approche conceptuelle du design. Pour l’édition 2018 de la Design Week, l’école hollandaise se penche sur l’économie de marché. L’expérience in-situ se déroule chez les différents commerçants, Osteria, pharmacie, kiosque, supermarché, quincaillerie, internet café, qui animent la rue Pietro Crespi. Des lieux où des transactions se font quotidiennement, où les différents objets manufacturés prennent sens, mais aussi où la vie sociale d’un quartier se construit.
Partant de l’observation que la plupart de ces enseignes occupaient des fonctions additionnelles – l’internet café offre des conseils aux requérants d’asile, le marché accueille des raves la nuit et la quincaillerie expose une collection personnelle de casquettes de baseball – les étudiants ont été invité à réfléchir aux modèles économiques de demain et à les transposer dans le contexte particulier de cette rue. 12 installations sont à découvrir le long de Via Pietro Crespi et Via Varanini.

Via Pietro Crespi et Via Varanini.

 

Fountains of knowledge and money, Theophile Blandet. © Design Academy Eindhoven. Photo: Femke Rijerman
Fountains of knowledge and money, Theophile Blandet. © Design Academy Eindhoven. Photo © Femke Rijerman

 

9. Le japon à Tortona et le brésil à Brera

Shiro Kuramata avec ses commodes Side pour Cappellini, 1970
Shiro Kuramata, 1970

Via Tortona, le SuperDesign Show met le design japonais à l’honneur: « Forms of movement » de Nendo, Kengo Kuma pour Dassault Systèmes, un hommage à Kuramata, etc. sont au programme.

Autre pays à suivre, le Brésil, dont la présence au Spazio Edit à Brera se développe des « Brazilian Modern Masters » Oscar Niemeyer, Lina Bo Bardi et Jorge Zalszupin, jusqu’au pièces en 3D des designers contemporains Gustavo Martini, Ronald Sasson et Alva Design

SuperDesign Show, Superstudio, via Tortona 27
Be Brasil, Spazio Edit, Via Maroncelli 14

 

10. Tram Corallo de Cristina Celestino

Cristina Celestino invite au voyage hors du temps dans un ancien tram des années 20. L’intérieur recrée une ambiance de cinéma d’antan et se découpe en deux espaces: La luxueuse salle d’attente aux drapés signés Rubelli et la salle de projection, où apprécier une vision cinématographique de Milan.
Horaires et billets sur tramcorallo.com

Brera, 3 arrêts: Piazza Castello, 2, Via Cusani, 4 et Cairoli M1

 

“Giardino delle Delizie” Cristina Celestino, nouvelle collection de revêtements muraux pour Fornace Brioni. À voir Via Statuto, 18. Photo © Mattia Balsamini
“Giardino delle Delizie” Cristina Celestino, nouvelle collection de revêtements muraux pour Fornace Brioni. À voir Via Statuto, 18. Photo © Mattia Balsamini

 

+ Bonus: Destinations 20ème siècle

Villa Borsani. La Triennale de Milan consacre une retrospective à Osvaldo Borsani dès le 15 mai. Du 16 au 20 avril, il est possible d’en découvrir un avant-goût à la Villa Borsani.
La villa a été dessinée et construite entre 1939 et 1945 par Osvaldo Borsani pour son frère et sa famille. Située au nord de Milan, à Varedo, la maison a vu se succéder 3 générations jusqu’en 2008, avant d’abriter les archives Borsani.
Pour visiter l’exposition « Villa Borsani: Casa Libera! » réalisée par Ambra Medda, n’oubliez pas de vous inscrire sur eventbrite
Un transport est organisé depuis la Triennale.

 

Villa Borsani, Varedo
Villa Borsani, Varedo. Courtoisie de Archivio Osvaldo Borsani

 

Ted showroom, Via Randaccio par Gio Ponti. Si vous êtes fan de la tendance rose et de Gio Ponti, direction Via Randaccio 5, pour l’exposition « Stranger Pinks » de la plateforme de e-commerce Artemest. 45 designers et artisans italiens présentent leurs créations dans une maison dessinée par l’architecte dans les années 30.

 

Artemest au showroom Ted Milano, Via Randaccio
Artemest au showroom Ted Milano, Via Randaccio. Photo © Mattia Iotti

 

Les amateurs de design du XXème siècle trouveront aussi de quoi se réjouir chez Nilufar (galerie Via della Spiga, 32 et dépôt Viale Vincenzo Lancetti, 34), Memphis Galerie Post Design (Largo Treves 5) et Fragile dont l’espace Via San Damiano 2 a été entièrement dessiné par Alessandro Mendini.

 

En +

Dès le 20 avril, la fondation Prada ouvre sa nouvelle tour de 60m au public. Largo Isarco 2
Caesarstone x SnarkitecturePalazzo dell’Ufficio Elettorale, Corso di Porta Romana 10
Club Unseen de Studiopepe. visite et infos sur demande auprès de info@clubunseen.com
Raw Edges. Spazio Krizia, Via Daniele Manin 21
Lindsay Adelman et Calico Wallpaper, « Beyond the deep ». Via Pietro Maroncelli
Cassina showroom. Via Durini 16
1stdibs. Piazza San Sepolcro 2
« Nine Journeys Through Time » d’Alcantara, avec entre autres Zeitguised. Palazzo Reale, Piazza Duomo 12
Alcova, une nouvelle adresse dans une ancienne fabrique de panettone (Odd Matter, Maniera, etc). Via Popoli Uniti 11-13

 

Retour en images sur l’édition 2017

 

Texte: Corine Stübi
Photo en titre: Villa Borsani. Courtoisie de Archivio Osvaldo Borsani

 

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Rencontre avec l’artiste Noémie Doge

 

Après une formation dans le bijou contemporain à la HEAD à Genève, la Gerrit Rietveld Academy à Amsterdam (Bachelor) et au Royal College of Art de Londres (Master en jewellery and metal), ainsi qu’une belle carrière dans les arts appliqués, Noémie Doge se consacre aujourd’hui entièrement au dessin.
Une vocation, qui si elle n’apparait qu’en 2014, n’est pas arrivé du jour au lendemain car elle avoue avoir toujours dessiné.

Après Morges et Lausanne, où elle a notamment co-fondé L-Imprimerie, l’artiste s’est installée fin 2017 avec sa famille à La Chaux-de-Fonds, où son mari, David Lemaire a été nommé directeur du Musée des Beaux-Arts.

C’est dans son nouvel appartement, encore un peu dans les cartons, « on reçoit le canapé demain », que Noémie Doge m’a accueilli pour parler de son travail et de son exposition qui se tient jusqu’au 10 mars 2018 à la galerie Kissthedesign.

 

 

Portrait de famille: Noémie Doge et ses deux filles
Portrait de famille: Noémie Doge et ses deux filles

 

Les nouveaux dessins en couleurs de Noémie Doge
Dans la chambre: Les nouveaux dessins en couleurs de Noémie Doge, offerts à son mari.

 

 

Ton travail en bijou a été exposé dans le monde entier, a remporté de nombreux prix (Fondation Ikea, etc.) et a intégré de prestigieuses collections comme celle du Mudac, du Royal collège of art de Londres et du musée d’art et d’histoire de Genève. Pourquoi avoir quitté une carrière si prometteuse pour te consacrer au dessin?

Oui ça marchait bien, mais financièrement c’était compliqué. En fait je n’ai jamais su profiter du succès d’une collection, je me dépêchais de l’abandonner pour commencer la nouvelle.

J’exposais beaucoup et étais représentée par plusieurs galeries en Europe: La galerie Tactile à Genève, Louise Smit à Amsterdam, chez Caroline Van Hoek à Bruxelles. C’était bien, mais le bijou est un petit milieu, tu en fais vite le tour. J’avais envie d’en sortir, je me sentais étriquée dans le médium et dans ce qu’on attendait de moi.

Maintenant je trouve ça idiot, mais à l’époque j’avais le sentiment que les arts appliqués étaient sous-estimés par le milieu des Beaux-Arts, ça me gênait parce que je ne me voyais pas comme une artisane.

De manière générale, j’ai l’impression que ce n’est pas non plus facile commercialement pour le bijou contemporain, en effet la plupart des galeries avec qui je collaborais sont aujourd’hui fermées, même Caroline Van Hoek, qui exposait il y a peu à Design Miami Basel, vient de jeter l’éponge.

 

 

"Introduction to world music", 2007, de Noémie Doge
“Introduction to world music”, 2007, de Noémie Doge

 

 

Malgré tout, on sent le métier de l’art appliqué derrière tes dessins. Est-ce que tu te sens influencée par ta pratique antérieure et si oui de quelle manière? 

Avec le recul, je vois ma pratique dans les arts appliqués comme une force. Elle a forgé mon identité et je revendique cet amour de l’ornement. J’utilise ces qualités dans mes dessins, ça ne me fait plus peur.

Ma méthode empreinte de répétition et de minutie ressemble à celle que j’avais avant. Ce même soin apporté à la bonne facture et à la composition. Finalement mes dessins restent très ornementaux, c’est l’héritage des arts décoratifs.

 

 

Art prints de Noémie Doge
Noémie Doge, “Unfolded #18 et #17”, 2014, Impression jet d’encre sur du papier Hahnmühle German etching 310 gm2, Edition de 5 (+ 1 AP)

 

 

Est-ce qu’il y a des formes ou des obsessions qui sont passé d’un médium à l’autre?

Non. La seule chose qui est restée, est le rapport de mon corps à l’oeuvre. Je suis presque dans la performance physique, je me lance des défis. La répétition est très importante pour moi, je répète toujours le même geste mécanique avec le poignet. Ce que j’aime le plus c’est l’exécution, aller toujours plus loin jusqu’à la limite de la matière voire jusqu’à l’épuisement.

Avant je travaillais jusqu’à la douleur, je me suis même scié le doigt jusqu’à l’os pendant que je réalisais un bijou. Mais maintenant je m’arrête avant d’avoir mal! Même si l’aspect performatif reste présent.

il y a quelque chose de méditatif dans la répétition, je rentre au fond de moi-même.

 

 

Vue de l'exposition "méditations sur un cheval de bois" de Noémie Doge à la Galerie Kissthedesign
Vue de l’exposition “méditations sur un cheval de bois” de Noémie Doge à la Galerie Kissthedesign

 

 

À la galerie, les visiteurs sont impressionnés par ta technique et le rendu par endroit si fin qu’il évoque pour beaucoup la gravure. Peux-tu dévoiler la manière dont tu abordes ton dessin.

Je travaille toujours en série. La vision, les optiques, m’intéressent, tout comme mon lien à l’environnement, ou plutôt à la perception que j’ai du paysage. J’utilise ces outils, les télescopes par exemple, pour construire l’image, mais pas pratiquement. Je m’imagine dans la nature en train de regarder à travers des lentilles. j’y inclus ensuite le mouvement et le temps, comme si le paysage défilait dans la longue vue.

Il est question de la direction du regard, pour l’exposition chez Kissthedesign j’ai dirigé mon regard vers le ciel, pour la précédente c’était sur la montagne.

Le fait que je sois enceinte au moment de préparer l’exposition a probablement motivé le choix du ciel. Les étoiles sont un peu comme des cellules, j’y voyais un lien intéressant entre l’infiniment petit et l’infiniment grand, le macro et le micro.

Je construis l’image sur ordinateur avec des photos de sources diverses. Les collages sont préparés sur photoshop, de manière très instinctive, j’essaie d’ailleurs d’aller vite et d’y passer très peu de temps pour rester le plus possible dans l’intuition brute. J’en fais plein et ensuite je sélectionne.

L’image de base est construite à partir de photos personnelles que je prends avec mon iPhone, mais aussi d’internet, et parfois je scanne, des cartes postales par exemple.

 

 

Dans la cuisine, chaises et table vintage. Suspension de billard chinée
“On a choisi l’appartement pour la cuisine, on s’y est tout de suite senti bien”. Les peintures de citrons en arrière-plan sont de Nelly Haliti, 2012

 

 

Le dessin est d’une telle complexité qu’on imagine le drame que ça doit être de faire une erreur! Comment gères-tu les accidents?

En fait je ne peux pas me rater. Et je n’efface jamais. Généralement je passe plusieurs fois sur le dessin, c’est comme ça que je gère les contrastes. Je travaille les unes après les autres, des couches de crayon de différente dureté. Je peux revenir jusqu’à trois fois sur le dessin. Donc si il y a des accidents, je les intègre.

Le seul dessin où j’ai pris la gomme est celui du cheval où exceptionnellement j’ai effacé un bord pour amener du vide. Il est d’ailleurs resté longtemps de coté à l’atelier jusqu’à ce que je trouve ce qui n’allait pas.

 

 

Méditations sur un cheval de bois #1, 2017, Noémie Doge. Photo © Jennifer Niederhauser-Schlup
Méditations sur un cheval de bois #1, 2017, Noémie Doge. Photo © Jennifer Niederhauser-Schlup

 

Méditations sur un cheval de bois #5, 2017, Noémie Doge. Photo © Jennifer Niederhauser-Schlup
Méditations sur un cheval de bois #5, 2017, Noémie Doge. Photo © Jennifer Niederhauser-Schlup

 

 

Tu traites souvent tes oeuvres en série avec une thématique large qui les rassemble. Pour l’exposition à la galerie Kissthedesign quel est le point commun entre les dessins? En effet certains sont totalement abstraits alors que d’autres sont plus figuratifs.

Ce sont tous des paysages, plus précisément différentes perceptions d’un paysage lunaire. Le cheval est la trace d’un rêve. Les dessins plus abstraits représentent un zoom sur la structure de la planète, notamment un désert qui répète la forme circulaire de la lune. Je dessine mes séries comme différentes couches qui se réfèrent les unes aux autres.

 

Pourquoi avoir choisi un médium tel que le dessin sur papier pour évoquer la vision photographique? 

Avec le dessin il y a une vibration, le regard est perdu on perçoit plusieurs niveaux d’impression. Puis on voit encore d’autres choses dans la superposition. La photographie est ce qu’elle est, elle est plus immédiate.

Pour moi, consacrer du temps à l’image, au dessin, la rend importante. On pourrait se dire que si l’artiste y a passé autant de temps, c’est que ça doit être important.

J’ai le sentiment que le dessin permet d’entrer dans l’image de manière plus physique. Je me sers d’ailleurs beaucoup de la symétrie. Le corps humain est symétrique, alors comme devant un miroir, il est attiré par son reflet. L’effet miroir ouvre ainsi une porte d’accès qui t’emmène ailleurs et me permet de jouer sur l’illusion.

 

 

Chez Noémie Doge
Collections dans la chambre d’ami: Au mur, “Madonna nr. 85” d’Annelies Strba, 2009. Dans la bibliothèque: En haut à gauche, dinosaure de Noémie et sa fille Philomène et à droite, vase de Noëmi Niederhauser coproduit par le mudac et le cepv.

 

 

On sent un rapport au temps fort dans tes dessins. Les paysage sont lunaires, la nature étrange et le grain de l’image est omniprésent. Comme de vieilles photographies d’un futur post-apocalyptique. C’est désincarné, la figure humaine y est absente pourtant sa trace y est universelle et un peu nostalgique.
Quelle place occupe l’histoire dans ta thématique? Comment construis-tu cette narration en plusieurs temps?

C’est difficile de répondre, je travaille de manière intuitive. J’ai appris à faire confiance à mon intuition. Pour les mots je parle beaucoup avec David mon mari. Je fais et après on discute, il m’aide à théoriser car j’ai beaucoup de peine à le faire.

Sur la question du temps, je pratiquais déjà ces aller-retours, cet hors du temps avec le bijou. Cela correspond probablement à une envie de l’ailleurs et de voyages.
Maintenant ça m’intéresse d’utiliser le crayon dans un monde où les images se font tellement vite, de ralentir, d’aller à l’encontre de ce développement. Oui c’est peut-être un peu de nostalgie. Mais le temps est devenu un luxe, alors il rend précieux ce qu’il produit.

Quant à la narration, elle joue un rôle sélectif dans mes dessins, car je garde uniquement les images où je peux me raconter une histoire. J’ai une archive assez large de photomontages sur mon ordinateur et c’est grâce à ce potentiel narratif que j’arrive à choisir quelle image sera réalisée sur papier.

 

Et comment expliques-tu l’absence de la figure humaine?

En fait la figure humaine n’est pas absente, elle apparait physiquement sous la forme des masques que je compose avec les optiques. Les appareillages utilisés sont d’ailleurs souvent un mélange anachronique, par exemple des longues-vues du 19e siècle et des appareils high-tech contemporains.

 

 

Vue de l'exposition "méditations sur un cheval de bois" de Noémie Doge à la Galerie Kissthedesign
Vue de l’exposition “méditations sur un cheval de bois” de Noémie Doge à la Galerie Kissthedesign

 

 

Il y a quelque chose de très précis et en même temps de parfaitement indéfini dans tes oeuvres, comme si l’oeil et l’esprit avaient du mal à la figer complètement. Est-ce que c’est un effet contrôlé de ta part? Qu’est-ce que cela exprime de ta vision de l’oeuvre d’art?

Oui je ne souhaite pas figer l’image, le but est de perdre le spectateur. J’aime m’entourer d’images que je peux regarder souvent et toujours y voir autre chose.

Par exemple j’ai une peinture de Peter Dreher, dont je ne me lasse pas, pourtant elle représente  juste un verre tout simple, mais la toile a quelque chose de spécial. J’ai envie que mes dessins agissent de la même manière, qu’on puisse les apprécier de plus en plus. Alors je travaille contre l’équilibre. Dans ma narration aussi je brouille les pistes, c’est décousu.

 

 

De gauche à droite: Toiles de Peter Dreher ("Tag um Tag guter Tag 999", 1995) et de Luisanna Gonzalez-Quettrini (2017)
De gauche à droite: Toiles de Peter Dreher (“Tag um Tag guter Tag 999”, 1995) et de Luisanna Gonzalez-Quattrini (2017)

 

 

Quels sont les artistes qui t’inspirent?

J’aime beaucoup le travail de l’artiste britannique Paul Noble. Depuis les années 90, il s’applique à créer la ville « Nobson Newtown » dans des dessins au crayon gris. Il y a aussi Alain Huck avec qui je partage une technique similaire, cette même façon de construire l’image en couches. Marta Riniker-Radich, une artiste suisse dont j’apprécie les petits formats au crayon de couleurs, elle dessine des motifs souvent très complexes aux nombreuses ramifications. La peintre sud africaine Marlene Steyn, le réalisateur Andreï Tarkovsky, etc.

La photographe Jennifer Niderhauser-Schlup avec qui j’ai collaboré m’a beaucoup inspiré. C’est avec elle que j’ai commencé à travailler sur la longue vue. C’est amusant car nous nous sommes ensuite chacune approprié le thème de manière très personnelle, elle l’a emmené complètement ailleurs.

Je suis aussi influencée par mes lectures, par exemple le rapport au paysage que j’ai trouvé chez l’écrivaine française Céline Minard. Notamment dans « Le Grand Jeu », l’histoire d’une femme qui construit une cabane high-tech à flanc de montagne pour être seule. J’ai été touchée par son lien avec ce paysage aride et hostile.

 

 

Dessin de Alain Huck dans le salon
Dans le salon: Dessin de Alain Huck (à droite) et toiles de toiles de Jérôme Hentsch et de Luisanna Gonzalez-Quattrini (“after some hours without clothes, curiosity”, 2006)

 

 

Et la prochaine série?

Elle n’est pas encore là! J’ai fait des dessins petits formats en couleur que j’ai offert à David, je vais probablement poursuivre dans cette voie, en attendant de trouver un atelier à La Chaux-de-Fonds.

 

 

Propos recueillis par Corine Stübi
Photos © Corine Stübi, exceptées les reproductions des dessins de Noémie Doge par Jennifer Niederhauser-Schlup

Image en titre: Méditations sur un cheval de bois #2, 2017, Noémie Doge. Photo © Jennifer Niederhauser-Schlup

 

 

Dessins en couleurs, Noémie Doge
Dessins en couleurs de Noémie Doge

 

Chez Noémie Doge
Édition de John M Armleder, “Tom Crown”, 2007, édition Amamco. Dessin de Alain Huck et Sandrine Pelletier, “Trajectoire”, 2017. Peinture de Stéphane Bordarier, 2004 et réimpression d’une photographie de Felix Thiollier “vol de l’âme”.

 

Desserte vintage dans la cuisine
Desserte vintage dans la cuisine